Il n'y a plus d'etat

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01 Aoû 2012 15:35 #116813 par la terre
Il n'y a plus d'etat a été créé par la terre



Raïna Raïkoum :

Les arrière-petits-fils d'un Pouvoir Illégitime


par Kamel Daoud

Avant-hier à Mostaganem, une scène : des policiers abondamment caillassés des hauteurs d'un quartier populaire, par des jeunes agressifs qui avaient été délogés d'un trottoir et d'une rue squattée. Avant avant-hier, c'est un bus entier qui avait été pris en otage par des cagoulés, dans la même ville, délestant les voyageurs avant de s'en aller en riant. Cela se passe d'ailleurs, ailleurs, dans tout le pays. « Il n'y a plus d'Etat», disent les Algériens, avec un regard dur vers Bouteflika, ses grâces pour les prisonniers, sa politique de compromis et ses charités mal ordonnées. Les discussions algériennes, quand elles ne portent pas sur le hallal et le haram, devenus des empires du sens et de l'absurde, parlent de «l'Avant», d'autrefois: de l'époque où un garde champêtre avait l'autorité d'un Obama, où l'enseignant «primaire» avait le poids d'un tribunal et d'un ancêtre ou d'un colonel du DRS, de l'époque où les trottoirs étaient pour les piétons, la place publique pour les gens et l'arbre pour le ciel et la saison. Aujourd'hui ? «C'est la guerre». L'effondrement de l'Etat et sa reculade vers les zones off-shore du régime s'est traduit par un dépeçage de l'espace public : trottoirs pour les commerçants informels, places publiques pour le commerce des barbus, stationnement pour les jeunes à matraques, lots de terrain pour le plus puissants, les plages pour les plus rapides.

Du coup, d'effet dominos à effet de rwandisations, les policiers n'ont plus ni l'autorité ni la prestance pour l'incarner, souvent. Autant pour les autres corps de sécurité gangrenés par les mêmes maux que le bon peuple, dirigés vers la surveillance de l'agitateur politique, en s'alliant avec le malfrat du quartier, encanaillés, désarmés et édentés par les lois qui leur interdisent d'user du feu ou du Pouvoir. On est passé du trop d'Etat, il y a des décennies, à «pas d'Etat» aujourd'hui. Et les Algériens, ceux des classes moyennes, ont aujourd'hui peur et en parlent. Ils voient un avenir de violences, de rapt et d'agression contre eux et leurs enfants et leurs espaces. A l'époque de Bouteflika, les Algériens ne se sentent pas protégés, ni dans leurs biens, ni dans leurs personnes.

D'où vient cela ? Des «grâces» irresponsables et négligées dit-on. Du fait que la prison ne fait plus peur et fait même rire les récidivistes. Du policer sans autorité, sans crédibilité, et sans armes et sans culture sur sa mission et ce pourquoi il est payé. De l'école de Benbouzid. De la décennie 90 et de ses ravages post-guerre. Et, surtout, de cette alliance entre le régime et la « plèbe », les segments violents de la société, ceux qu'on lance en guerre punitive contre les classes moyennes quand celles-ci veulent des réformes ou se révoltent. En égyptien, cela s'appelle El Baltaguya. Intuitivement les Algériens devinent ce contrat au-dessus de leurs têtes : à la sortie des stades, les policiers sont plus accommodants avec les hooligans, qu'avec une « marche » de médecins. Et on sait pourquoi.

Retour aux années du régime policier et de l'abus impuni ? Non, le chantage à l'autorité est une vieille recette chez les régimes autoritaristes. Ce que demandent les Algériens, c'est un Etat, pas un Pouvoir. C'est un exercice de la police qui respecte la loi, une autorité légitime, juste et ferme. Car, c'est parce que le régime se sait illégitime qu'il cherche les alliances, s'accommodent des compromissions, cède devant l'allié malfrat et engage des mercenaires ou se fait caillasser ses policiers qui ne peuvent rien faire, ou font eux-mêmes partie de la violence et de l'impuissance des Algériens. « C'est ce que vous demandez non ? Les droits de l'homme ? », diront les fourbes seigneurs. Oui, mais on demande un Etat, pas une sieste de dix ans de règne. Un exercice juste de la violence sous monopole, une autorité légitime, une protection des biens et des personnes.

Ce n'est pas parce qu'un policer ou un gendarme est auteur d'un dépassement, qu'il faut désarmer la police et la gendarmerie de toute autorité. Car ces corps sont des institutions et des fonctions : le mal est ailleurs : il est dans le manque de légitimité et de démocratie : celle qui permet de surveiller le policer qui faute et de punir le malfrat qui vole et viole. Sans cela, on va vers le pire. On le sait tous: il n'y pas plus d'Etat. Seulement un monologue, une sieste souveraine et, le reste, c'est chacun pour soi avec les terribles chiffres de la délinquance en Algérie. Le mal de l'autorité n'est déjà plus dans ses dérives (surveiller les couples et les opposants et pas les voleurs; pourchasser les «déjeuneurs» durant le Ramadan et pas les agresseurs), mais il est plus profond, on le sait tous et on le payera tous si on continue d'accepter ce régime alité et cette convalescence qui dure depuis une décennie.

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01 Aoû 2012 16:42 #116814 par bel1000
Réponse de bel1000 sur le sujet Il n'y a plus d'etat

En égyptien, cela s'appelle El Baltaguya. Intuitivement les Algériens devinent ce contrat au-dessus de leurs têtes : à la sortie des stades, les policiers sont plus accommodants avec les hooligans, qu'avec une « marche » de médecins. Et on sait pourquoi.


c'est maintenant que certains se rendent compte alors que ces pratiques datent de 1962 et de tous temps le pouvoir n'aimaient pas les lettrés car peu maniables.

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01 Aoû 2012 17:32 #116815 par romance
Réponse de romance sur le sujet Il n'y a plus d'etat
c est quand meme regretable que le citoyen attend tout du pouvoir comme ci que l homme a toujours besoin de lui dicter les bonnes manieres ces voyous n ont ils pas de conscience pour s en prendre aux gens

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01 Aoû 2012 18:51 #116816 par M'siquine
Réponse de M'siquine sur le sujet Il n'y a plus d'etat
Merci La Terre pour cette livraison ! C'est hélas un constat valable partout en Algérie dans les grandes métropoles comme dans les petits bourgs qui autrfois étaient des havres de paix et de repos !

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01 Aoû 2012 21:46 #116817 par ICOSIUM
Réponse de ICOSIUM sur le sujet Il n'y a plus d'etat
Merci la Terre pour le partage de cet article très pertinent;

Le comportement peu scrupuleux des hommes du système ne pouvait qu’engendrer avec le temps au sein d’une jeunesse désœuvrée les pires comportements. Ceci dit rien ne justifie la violence d’où qu’elle vienne et sous quelques formes que ce soit.
L’exhibitionnisme et l’arrogance d’une classe de nouveaux riches et de familles au pouvoir depuis 1962 qui se permettent tout, pendant que la frange de la classe moyenne s’amenuise et va grossir le rang des indigents; ne sont-ilsl pas une violence au peuple et un viol des principes de novembre 1954 ?

Désormais la violence est partout et de partout. Allah yestor.

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01 Aoû 2012 22:18 #116818 par bel1000
Réponse de bel1000 sur le sujet Il n'y a plus d'etat

c est quand meme regretable que le citoyen attend tout du pouvoir


depuis 1962 ( coup d'etat contre le seul gouvernement légitime par benbella et boumedienne) on a appris à l'algerien a etre assisté ( l'etat providence) puis subitement sans periode de transition on demande à cet algerien de ne plus compter sur l'etat alors que les amis et la nomenklatura se sont remplis les poches depuis 1962 donc la réaction ne peut etre que violente et comme dit icosium

L’exhibitionnisme et l’arrogance d’une classe de nouveaux riches et de familles au pouvoir depuis 1962 qui se permettent tout, pendant que la frange de la classe moyenne s’amenuise et va grossir le rang des indigents n’est-il pas une violence au peuple et un viol des principes de novembre 1954 ?

cela est amplement justifié ( je parle un peu plus haut de la réaction à une action)

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