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Vingt harraga ont tenté un suicide collectif
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19 Jan 2011 03:33 #68170
par Jalal
Vingt harraga ont tenté un suicide collectif a été créé par Jalal
DÉÇUE PAR SES GOUVERNANTS, LA JEUNESSE ARABE S’IMMOLE
Les feux du désespoir
19 Janvier 2011 - Page : 3
Lu 90 fois L'Expression
Neuf immolations par le feu ont été enregistrées en Egypte, en Algérie et en Mauritanie après celui du jeune Tunisien décédé début janvier.
Encore, deux jeunes Egyptiens se sont immolés par le feu au moment où les chefs d’Etat arabes arrivaient hier, en Egypte pour prendre part au 2e Sommet économique arabe. Hier, un avocat âgé d’une quarantaine d’années a tenté de mettre fin à ses jours avec le même mode devant le siège du gouvernement au Caire, tandis qu’à Alexandrie (nord de l’Egypte) un chômeur de 25 ans est décédé à l’hôpital de ses brûlures. Un cas supplémentaire a été évité le même jour, avec l’arrestation d’un homme qui se dirigeait vers le Parlement au Caire avec deux bidons d’essence. Avant-hier, un autre Egyptien avait tenté de se suicider par le feu devant le siège de l’Assemblée du peuple dans la même ville. Des actes de désespoir et d’une extrême détresse de cette jeunesse pour interpeller les gouvernants. Le cas du jeune marchand ambulant tunisien décédé début janvier après s’être immolé par le feu le 17 décembre a été suivi par neuf autres actes semblables dans différents pays arabes: un mort et deux blessés en Egypte, cinq blessés en Algérie (en plus de trois tentatives qui ont eu lieu avant-hier) et un blessé en Mauritanie. Ainsi, ce mode d’expression, cet acte de désespoir absolu pour dénoncer une situation de détresse sociale est utilisé, de plus en plus, par les citoyens de l’Afrique du Nord et du Monde arabe, en mal de perspective et d’écoute de la part des autorités. En Algérie, le phénomène de l’immolation par le feu prend des proportions alarmantes, devant le regard ahuri de l’opinion publique et des responsables politiques. La recrudescence de ces actes (huit cas en moins d’une semaine) ne doit laisser personne indifférent. Suicide ou sacrifice suprême, la question interpelle tout le monde. La détresse sociale pousse les malheureux à s’immoler par le feu de manière spectaculaire, comme ultime geste pour dénoncer leurs conditions sociales. Avant-hier, trois jeunes ont tenté de s’immoler par le feu pour interpeller les autorités locales et nationales sur l’impasse sociale dans laquelle ils végètent. Un jeune âgé de 23 ans a tenté de se donner la mort en s’aspergeant d’essence dans la daïra de Berriane, au nord de la wilaya de Ghardaïa. Secouru par des habitants, ses jours seraient hors de danger. Le même procédé a été également utilisé par un jeune à Mascara. Vendeur informel, il a été prié par des policiers de cesser son activité. Un cas similaire a touché aussi la wilaya d’El Oued, limitrophe de la Tunisie où un jeune père de famille de 36 ans, chômeur, n’ayant pas trouvé d’écho auprès des autorités, a tenté de s’immoler en présence d’un élu. Ce jeune qui réclamait un logement s’est vu refuser une rencontre avec le wali. Il semble que l’immolation du jeune Tunisien de Sidi Bouzid, à l’origine de la révolution de Jasmin qui a fini par chasser Ben Ali, a fait tâche d’huile en Algérie. Plus grave et plus inquiétant encore, vingt harraga ont tenté un suicide collectif, dans la nuit de dimanche à lundi après avoir été repérés par les gardes-côtes, en mettant le feu à leur embarcation de fortune. Ces trois cas s’ajoutent aux cinq autres enregistrés ces derniers jours dans différentes wilayas du pays. Jeudi dernier, un citoyen, A. M., 41 ans, et père de six enfants, a tenté de mettre fin à ses jours en s’immolant par le feu dans l’enceinte du siège de la daïra de Bordj-Ménaïel, à 30 km à l’est de Boumerdès. Vendredi soir, à 21 heures, un jeune de 26 ans, répondant aux initiales H.S., a eu recours au même procédé en plein centre-ville de Jijel, sur l’avenue Emir Abdelkader pour dénoncer la mouise qui le ronge au quotidien. Samedi, un jeune a mis le feu à la maison familiale à Alger pour protester contre sa condition sociale et demander un logement décent et digne d’une Algérie indépendante. A Tébessa, un jeune répondant aux initiales A. B., résidant dans la commune de Boukhadra, s’est immolé lui aussi pour protester contre le chômage. Dimanche, c’est un jeune de 34 ans de la wilaya de Mostaganem qui s’est suicidé, devant le siège de la Sûreté de wilaya de Mostaganem. Les parlementaires qui refusent un débat général sur la situation politique et à sociale doivent assumer leurs responsabilités face à l’impasse et l’horizon bouché de ces jeunes sacrifiés qui les ont élus. L’heure est à l’action. Les rencontres dans des salles fermées et les appels de détresse réduits à de simples faits divers ne font qu’exacerber le sentiment de révolte.
Karim AIMEUR
L'Expression Edition OnLine
Les feux du désespoir
19 Janvier 2011 - Page : 3
Lu 90 fois L'Expression
Neuf immolations par le feu ont été enregistrées en Egypte, en Algérie et en Mauritanie après celui du jeune Tunisien décédé début janvier.
Encore, deux jeunes Egyptiens se sont immolés par le feu au moment où les chefs d’Etat arabes arrivaient hier, en Egypte pour prendre part au 2e Sommet économique arabe. Hier, un avocat âgé d’une quarantaine d’années a tenté de mettre fin à ses jours avec le même mode devant le siège du gouvernement au Caire, tandis qu’à Alexandrie (nord de l’Egypte) un chômeur de 25 ans est décédé à l’hôpital de ses brûlures. Un cas supplémentaire a été évité le même jour, avec l’arrestation d’un homme qui se dirigeait vers le Parlement au Caire avec deux bidons d’essence. Avant-hier, un autre Egyptien avait tenté de se suicider par le feu devant le siège de l’Assemblée du peuple dans la même ville. Des actes de désespoir et d’une extrême détresse de cette jeunesse pour interpeller les gouvernants. Le cas du jeune marchand ambulant tunisien décédé début janvier après s’être immolé par le feu le 17 décembre a été suivi par neuf autres actes semblables dans différents pays arabes: un mort et deux blessés en Egypte, cinq blessés en Algérie (en plus de trois tentatives qui ont eu lieu avant-hier) et un blessé en Mauritanie. Ainsi, ce mode d’expression, cet acte de désespoir absolu pour dénoncer une situation de détresse sociale est utilisé, de plus en plus, par les citoyens de l’Afrique du Nord et du Monde arabe, en mal de perspective et d’écoute de la part des autorités. En Algérie, le phénomène de l’immolation par le feu prend des proportions alarmantes, devant le regard ahuri de l’opinion publique et des responsables politiques. La recrudescence de ces actes (huit cas en moins d’une semaine) ne doit laisser personne indifférent. Suicide ou sacrifice suprême, la question interpelle tout le monde. La détresse sociale pousse les malheureux à s’immoler par le feu de manière spectaculaire, comme ultime geste pour dénoncer leurs conditions sociales. Avant-hier, trois jeunes ont tenté de s’immoler par le feu pour interpeller les autorités locales et nationales sur l’impasse sociale dans laquelle ils végètent. Un jeune âgé de 23 ans a tenté de se donner la mort en s’aspergeant d’essence dans la daïra de Berriane, au nord de la wilaya de Ghardaïa. Secouru par des habitants, ses jours seraient hors de danger. Le même procédé a été également utilisé par un jeune à Mascara. Vendeur informel, il a été prié par des policiers de cesser son activité. Un cas similaire a touché aussi la wilaya d’El Oued, limitrophe de la Tunisie où un jeune père de famille de 36 ans, chômeur, n’ayant pas trouvé d’écho auprès des autorités, a tenté de s’immoler en présence d’un élu. Ce jeune qui réclamait un logement s’est vu refuser une rencontre avec le wali. Il semble que l’immolation du jeune Tunisien de Sidi Bouzid, à l’origine de la révolution de Jasmin qui a fini par chasser Ben Ali, a fait tâche d’huile en Algérie. Plus grave et plus inquiétant encore, vingt harraga ont tenté un suicide collectif, dans la nuit de dimanche à lundi après avoir été repérés par les gardes-côtes, en mettant le feu à leur embarcation de fortune. Ces trois cas s’ajoutent aux cinq autres enregistrés ces derniers jours dans différentes wilayas du pays. Jeudi dernier, un citoyen, A. M., 41 ans, et père de six enfants, a tenté de mettre fin à ses jours en s’immolant par le feu dans l’enceinte du siège de la daïra de Bordj-Ménaïel, à 30 km à l’est de Boumerdès. Vendredi soir, à 21 heures, un jeune de 26 ans, répondant aux initiales H.S., a eu recours au même procédé en plein centre-ville de Jijel, sur l’avenue Emir Abdelkader pour dénoncer la mouise qui le ronge au quotidien. Samedi, un jeune a mis le feu à la maison familiale à Alger pour protester contre sa condition sociale et demander un logement décent et digne d’une Algérie indépendante. A Tébessa, un jeune répondant aux initiales A. B., résidant dans la commune de Boukhadra, s’est immolé lui aussi pour protester contre le chômage. Dimanche, c’est un jeune de 34 ans de la wilaya de Mostaganem qui s’est suicidé, devant le siège de la Sûreté de wilaya de Mostaganem. Les parlementaires qui refusent un débat général sur la situation politique et à sociale doivent assumer leurs responsabilités face à l’impasse et l’horizon bouché de ces jeunes sacrifiés qui les ont élus. L’heure est à l’action. Les rencontres dans des salles fermées et les appels de détresse réduits à de simples faits divers ne font qu’exacerber le sentiment de révolte.
Karim AIMEUR
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- Jalal
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19 Jan 2011 03:37 #68171
par Jalal
Réponse de Jalal sur le sujet Vingt harraga ont tenté un suicide collectif
"Vingt harraga ont tenté un suicide collectif, dans la nuit de dimanche à lundi"
Si la nouvelle est vraie, la situation est vraiment désespérée. "Où va l'Algérie?"
Si la nouvelle est vraie, la situation est vraiment désespérée. "Où va l'Algérie?"
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- romance
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19 Jan 2011 08:22 #68172
par romance
Réponse de romance sur le sujet Vingt harraga ont tenté un suicide collectif
mais franchement c est quoi cette manie de s immoler comme ca meme en france un jeune c est mis le feu sur lui dans une ecole catho il y a vraiment un probleme la !!
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- Radia
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19 Jan 2011 09:54 #68173
par Radia
Réponse de Radia sur le sujet Vingt harraga ont tenté un suicide collectif
C'est vrai c'est quoi cette histoire de feu. C'est devenu a la mode !?! Ou c'est une contamination !?
Quelle idèe !!!!!!
Quelle idèe !!!!!!
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- Rayan 31
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19 Jan 2011 21:15 #68174
par Rayan 31
Réponse de Rayan 31 sur le sujet Vingt harraga ont tenté un suicide collectif
ils pensent pas a dieut
lah yahdina
lah yahdina
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- perico700
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22 Jan 2011 19:20 #68175
par perico700
Réponse de perico700 sur le sujet Vingt harraga ont tenté un suicide collectif
A lire ce reportage interressant sur Annaba centre de départ des Haraga,
Reforme, novembre 2009
IMMIGRATION Sans emploi, très souvent diplômés, de nombreux jeunes hommes rêvent de traverser la Méditerranée. Clandestinement, à leurs risques et périls.
Ils veulent quitter l'Algérie à tout prix
Nous sommes à Annaba, la quatrième ville d'Algérie, non loin de la frontière tunisienne. Chaque nuit, des embarcations partent des plages périphériques de la ville ou de celles du parc naturel de El Kal, moins surveillées, à quelques kilomètres de l'agglomération. Leur direction, la Sardaigne. Le 2 novembre dernier, les gardes-côtes algériens interpellaient une de ces barques de fortune de 3 à 4 mètres de long. À son bord, une femme et son bébé. En quelques années, l'ancienne Bône, ville du mausolée de saint Augustin, est devenue l'une des plaques tournantes de l'émigration clandestine dans le pays. Les clandestins qui cherchent à rejoindre l'Espagne partent souvent de Mostaganem ou d'Oran mais la route la plus courte reste celle d'Annaba. L'Italie n'est qu'à 165 milles nautiques. Le centre de la ville est partout marqué par ce désir du départ. Des graffitis, souvent effacés par les autorités, traduisent le mal-être de cette population jeune. « Vive Rome, Vive la Sardaigne », peut-on lire sur les murs.
Walid, vingt-quatre ans, est justement de l'un des ses candidats au départ, un harraga, celui qui « brûle » les frontières. Il vit dans le quartier de Seybouse, dans le centre-ville. À quelques mètres de là, la préfecture de la ville. L'entretien se déroule chez une connaissance commune. Un candidat au départ risque 5 ans d'emprisonnement selon une nouvelle loi votée cette année. Le sujet reste tabou. Formé à la mécanique, le jeune homme ne trouve pas de travail comme près de deux tiers des Algériens âgés de 18 à 25 ans. « Ce n'est plus possible pour moi. Je ne peux pas rester ici. Pour trouver du travail il faut avoir des connaissances, des réseaux. Tout est bloqué. Il faut connaître quelqu'un proche du pouvoir local pour espérer avoir un emploi. »
Pêcheurs escrocs
Son père n'est pas introduit dans ces réseaux. Sa mère reste au foyer et ses deux sœurs ne trouvent pas non plus de travail. « Cela fait presque quatre ans que je cherche », explique le jeune homme dans un français approximatif, aidé par son ami. « Mes journées se résument souvent à me promener dans la ville, prendre un café sur le boulevard de la Révolution [l'artère principale de la ville, ndlr]. Je ne peux pas rester chez moi. On est entassé à cinq dans un deux pièces. » Il a mûri son projet avec des amis. Ils sont six, prêts à partir dès la première occasion. Ils cherchent à acquérir le matériel pour essayer de traverser la Méditerranée sans faire appel à des passeurs.
Walid confesse que l'entreprise sera difficile. « Les prix varient entre 100 000 et 300 000 dinars par personne [entre 1 000 et 3 000 euros, ndlr]. Nous n'avons pas les moyens de rassembler cette somme. Au mois d'août dernier, des pêcheurs qui avaient proposé leurs services ont escroqué des passagers de plusieurs milliers d'euros. Les pêcheurs ont demandé une avance de 50 000 dinars et ils ne sont jamais partis. »
La plupart des candidats, cachés dans les rochers du côté du cap Rosa, ont été arrêtés peu de temps après par la gendarmerie. « On va essayer de voler une embarcation, avec son moteur. On apportera nous-mêmes des bidons d'essence. Il nous faut un GPS mais ils sont désormais difficiles à trouver à la vente. » Les jeunes hommes espèrent partir de la plage d'Ain Bagrat, une plage sauvage peu surveillée selon eux, bien qu'elle soit située à quelques kilomètres seulement des camps de vacances de la police et de l'armée et de la villa présidentielle, lieu de villégiature d'Abdelaziz Bouteflika. Isolée de l'agglomération, la plage est un point de départ idéal. Certes, une station d'écoute militaire sur une colline domine le site. Selon Walid, l'armée est plus préoccupée par les terroristes que par les harraga. La forêt a été remplacée par le maquis. Les soldats brûlent régulièrement les collines non cultivées pour en expulser les islamistes.
Le mode opératoire choisi par Walid reste original. La plupart du temps, les clandestins payent et commandent une barque de fortune auprès d'ateliers clandestins. Ils versent ensuite de l'argent à un passeur chargé de les conduire sur une plage de Sardaigne.
Walid n'est pas convaincu de la dangerosité de la traversée. « C'est quoi, mon avenir ici ? Le pays est devenu une prison à ciel ouvert. Le seul endroit où on peut se rendre sans visa, c'est la Tunisie. On n'a pas d'autre choix. On possède le seul passeport au monde qui ne sert à rien. Je préfère prendre ce risque que de pourrir sur place », explique le jeune harraga.
Pas d'avenir
Selon lui, la majorité des jeunes de la ville veulent partir, avec ou sans emploi. C'est le cas de Mustapha, taxi clandestin, rencontré lors d'une course. Il a vécu deux ans en France avant d'être expulsé. « Je travaillais illégalement près de Toulouse pour un agriculteur, un maraîcher. J'ai envie de retrouver la France. Ici, il n'y a pas d'avenir. Maintenant, j'hésite. C'est tout de même une folie, cette traversée », concède-t-il.
L'émigration par voie légale est devenue très difficile. Karim, trente ans, diplômé universitaire et qui a fini par trouver un emploi d'acheteur pour une société de téléphonie portable, a également « galéré pour trouver du travail ». Il s'en est sorti grâce à un piston, le seul moyen de se procurer du travail. Les diplômes n'auraient plus aucune valeur. Selon Karim, « la France et l'Europe ne veulent pas de nous. Il faut se faire une raison. Vous devez déposer un acompte de près de 1 000 euros, effectuer une série de test linguistiques coûteux au centre culturel et vous n'êtes même pas assuré d'obtenir un simple visa de trois mois ».
Selon une publication d'une commission d'enquête du Sénat français, datant de 2005, les consulats d'Annaba et d'Alger détiennent le record de taux de refus de visas de courte durée par rapport aux autres consulats français dans le monde. En 2005, lors de sa visite d'État à Alger, Jacques Chirac avait été accueilli par une population criant « des visas !, des visas ! ».
500 disparus en 2008
Karim ajoute : « Le Canada accepte quelques personnes mais il cherche des gens hautement formés dans certains métiers et ici il n'y a pas de présence consulaire et les frais restent élevés. Je me souviens de mes parents qui effectuaient souvent des allers-retours en France. Aujourd'hui, ce n'est plus vraiment possible. »
Karim a refusé de partir. Il essaye de convaincre Walid de renoncer à son projet. « J'aurais causé du tort à mes parents. Je suis croyant. Cette traversée équivaut à un suicide. La Méditerranée reste une mer faussement calme. Combien ont disparu et ne sont pas revenus ? L'islam interdit le suicide. C'est un péché. »
En 2008, les gardes-côtes algériens ont ainsi repêché 50 corps. Une estimation parle de 500 disparus cette année-là. Des associations de parents de disparus se sont mises en place, mais elles sont peu écoutées par le pouvoir. Un père, qui a voulu garder l'anonymat, a perdu son fils de vingt-cinq ans, disparu en mer. Aucune trace, aucune nouvelle. Joint par téléphone, l'homme ne comprend toujours pas ce qui est arrivé. Son fils gagnait bien sa vie, dans une agence de communication. « Notre objectif est de rencontrer les jeunes dans la rue pour leur expliquer que c'est une folie. Nous n'y parvenons pas. »
Plutôt à Rome qu'ici
Selon Ali Bensaad, chercheur à l'université de Provence, spécialiste de la question des harraga, leur nombre ne cesse d'augmenter depuis plusieurs années. « Le phénomène est relativement récent en Algérie. Difficile à mesurer, il est en constante augmentation et, contrairement à une idée reçue, il n'est pas seulement un reflet de la misère. On trouve désormais parmi les candidats au départ des médecins, des avocats, des fonctionnaires. Ce ne sont pas seulement les moins nantis qui veulent partir. »
En 2002, les services du ministère de l'Intérieur ont fait circuler une étude concernant le profil du harraga à partir de 278 dossiers d'arrestations. Près de 40 % d'entre eux avaient suivi des études universitaires et 40 % avaient un niveau d'instruction qualifié de moyen. Plus de 60 % possédaient un emploi.
Pour Ali Bensaad, « il existe un proverbe en Algérie qui dit : “Plutôt vivre à Rome qu'ici”, pour signifier tout sauf l'Algérie. La plupart des candidats au départ ont une conscience politique affirmée. Ils savent que le système est bloqué ».
Et le chercheur d'ajouter : « Le successeur d'Abdelaziz Bouteflika pourrait être son frère Saïd. La rente pétrolière est une réelle malédiction. Elle empêche toute réforme du système politique et social. Elle entretient une classe dirigeante incompétente qui a complètement laminé la société civile.
» Ces départs clandestins ont une résonance politique et on pourrait les comparer à ceux des boat-people cambodgiens des années 70. Ils s'apparentent à une forme de protestation. C'est une gifle aux yeux du pouvoir. Des gardes-côtes ont reçu comme consigne de percuter les embarcations avec leur navire. Il y a eu dernièrement un mort. Tant que ces pays du Maghreb ne s'ouvriront pas politiquement, le phénomène ne ralentira pas. »
De retour de la plage où ses amis projettent toujours de partir, Karim , le raisonnable, ne décolère pas : « Je n'arrive pas à les convaincre. Ils vont y aller. »
Chiffres
L'Algérie compte 35 millions d'habitants. Sa population a quadruplé depuis 1962, date de l'indépendance.
Les jeunes de moins de 30 ans représentent 43 % de la population totale.
Le taux de chômage officiel avoisinerait les 17 %.
Le revenu par habitant, longtemps supérieur à ses voisins, ne dépasserait pas aujourd'hui les 6 000 euros par an contre 7 000 euros en Tunisie.
La rente pétrolière et gazière représentait près de 45 % du PIB du pays en 2008.
L'Algérie face à l'immigration subsaharienne
Ils sont là à attendre un employeur hypothétique à la périphérie d'Alger, dans l'ancien village colonial de Dely Brahim sur un terrain vague. Ce sont tous des clandestins, des migrants de l'Afrique subsaharienne. Le taxi ne veut pas s'arrêter. L'endroit serait surveillé par la police. Pays d'émigration clandestine avec les harraga, l'Algérie est également devenue une terre d'immigration. Le pays constitue désormais une étape vers l'eldorado occidental.En quelques années, le phénomène a pris de l'ampleur et, aujourd'hui, le gouvernement algérien réfléchit à la mise en place d'une barrière électrique dans le sud du pays. Des centres de rétention sont également en construction du côté de Tamanrasset.
Ces migrants seraient majoritairement issus des régions du Sahel, confronté à une crise climatique. Ils seraient déjà, selon Ali Bensaad, chercheur et spécialiste des question migratoires, près de 15 000 à Oran.« L'immigration subsaharienne marque aujourd'hui durablement le paysage social algérien », note le chercheur.
Exploités, ces clandestins entreraient en concurrence avec les Algériens sur le maigre marché du travail.
P. DE.
Pierre Desorgues
Reforme, novembre 2009
IMMIGRATION Sans emploi, très souvent diplômés, de nombreux jeunes hommes rêvent de traverser la Méditerranée. Clandestinement, à leurs risques et périls.
Ils veulent quitter l'Algérie à tout prix
Nous sommes à Annaba, la quatrième ville d'Algérie, non loin de la frontière tunisienne. Chaque nuit, des embarcations partent des plages périphériques de la ville ou de celles du parc naturel de El Kal, moins surveillées, à quelques kilomètres de l'agglomération. Leur direction, la Sardaigne. Le 2 novembre dernier, les gardes-côtes algériens interpellaient une de ces barques de fortune de 3 à 4 mètres de long. À son bord, une femme et son bébé. En quelques années, l'ancienne Bône, ville du mausolée de saint Augustin, est devenue l'une des plaques tournantes de l'émigration clandestine dans le pays. Les clandestins qui cherchent à rejoindre l'Espagne partent souvent de Mostaganem ou d'Oran mais la route la plus courte reste celle d'Annaba. L'Italie n'est qu'à 165 milles nautiques. Le centre de la ville est partout marqué par ce désir du départ. Des graffitis, souvent effacés par les autorités, traduisent le mal-être de cette population jeune. « Vive Rome, Vive la Sardaigne », peut-on lire sur les murs.
Walid, vingt-quatre ans, est justement de l'un des ses candidats au départ, un harraga, celui qui « brûle » les frontières. Il vit dans le quartier de Seybouse, dans le centre-ville. À quelques mètres de là, la préfecture de la ville. L'entretien se déroule chez une connaissance commune. Un candidat au départ risque 5 ans d'emprisonnement selon une nouvelle loi votée cette année. Le sujet reste tabou. Formé à la mécanique, le jeune homme ne trouve pas de travail comme près de deux tiers des Algériens âgés de 18 à 25 ans. « Ce n'est plus possible pour moi. Je ne peux pas rester ici. Pour trouver du travail il faut avoir des connaissances, des réseaux. Tout est bloqué. Il faut connaître quelqu'un proche du pouvoir local pour espérer avoir un emploi. »
Pêcheurs escrocs
Son père n'est pas introduit dans ces réseaux. Sa mère reste au foyer et ses deux sœurs ne trouvent pas non plus de travail. « Cela fait presque quatre ans que je cherche », explique le jeune homme dans un français approximatif, aidé par son ami. « Mes journées se résument souvent à me promener dans la ville, prendre un café sur le boulevard de la Révolution [l'artère principale de la ville, ndlr]. Je ne peux pas rester chez moi. On est entassé à cinq dans un deux pièces. » Il a mûri son projet avec des amis. Ils sont six, prêts à partir dès la première occasion. Ils cherchent à acquérir le matériel pour essayer de traverser la Méditerranée sans faire appel à des passeurs.
Walid confesse que l'entreprise sera difficile. « Les prix varient entre 100 000 et 300 000 dinars par personne [entre 1 000 et 3 000 euros, ndlr]. Nous n'avons pas les moyens de rassembler cette somme. Au mois d'août dernier, des pêcheurs qui avaient proposé leurs services ont escroqué des passagers de plusieurs milliers d'euros. Les pêcheurs ont demandé une avance de 50 000 dinars et ils ne sont jamais partis. »
La plupart des candidats, cachés dans les rochers du côté du cap Rosa, ont été arrêtés peu de temps après par la gendarmerie. « On va essayer de voler une embarcation, avec son moteur. On apportera nous-mêmes des bidons d'essence. Il nous faut un GPS mais ils sont désormais difficiles à trouver à la vente. » Les jeunes hommes espèrent partir de la plage d'Ain Bagrat, une plage sauvage peu surveillée selon eux, bien qu'elle soit située à quelques kilomètres seulement des camps de vacances de la police et de l'armée et de la villa présidentielle, lieu de villégiature d'Abdelaziz Bouteflika. Isolée de l'agglomération, la plage est un point de départ idéal. Certes, une station d'écoute militaire sur une colline domine le site. Selon Walid, l'armée est plus préoccupée par les terroristes que par les harraga. La forêt a été remplacée par le maquis. Les soldats brûlent régulièrement les collines non cultivées pour en expulser les islamistes.
Le mode opératoire choisi par Walid reste original. La plupart du temps, les clandestins payent et commandent une barque de fortune auprès d'ateliers clandestins. Ils versent ensuite de l'argent à un passeur chargé de les conduire sur une plage de Sardaigne.
Walid n'est pas convaincu de la dangerosité de la traversée. « C'est quoi, mon avenir ici ? Le pays est devenu une prison à ciel ouvert. Le seul endroit où on peut se rendre sans visa, c'est la Tunisie. On n'a pas d'autre choix. On possède le seul passeport au monde qui ne sert à rien. Je préfère prendre ce risque que de pourrir sur place », explique le jeune harraga.
Pas d'avenir
Selon lui, la majorité des jeunes de la ville veulent partir, avec ou sans emploi. C'est le cas de Mustapha, taxi clandestin, rencontré lors d'une course. Il a vécu deux ans en France avant d'être expulsé. « Je travaillais illégalement près de Toulouse pour un agriculteur, un maraîcher. J'ai envie de retrouver la France. Ici, il n'y a pas d'avenir. Maintenant, j'hésite. C'est tout de même une folie, cette traversée », concède-t-il.
L'émigration par voie légale est devenue très difficile. Karim, trente ans, diplômé universitaire et qui a fini par trouver un emploi d'acheteur pour une société de téléphonie portable, a également « galéré pour trouver du travail ». Il s'en est sorti grâce à un piston, le seul moyen de se procurer du travail. Les diplômes n'auraient plus aucune valeur. Selon Karim, « la France et l'Europe ne veulent pas de nous. Il faut se faire une raison. Vous devez déposer un acompte de près de 1 000 euros, effectuer une série de test linguistiques coûteux au centre culturel et vous n'êtes même pas assuré d'obtenir un simple visa de trois mois ».
Selon une publication d'une commission d'enquête du Sénat français, datant de 2005, les consulats d'Annaba et d'Alger détiennent le record de taux de refus de visas de courte durée par rapport aux autres consulats français dans le monde. En 2005, lors de sa visite d'État à Alger, Jacques Chirac avait été accueilli par une population criant « des visas !, des visas ! ».
500 disparus en 2008
Karim ajoute : « Le Canada accepte quelques personnes mais il cherche des gens hautement formés dans certains métiers et ici il n'y a pas de présence consulaire et les frais restent élevés. Je me souviens de mes parents qui effectuaient souvent des allers-retours en France. Aujourd'hui, ce n'est plus vraiment possible. »
Karim a refusé de partir. Il essaye de convaincre Walid de renoncer à son projet. « J'aurais causé du tort à mes parents. Je suis croyant. Cette traversée équivaut à un suicide. La Méditerranée reste une mer faussement calme. Combien ont disparu et ne sont pas revenus ? L'islam interdit le suicide. C'est un péché. »
En 2008, les gardes-côtes algériens ont ainsi repêché 50 corps. Une estimation parle de 500 disparus cette année-là. Des associations de parents de disparus se sont mises en place, mais elles sont peu écoutées par le pouvoir. Un père, qui a voulu garder l'anonymat, a perdu son fils de vingt-cinq ans, disparu en mer. Aucune trace, aucune nouvelle. Joint par téléphone, l'homme ne comprend toujours pas ce qui est arrivé. Son fils gagnait bien sa vie, dans une agence de communication. « Notre objectif est de rencontrer les jeunes dans la rue pour leur expliquer que c'est une folie. Nous n'y parvenons pas. »
Plutôt à Rome qu'ici
Selon Ali Bensaad, chercheur à l'université de Provence, spécialiste de la question des harraga, leur nombre ne cesse d'augmenter depuis plusieurs années. « Le phénomène est relativement récent en Algérie. Difficile à mesurer, il est en constante augmentation et, contrairement à une idée reçue, il n'est pas seulement un reflet de la misère. On trouve désormais parmi les candidats au départ des médecins, des avocats, des fonctionnaires. Ce ne sont pas seulement les moins nantis qui veulent partir. »
En 2002, les services du ministère de l'Intérieur ont fait circuler une étude concernant le profil du harraga à partir de 278 dossiers d'arrestations. Près de 40 % d'entre eux avaient suivi des études universitaires et 40 % avaient un niveau d'instruction qualifié de moyen. Plus de 60 % possédaient un emploi.
Pour Ali Bensaad, « il existe un proverbe en Algérie qui dit : “Plutôt vivre à Rome qu'ici”, pour signifier tout sauf l'Algérie. La plupart des candidats au départ ont une conscience politique affirmée. Ils savent que le système est bloqué ».
Et le chercheur d'ajouter : « Le successeur d'Abdelaziz Bouteflika pourrait être son frère Saïd. La rente pétrolière est une réelle malédiction. Elle empêche toute réforme du système politique et social. Elle entretient une classe dirigeante incompétente qui a complètement laminé la société civile.
» Ces départs clandestins ont une résonance politique et on pourrait les comparer à ceux des boat-people cambodgiens des années 70. Ils s'apparentent à une forme de protestation. C'est une gifle aux yeux du pouvoir. Des gardes-côtes ont reçu comme consigne de percuter les embarcations avec leur navire. Il y a eu dernièrement un mort. Tant que ces pays du Maghreb ne s'ouvriront pas politiquement, le phénomène ne ralentira pas. »
De retour de la plage où ses amis projettent toujours de partir, Karim , le raisonnable, ne décolère pas : « Je n'arrive pas à les convaincre. Ils vont y aller. »
Chiffres
L'Algérie compte 35 millions d'habitants. Sa population a quadruplé depuis 1962, date de l'indépendance.
Les jeunes de moins de 30 ans représentent 43 % de la population totale.
Le taux de chômage officiel avoisinerait les 17 %.
Le revenu par habitant, longtemps supérieur à ses voisins, ne dépasserait pas aujourd'hui les 6 000 euros par an contre 7 000 euros en Tunisie.
La rente pétrolière et gazière représentait près de 45 % du PIB du pays en 2008.
L'Algérie face à l'immigration subsaharienne
Ils sont là à attendre un employeur hypothétique à la périphérie d'Alger, dans l'ancien village colonial de Dely Brahim sur un terrain vague. Ce sont tous des clandestins, des migrants de l'Afrique subsaharienne. Le taxi ne veut pas s'arrêter. L'endroit serait surveillé par la police. Pays d'émigration clandestine avec les harraga, l'Algérie est également devenue une terre d'immigration. Le pays constitue désormais une étape vers l'eldorado occidental.En quelques années, le phénomène a pris de l'ampleur et, aujourd'hui, le gouvernement algérien réfléchit à la mise en place d'une barrière électrique dans le sud du pays. Des centres de rétention sont également en construction du côté de Tamanrasset.
Ces migrants seraient majoritairement issus des régions du Sahel, confronté à une crise climatique. Ils seraient déjà, selon Ali Bensaad, chercheur et spécialiste des question migratoires, près de 15 000 à Oran.« L'immigration subsaharienne marque aujourd'hui durablement le paysage social algérien », note le chercheur.
Exploités, ces clandestins entreraient en concurrence avec les Algériens sur le maigre marché du travail.
P. DE.
Pierre Desorgues
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