Malheureusement, nous n'avons pas eu un Mandela en 62

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07 Déc 2013 20:00 #153972 par la terre


par Kamel Daoud

Mandela Nelson est mort. Le monde va saluer sa vie, son œuvre, son sourire, sa mort et sa philosophie. Et nous Algériens ? Faire de même dans la longue procession de l'hommage. Mais au-delà ? Un regret secret, une amertume. Le chroniqueur l'avait écrit un jour : Et si on avait eu Mandela en 62 et pas Benbella ? Et on avait eu la Vérité avant la Réconciliation et pas la Réconciliation sans la vérité, comme avec Bouteflika ? Et si.

On ose alors le tabou parce que c'est un grand rêve éveillé : une Algérie qui n'aurait pas chassé les Français algériens mais qui en aurait fait la pointe de son développement, de son économie et la pépinière de sa ressource humaine. Une Algérie de la couleur de l'arc en ciel. L'Afrique du Sud de Mandela a eu son OAS, ses Pieds noirs, ses colons, ses fermiers blancs, ses radicaux noirs, ses traîtres, ses torturés et ses Aussarresses et ses Larbi Ben M'hidi. Sauf qu'avec Mandela le choix avait été de faire passer le pays avant les procès et les vengeances et de construire, en ouvrant les bras. La valise ou la mort n'était pas le slogan de Mandela malgré l'histoire douloureuse de cet homme touché dans sa chair, et l'histoire des siens tués, torturés, assassinés. L'homme avait une vision que nous n'avons pas eue et a sauvé son pays de la guerre civile et des tueries et des grandes vanités chauvines. Le «62» de l'Afrique du Sud, par cet homme, n'a pas connu sa crise de l'été, les guerres fratricides entre clans, les massacrés de Oued Sly, ni les coups d'Etat cycliques ni la main mise des casernes et des polices politiques sur le pays. Parce que Mandela voyait loin, les Blancs n'ont pas été chassés et massacrés ou exclus au nom d'Allah ou de l'identité. Les chars n'ont pas roulé vers la capitale de ce pays pour y violer la légitimité et on n'aurait pas cédé à l'illusion du socialisme, nous n'aurions pas été malades du butin et du bien-vacant et nous aurions évité les révolutions agraires et futiles qui ont détruit la propriété et la valeur du travail et notre patriotisme n'aurait pas été dégradé en propagandes et persécutions. Un Mandela algérien nous aurait évité la seconde guerre des années 90, sa fausse conclusion par référendum risible et un président à vie, unique dans le monde, parce que un Mandela algérien aurait imposé la dignité des deux mandats et pas plus.

Nous aurions fait les bons choix, nous aurions jeté les armes, les machettes dans l'océan, nous aurions choisi de sourire à l'adversaire et pas de l'assassiner et nous aurions fait coïncidé, chaque jour venant, le mot liberté et le mot libération. Un Mandela algérien nous aurait appris que la violence subie n'est pas nécessaire à rendre, justement pour casser le cycle.

Un Mandela algérien nous aurait évité le pays actuel, ses mauvaises convictions, nos mauvais jours et des molles dictatures et ses gabegies. Nous aurions perdu moins de vies et moins de temps et nous aurions été un grand pays. Car cet homme est l'un des très rares à avoir donné sens à la décolonisation. Toutes les autres épopées ont mal fini : la décolonisation glorieuse y a été menée à la dictature hideuse ou sournoise. Au massacre, aux caricatures sanguinaires et au sous-développement. C'est dire que l'on ne décolonise pas avec les armes, mais avec l'âme. Décoloniser n'est pas vaincre le colon mais le démon en soi. Adieu l'homme au sourire qui dénoue.

le quotidien d'Oran
le 07/12/2013

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07 Déc 2013 20:40 #153973 par dahmane1
Nous avions avant et après 62, Amirouche, Benboulaid, Didouche, l'Emir Abdelkader, Cheikh El Bachir, Malek Bennabi...seulement ceux qui nous ont "gouvernés", inconnus pendant notre glorieuse révolution, se sont réservés les medias, pour nous faire oublier qu'un jour l'Algérie était la Mecque de tous les révolutionnaires et hommes libres du monde...

Salam terre

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07 Déc 2013 20:42 #153974 par yasmi
C'est clair que pour lui il a mis les intérêts de son pays, de son peuple avant les siens.
C'est rare de nos jours même dans les grandes "démocraties".
Il a su mettre de côté ses 27 années d'incarcération pour favoriser l'unité de son peuple.
Il a quand même réussi le pari en si peu de temps, même s'il reste encore des disparités.

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07 Déc 2013 20:43 #153975 par la terre

dahmane1;159080 écrit: Nous avions avant et après 62, Amirouche, Benboulaid, Didouche, l'Emir Abdelkader, Cheikh El Bachir, Malek Bennabi...seulement ceux qui nous ont "gouvernés", inconnus pendant notre glorieuse révolution, se sont réservés les medias, pour nous faire oublier qu'un jour l'Algérie était la Mecque de tous les révolutionnaires et hommes libres du monde...

Salam terre


merci dahmane pour ce rappel
oui ,il y a eu ,et il y a encore des hommes ,l'avenir nous le démontrera !

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07 Déc 2013 20:44 #153976 par cimode
Nous n'avons pas de Mandela, dis-tu ?

Les années de privation de liberté

1921 à 1923 : Messali Hadj fait l'objet, à Tlemcen, de fréquentes gardes à vue au commissariat et d'emprisonnements de courte durée.
1er novembre 1934 : Six mois d'incarcération à la prison de la Santé à Paris, assortie du paiement d'une forte amende. Libéré le 1er mai 1935.
1936 : Placé plusieurs fois en garde à vue à Tlemcen.
27 août 1937 : Deux années de prison à la prison de Serkadji (Barberousse) puis d'El-Harrach (Alger). Relaxé le 27 août 1939.
4 octobre 1939 : Nouvelle arrestation et incarcération à El-Harrach.
10 mars 1941 : Transfert à la prison militaire d'Alger.
28 mars 1941 : Condamné à 16 ans de travaux forcés avec confiscation de ses biens. Enfermé au bagne de Lambèse jusqu'au 23 avril 1943.
23 avril 1943 : Résidence surveillée à Ksar el Boukhari.
10 décembre 1943 : Déportation à In Salah sous surveillance militaire.
4 janvier 1944 : Transfert à Ksar Chellala en résidence surveillée.
18 avril 1945 : Transfert à El-Goléa en résidence militaire à la suite de troubles à Ksar Chellala.
23 avril 1945 : Déporté à Bakouma au bagne au Congo-Brazzaville. Il y séjourne jusqu'au 10 août 1946.
11 août 1946 : Messali Hadj, libre s'installe à Paris.
13 octobre 1946 : Interdit de séjour à Paris, Messali rentre à Alger. Il vit à Bouzaréah.
Décembre 1948 : Retour en France, à Melun puis à Brie-Comte-Robert.
Décembre 1951 : Internement à Belle-Île-en-Mer.
14 mai 1952 : Déportation à Niort.
1er novembre 1954 : Transfert en résidence surveillée aux Sables-d'Olonne jusqu'en mars 1955.
Mars 1955 : Résidence surveillée à Angoulême.
15 janvier 1959 : Messali Hadj est relâché, mais surveillé de près. Il s'installe à Gouvieux près de Chantilly78.
Mort en 1976 après avoir été exilé du pays pour lequel il a donné toute sa vie en prison.

Nous avons eu notre Mandela mais n'avons pas su le voir.

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07 Déc 2013 20:47 #153977 par la terre

yasmi;159082 écrit: C'est clair que pour lui il a mis les intérêts de son pays, de son peuple avant les siens.
C'est rare de nos jours même dans les grandes "démocraties".
Il a su mettre de côté ses 27 années d'incarcération pour favoriser l'unité de son peuple.
Il a quand même réussi le pari en si peu de temps, même s'il reste encore des disparités.


il avait refusé de troquer sa liberté contre " laisser tomber le TERRORISME" mais il a bien fait expliquer qu'il veut être LIBRE !!!!!!!
jamais personne m'avait fait ce qu'il a fait , ne pas mettre dehors le colonisateur !!!!!!!!!

il a VU LOIN , TRES LOIN !!!!!!!!
le colon est devenu un citoyen ,le noir a retrouvé ses droits !

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