De quel coin en Algérie ?

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24 Nov 2008 18:58 #6048 par kredence
LA VILLE DE CONSTANTINE(ALGERIE) DANS LES YEUX DE GUY DE MAUPASSANT

CONSTANTINE

Du Chabet jusqu'à Sétif on croit traverser un pays en or.

Les moissons coupées haut et non fauchées ras comme en France, pilées par les pieds des troupeaux, mêlant leur jaune clair de paille au rouge plus foncé du sol, donnent juste à la terre la teinte chaude et riche des vieilles dorures.

Sétif est une des villes les plus laides qu'on puisse voir. Puis on traverse, jusqu'à Constantine, d'interminables plaines.

Les bouquets de verdure, de place en place, les font ressembler à une table de sapin sur laquelle on aurait éparpillé des arbres de Nuremberg.

Et voici Constantine, la cité phénomène, Constantine l'étrange, gardée, comme par un serpent qui se roulerait à ses pieds, par le Roumel, le fantastique Roumel, fleuve de poème qu'on croirait rêvé par Dante, fleuve d'enfer coulant au fond d'un abîme rouge comme si les flammes éternelles l'avaient brûlé.

Il fait une île de sa ville, ce fleuve jaloux et surprenant ; il l'entoure d'un gouffre terrible et tortueux, aux rocs éclatants et bizarres, aux murailles droites et dentelées.

La cité, disent les Arabes, a l'air d'un burnous étendu. Ils l'appellent Belad-el-Haoua, la cité de l'air, la cité du ravin, la cité des passions.

Elle domine des vallées admirables pleines de ruines romaines, d'aqueducs aux arcades géantes, pleines aussi d'une merveilleuse végétation.

Elle est dominée par les hauteurs de Mansoura et de Sidi-Meçid.

Elle apparaît debout sur son roc, gardée par son fleuve, comme une reine.

Un vieux dicton la glorifie :

"Bénissez, dit-il à ses habitants, la mémoire de vos aïeux qui ont construit votre ville sur un roc. Les corbeaux fientent ordinairement sur les gens, tandis que vous fientez sur les corbeaux."

Les rues populeuses sont plus agitées que celles d'Alger, grouillantes de vie, traversées sans cesse par les êtres les plus divers, par des Arabes, des Kabyles, des Biskris, des Mzabis, des nègres, des Mauresques voilées, des spahis rouges, des turcos bleus, des kadis graves, des officiers reluisants.

Et les marchands poussent devant eux des ânes, ces petits bourricots d'Afrique hauts comme des chiens, des chevaux, des chameaux lents et majestueux.

Salut aux juives. Elles sont ici d'une beauté superbe, sévère et charmante. Elles passent drapées plutôt qu'habillées, drapées en des étoffes éclatantes, avec une incomparable science des effets, des nuances, de ce qu'il faut pour les rendre belles.

Elles vont, les bras nus depuis l'épaule, des bras de statues qu'elles exposent hardiment au soleil ainsi que leur calme visage aux lignes pures et droites.

Et le soleil semble impuissant à mordre cette chair polie.

Mais la gaieté de Constantine, c'est le peuple mignon des petites filles, des toutes petites.

Attifées comme pour une fête costumée, vêtues de robes traînantes de soie bleue ou rouge, portant sur la tête de longs voiles d'or ou d'argent, les sourcils peints, allongés comme un arc au-dessus des deux yeux, les ongles teints, les joues et le front parfois tatoués d'une étoile, le regard hardi et déjà provocant, attentives aux admirations, elles trottinent, donnant la main à quelque grand Arabe, leur serviteur.

On dirait quelque nation de conte de fée, une nation de petites femmes galantes ; car elles ont l'air femme, ces fillettes, femmes par leur toilette, par leur coquetterie éveillée déjà, par les apprêts de leur visage.

Elles appellent de l'oeil, comme les grandes ; elles sont charmantes, inquiétantes, et irritantes comme des monstres adorables.

On dirait un pensionnat de courtisanes de dix ans de la graine d'amour qui vient d'éclore.

Mais nous voici devant le palais d'Hadj-Ahmed, un des plus complets échantillons de l'architecture arabe, dit-on.

Tous les voyageurs l'ont célébré, l'ont comparé aux habitations des Mille et Une Nuits.

Il n'aurait rien de remarquable si les jardins intérieurs ne lui donnaient un caractère oriental fort joli. Il faudrait un volume pour raconter les férocités, les dilapidations, toutes les infamies de celui qui l'a construit avec les matériaux précieux enlevés, arrachés aux riches demeures de la ville et des environs.

Le quartier arabe de Constantine tient une moitié de la cité. Les rues en pente, plus emmêlées, plus étroites encore que celles d'Alger, vont jusqu'au bord du gouffre, où coule l'Oued-Roumel.

Huit ponts jadis traversaient ce précipice.

Six de ces ponts sont en ruine aujourd'hui.

Un seul, d'origine romaine, nous donne encore une idée de ce qu'il fut.

Le Roumel, de place en place, disparaît sous des arches colossales qu'il a creusées lui-même.

Sur l'une d'elles, fut bâti le pont.

La voûte naturelle où passe le fleuve est élevée de quarante et un mètres, son épaisseur est de dix-huit mètres ; les fondations de la construction romaine sont donc à cinquante-neuf mètres au-dessus de l'eau ; et le pont avait lui-même deux étages, deux rangées d'arches superposées sur l'arche géante de la nature.

Aujourd'hui, un pont en fer, d'une seule arche, donne entrée dans Constantine.

Mais il faut partir, et gagner Bône, jolie ville blanche qui rappelle celles des côtes de France sur la Méditerranée.

Le Kléber chauffe le long du quai. Il est six heures. Le soleil s'enfonce, là-bas, derrière le désert, quand le paquebot se met en marche.

Et je reste jusqu'à la nuit sur le pont, les yeux tournés vers la terre qui disparaît dans un nuage empourpré, dans l'apothéose du

couchant, dans une cendre d'or rose semée sur le grand manteau d'azur du ciel tranquille.

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24 Nov 2008 19:04 #6049 par kredence
On ne présente pas Constantine.

Elle se présente et l'on salue.

Elle se découvre et nous découvrons.

Elle éclate comme un regard a l'aurore et court sur l'horizon qu'elle étonne et soulève.

Puis satisfaite de son effet elle se fige dans sa gravite, se regroupe dans sa légende, se renferme dans son éternité.

Les ponts et les rochers ne sont que des prétextes, les signes extérieurs d'une virtuosité qui se plait a surprendre, le talent d'un destin de génie qui se sait d'autre raison de gloire et de respect.

Cette prouesse est d'abord de la pudeur.

A tout jamais ma ville s'est réfugie derrière l'image qu’on s'en fait. Concédant une attitude et tolérant une silhouette, jalon entre deux infinis, elle veille sur le passe et relais du soleil, elle monte droite au pied des espérances.

Malek Haddad

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24 Nov 2008 19:06 #6050 par kredence
la seule chose importante que j'ai vue jusqu'à présent, c'est Constantine, le pays de Jugurtha.

Il y a un ravin démesuré qui entoure la ville ..

c'est une chose formidable et qui donne le vertige, je me suis promené en dessus, à pieds, et dedans, à cheval.

Des gypaètes tournoyaient dans le ciel.

Gustave Flaubert


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24 Nov 2008 19:09 #6051 par kredence
Réponse de kredence sur le sujet De quel coin en Algérie ?
Constantine a un pont suspendu ou l’on se fait photographier.

Les jours de grand vent, le pont se balance au dessus des profondes gorges du Rhumel et on a le sentiment du danger Clic-clac..

On s’en va ! Pressé ?

Cynique ?

Désabusé ?

Albert Camus

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24 Nov 2008 19:10 #6052 par kredence
Réponse de kredence sur le sujet De quel coin en Algérie ?
Un cri d’admiration, presque de stupeur au fond d’une gorge sombre, sur la crête d’une montagne baignant dans les derniers reflets rougeâtres d’un soleil couchant, apparaissait une ville fantastique, quelque chose comme l’île volante de Gulliver.

Alexandre Dumas

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24 Nov 2008 19:19 #6053 par kredence
Réponse de kredence sur le sujet De quel coin en Algérie ?
Qu’on s’imagine une forteresse naturelle surgie comme sous la poussé d’un volcan, au milieu d’un cirque de pierre.

La place est toute prête pour un camp retranché, Une ville militaire devait naître la.

Constantine est le type de la citadelle numide, le modèle agrandi de tous ces « borjs », qui s’échellonent sur les crêtes montagneuses du pays.

Mais, ce qui excite : une réelle stupeur, c’est la forme géométrique de ces entassements rocheux, dont le faite monte si haut que, d’en bas, on distingue à peine les bâtiments et les travaux de défense quoi les dominent.

Cela tombe d’un jet perpendiculaire, plus aérien et plus vertigineux que la chute du Rhumel, qui, au pied de la Casbah, se précipite en cascade, à la sortie des gorges.

Louis Bertrand

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