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Les sciences arabes
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15 Mar 2014 21:27 #154903
par dahmane1
Réponse de dahmane1 sur le sujet La transmission des savoirs du monde arabo-musulman à l’Occident
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30 Aoû 2014 21:32 #154904
par dahmane1
Réponse de dahmane1 sur le sujet Les arabes et les musulmans
Les Arabes avaient ressuscité toutes les sciences , ils les avaient améliorées et développées. Sans les Arabes, le monde d'aujourd'hui ne serait pas différent de celui il y a 1500 ans
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12 Sep 2014 07:28 #154905
par dahmane1
Réponse de dahmane1 sur le sujet Les arabes ont-ils invente l’universite ?
La civilisation arabe est à l’origine de deux au moins des grandes institutions modernes : l’hôpital et l'observatoire. Il est fort probable qu’on lui en doit aussi une troisième: l’Université.
Telle est du moins la thèse qu’exposent ici deux enseignants de l’université de Leeds (Grande-Bretagne) : MM. R.Y. Ebied (études sémites) et M.J.L. Young (études arabes).
Le Moyen Age a légué au monde moderne trois institutions très importantes : l’hôpital, l’observatoire et l’université. Nous savons depuis longtemps que les deux premières proviennent de la civilisation arabe.
Quoiqu’un bon nombre d’instruments astronomiques aient été inventés par les Grecs, c’est sous les auspices des califes ou successeurs du prophète arabe Muhammad que l’observatoire devint une institution permanente. Selon les documents parvenus jusqu’à nous, le premier observatoire permanent fut celui qu’établit le calife Ma’mum (813/832 apr. J.-C.) à Bagdad, sa capitale, aux environs de l’année 830.
La contribution la plus importante des Arabes à la médecine est l’établissement et l’entretien de nombreux hôpitaux. S’ils n’ont pas inventé l’hôpital comme institution, ils ont apporté tant de soins à l’organisation, au financement et à l’entretien des hôpitaux que beaucoup de leurs idées sont encore visibles dans les hôpitaux d’aujourd’hui.
On peut également démontrer indirectement que la troisième institution médiévale, l’université, doit en grande partie son existence à la civilisation Islamique.
Parmi les auteurs de manuels scientifiques, médicaux et philosophiques, des savants musulmans, comme Avicenne, Averroès, Albategnius, Avempace, Avenzoar, Albucasis, Arzachel et Alpetraguis, occupent le premier plan.
Il y a une grande probabilité que les universités européennes aient utilisé ces manuels, en dépit de l’hostilité entre l’islam et le monde chrétien.
Mais des preuves de plus en plus nombreuses indiquent que c’est dans l’islam médiéval que nous devons chercher l’origine de l’université elle-même. Les plus grands centres intellectuels musulmans fonctionnaient depuis bien plus d’un siècle quand les premières universités furent fondées en Europe. Le collège-mosquée d’Al-Qarawiyyin à Fez (Maroc) fut établi en 859, celui de Cordoba au début du dixième siècle, le collège-mosquée d’Al-Azhar au Caire en 972 et la Maison de la sagesse dans la même ville au onzième siècle. En Europe, les premiers centres d’éducation supérieure apparurent beaucoup plus tard. Les universités de Bologne, de Paris et de Montpellier n’existaient sûrement pas avant le douzième siècle.
Lorsque ces universités apparurent en Europe chrétienne, elles possédaient bien des traits communs avec leurs équivalents islamiques. Les étudiants étaient pour la plupart organisés par « nations» - C’est-à-dire qu’ils étaient groupés pour leur logement selon leur lieux d’origine. A l’université d’Al-Azhar au Caire, il existait des logements distincts pour les étudiants du Maroc, de Haute Egypte, d’Irak... A l’université de Paris, les corps d’étudiants comprenaient la nation anglaise, la nation flamande, et bien d’autres. Il reste des traces de cette organisation géographique des étudiants dans quelques-uns des collèges d’Oxford, comme ceux de Lincoln, de Worcester et de Hereford.
Un autre trait de ressemblance se trouvait dans le fait que les professeurs universitaires se mettaient en tenue particulière, la toge, pour les cours et les cérémonies officielles. La coutume de mettre des vêtements larges ressemblant à ceux qu’on mettait en Europe chrétienne existait depuis le début dans les centres intellectuels de l’islam.
La terminologie en usage dans les premières institutions intellectuelles de l’Europe chrétienne montre elle aussi une analogie avec celle de l’islam le premier terme européen pour indiquer l’université - studium generale - semble être une traduction du terme académique arabe “majlis amm” signifiant « assemblée générale pour suivre des études ».
Le «permis d’enseigner» Autre point commun : la coutume largement répandue d’offrir une instruction gratuite aux étudiants. De même, la tradition de l’étudiant itinérant était connue dans les pays islamiques longtemps avant de se révéler comme caractéristique de la vie scolaire dans les pays chrétiens.
Les étudiants musulmans ne s’attendaient pas qu’un seul professeur sache tout sur une matière, et la coutume de voyager d’un centre d’études à un autre s’était installée dans la vie scolaire de ces étudiants. Ces migrations continuelles sont peut-être à l’origine d’un des traits les plus caractéristiques de l’éducation islamique: la « ijazah » ou “permis d’enseigner”.
La « ijazah » était le diplôme délivré par un professeur à son étudiant au terme d’un programme d’études et donnant à l’élève le droit d’enseigner les matières qu’il avait étudiées. Ces permis existaient déjà au neuvième siècle. Pour les étudiants voyageant d’un centre académique à un autre à la recherche d’une plus grande instruction, ces « permis d’enseigner » avaient la valeur d’un passeport et d’un certificat de compétence dans des matières particulières. Il est Intéressant de noter que le terme « licence », qui sert aujourd’hui à désigner un degré universitaire, provient du latin « licentia docendi » - permis d’enseigner - terme qu’on donnait dès le début au diplôme conféré aux étudiants dans les universités chrétiennes.
Dans les universités islamiques du Moyen Age, les professeurs étaient plus libres dans leur enseignement que dans les premières universités chrétiennes. Il n’est donc pas étonnant que chaque professeur ait eu le droit de conférer ses « permis d’enseigner », alors qu’en Europe ce droit était réservé au recteur. Mis à part cette différence, la « ijazah » et la «licentia docendi » étaient des instruments identiques de la vie universitaire. Ces ressemblances entre les pratiques universitaires de l’islam et celles du monde chrétien s’expliquent par le rôle joué pas l’Espagne dans l’établissement de contacts entre l’un et l’autre.
L’Espagne Islamique était un des grands centres académiques du Moyen Age, et, après la prise de Tolède par les chrétiens (1085), ce pays devint la voie principale par laquelle les fruits de la science islamique passaient à l’Europe chrétienne. A Tolède, l’archevêque Raymond (mort en 1251) fonda une école pour traduire les oeuvres arabes en latin et les mettre ainsi à la disposition du monde savant chrétien. Les trésors de la littérature philosophique, scientifique et médicale arabe furent traduits en latin à l’usage des professeurs et des étudiants chrétiens. Il ne serait donc point surprenant qu’avec les livres, les étudiants chrétiens aient ramené de l’Espagne des idées sur l’organisation des universités.
Le baccalauréat
Une des personnalités éminentes dans le domaine des études orientales en Angleterre, le regretté professeur Alfred Guillaume, affirmait dans la première édition de The Legacy of Islam (Oxford 1931) que l’on aurait la preuve d’une liaison entre les universités islamiques et celles de l’Ouest, si l’on trouvait une explication satisfaisante du terme médiéval «baccalareus» ou « baccalaureus » - dont dérive le terme français « baccalauréat». Le professeur Guillaume fit remarquer que l’explication qui fait dériver ce terme du latin «vassa» (une vache) ne peut être prise au sérieux. Il suggère que « baccalaureus » pourrait bien être une défectueuse transposition en latin d’une expression arabe comme par exemple « bihaqq al-riwaya » signifiant le droit de transmettre une science.
En effet, bien des termes arabes sont passés, déformés, dans le latin du Moyen Age, et dans les autres langues européennes, dans lesquelles ils sont encore en usage aujourd’hui.
Parmi ces termes on trouve des mots familiers comme « chèque » (de l’arabe « sakk », « tarif » (ta’ref), et « amiral » (amir al’bahir) et bien d’autres. GuiIlaume n’a jamais trouvé l’expression, «bihaqq al-riwaya » dans aucun document arabe, et l’étymologie qu’il en propose ne peut-être considérée que comme une conjecture très intéressante. Mais les dernières recherches des écrivains de nos jours dans les différents exemples de « ijazah » médiéval ont démontré non seulement qu’une expression très similaire à celle que suggéra Guillaume était en usage dans des documents arabes de même type, mais aussi que cette expression était employée exactement dans le sens voulu pour son étymologie proposée. La première «ijazah» (conservée dans un manuscrit de l’université de Cambridge), dans laquelle on trouve l’expression « bihaqq al-riwaya », date de l’année 1147; or, on ne trouve pas le terme « baccalaureus » en Europe, employé dans le sens « licencié », avant 1231, année où le système des degrés universitaires fut établi par la bulle « Parens scientiarum » du pape Grégoire IX. Il paraît donc probable que le terme bachelier est dérivé de l’expression en usage dans les diplômes de l’université islamique.
R.-Y. EBIED et M.-J.-L. YOUNG. (Le monde de l’éducation)
ECOLES MUSULMANES ET UNIVERSITES EUROPEENNES
J’ai lu avec intérêt l’article paru dans le Monde de l’éducation de septembre sous le litre : « Les Arabes ont-ils inventé l’Université ? » Cet article qui présente sans préjugé un aspect de la culture arabe musulmane s’insère dans la tradition d’un groupe de chercheurs occidentaux qui existent depuis le dix neuvième siècle, et dont le nombre ne cesse de croître. (...) A ce sujet ,excusez-moi de me référer à une étude que j’ai publiée en Angleterre en 1957, et où j’ai souligné qu’au Moyen Age les grandes écoles musulmanes et les Universités fondées en Europe à cette époque différaient sur les points suivants
1. Pour la création des Universités musulmanes, il n’était nécessaire d’obtenir ni l’autorisation de gouvernement ni celle d’une autorité religieuse supérieure.
2. Les disciplines enseignées dans les Universités musulmanes étaient beaucoup plus variées.
3. Quoique l’enseignement coranique fût prépondérant, les Universités musulmanes n’établissaient pas une hiérarchie officielle entre les disciplines enseignées (1).
A. R. KINANY, Directeur du Bureau de l’Organisation de la ligue islamique mondiale à Paris.
(1) The Year Book of Education, 1957, Evans Brother», Londres. Extrait du Monde de l’Education n” 23.
Telle est du moins la thèse qu’exposent ici deux enseignants de l’université de Leeds (Grande-Bretagne) : MM. R.Y. Ebied (études sémites) et M.J.L. Young (études arabes).
Le Moyen Age a légué au monde moderne trois institutions très importantes : l’hôpital, l’observatoire et l’université. Nous savons depuis longtemps que les deux premières proviennent de la civilisation arabe.
Quoiqu’un bon nombre d’instruments astronomiques aient été inventés par les Grecs, c’est sous les auspices des califes ou successeurs du prophète arabe Muhammad que l’observatoire devint une institution permanente. Selon les documents parvenus jusqu’à nous, le premier observatoire permanent fut celui qu’établit le calife Ma’mum (813/832 apr. J.-C.) à Bagdad, sa capitale, aux environs de l’année 830.
La contribution la plus importante des Arabes à la médecine est l’établissement et l’entretien de nombreux hôpitaux. S’ils n’ont pas inventé l’hôpital comme institution, ils ont apporté tant de soins à l’organisation, au financement et à l’entretien des hôpitaux que beaucoup de leurs idées sont encore visibles dans les hôpitaux d’aujourd’hui.
On peut également démontrer indirectement que la troisième institution médiévale, l’université, doit en grande partie son existence à la civilisation Islamique.
Parmi les auteurs de manuels scientifiques, médicaux et philosophiques, des savants musulmans, comme Avicenne, Averroès, Albategnius, Avempace, Avenzoar, Albucasis, Arzachel et Alpetraguis, occupent le premier plan.
Il y a une grande probabilité que les universités européennes aient utilisé ces manuels, en dépit de l’hostilité entre l’islam et le monde chrétien.
Mais des preuves de plus en plus nombreuses indiquent que c’est dans l’islam médiéval que nous devons chercher l’origine de l’université elle-même. Les plus grands centres intellectuels musulmans fonctionnaient depuis bien plus d’un siècle quand les premières universités furent fondées en Europe. Le collège-mosquée d’Al-Qarawiyyin à Fez (Maroc) fut établi en 859, celui de Cordoba au début du dixième siècle, le collège-mosquée d’Al-Azhar au Caire en 972 et la Maison de la sagesse dans la même ville au onzième siècle. En Europe, les premiers centres d’éducation supérieure apparurent beaucoup plus tard. Les universités de Bologne, de Paris et de Montpellier n’existaient sûrement pas avant le douzième siècle.
Lorsque ces universités apparurent en Europe chrétienne, elles possédaient bien des traits communs avec leurs équivalents islamiques. Les étudiants étaient pour la plupart organisés par « nations» - C’est-à-dire qu’ils étaient groupés pour leur logement selon leur lieux d’origine. A l’université d’Al-Azhar au Caire, il existait des logements distincts pour les étudiants du Maroc, de Haute Egypte, d’Irak... A l’université de Paris, les corps d’étudiants comprenaient la nation anglaise, la nation flamande, et bien d’autres. Il reste des traces de cette organisation géographique des étudiants dans quelques-uns des collèges d’Oxford, comme ceux de Lincoln, de Worcester et de Hereford.
Un autre trait de ressemblance se trouvait dans le fait que les professeurs universitaires se mettaient en tenue particulière, la toge, pour les cours et les cérémonies officielles. La coutume de mettre des vêtements larges ressemblant à ceux qu’on mettait en Europe chrétienne existait depuis le début dans les centres intellectuels de l’islam.
La terminologie en usage dans les premières institutions intellectuelles de l’Europe chrétienne montre elle aussi une analogie avec celle de l’islam le premier terme européen pour indiquer l’université - studium generale - semble être une traduction du terme académique arabe “majlis amm” signifiant « assemblée générale pour suivre des études ».
Le «permis d’enseigner» Autre point commun : la coutume largement répandue d’offrir une instruction gratuite aux étudiants. De même, la tradition de l’étudiant itinérant était connue dans les pays islamiques longtemps avant de se révéler comme caractéristique de la vie scolaire dans les pays chrétiens.
Les étudiants musulmans ne s’attendaient pas qu’un seul professeur sache tout sur une matière, et la coutume de voyager d’un centre d’études à un autre s’était installée dans la vie scolaire de ces étudiants. Ces migrations continuelles sont peut-être à l’origine d’un des traits les plus caractéristiques de l’éducation islamique: la « ijazah » ou “permis d’enseigner”.
La « ijazah » était le diplôme délivré par un professeur à son étudiant au terme d’un programme d’études et donnant à l’élève le droit d’enseigner les matières qu’il avait étudiées. Ces permis existaient déjà au neuvième siècle. Pour les étudiants voyageant d’un centre académique à un autre à la recherche d’une plus grande instruction, ces « permis d’enseigner » avaient la valeur d’un passeport et d’un certificat de compétence dans des matières particulières. Il est Intéressant de noter que le terme « licence », qui sert aujourd’hui à désigner un degré universitaire, provient du latin « licentia docendi » - permis d’enseigner - terme qu’on donnait dès le début au diplôme conféré aux étudiants dans les universités chrétiennes.
Dans les universités islamiques du Moyen Age, les professeurs étaient plus libres dans leur enseignement que dans les premières universités chrétiennes. Il n’est donc pas étonnant que chaque professeur ait eu le droit de conférer ses « permis d’enseigner », alors qu’en Europe ce droit était réservé au recteur. Mis à part cette différence, la « ijazah » et la «licentia docendi » étaient des instruments identiques de la vie universitaire. Ces ressemblances entre les pratiques universitaires de l’islam et celles du monde chrétien s’expliquent par le rôle joué pas l’Espagne dans l’établissement de contacts entre l’un et l’autre.
L’Espagne Islamique était un des grands centres académiques du Moyen Age, et, après la prise de Tolède par les chrétiens (1085), ce pays devint la voie principale par laquelle les fruits de la science islamique passaient à l’Europe chrétienne. A Tolède, l’archevêque Raymond (mort en 1251) fonda une école pour traduire les oeuvres arabes en latin et les mettre ainsi à la disposition du monde savant chrétien. Les trésors de la littérature philosophique, scientifique et médicale arabe furent traduits en latin à l’usage des professeurs et des étudiants chrétiens. Il ne serait donc point surprenant qu’avec les livres, les étudiants chrétiens aient ramené de l’Espagne des idées sur l’organisation des universités.
Le baccalauréat
Une des personnalités éminentes dans le domaine des études orientales en Angleterre, le regretté professeur Alfred Guillaume, affirmait dans la première édition de The Legacy of Islam (Oxford 1931) que l’on aurait la preuve d’une liaison entre les universités islamiques et celles de l’Ouest, si l’on trouvait une explication satisfaisante du terme médiéval «baccalareus» ou « baccalaureus » - dont dérive le terme français « baccalauréat». Le professeur Guillaume fit remarquer que l’explication qui fait dériver ce terme du latin «vassa» (une vache) ne peut être prise au sérieux. Il suggère que « baccalaureus » pourrait bien être une défectueuse transposition en latin d’une expression arabe comme par exemple « bihaqq al-riwaya » signifiant le droit de transmettre une science.
En effet, bien des termes arabes sont passés, déformés, dans le latin du Moyen Age, et dans les autres langues européennes, dans lesquelles ils sont encore en usage aujourd’hui.
Parmi ces termes on trouve des mots familiers comme « chèque » (de l’arabe « sakk », « tarif » (ta’ref), et « amiral » (amir al’bahir) et bien d’autres. GuiIlaume n’a jamais trouvé l’expression, «bihaqq al-riwaya » dans aucun document arabe, et l’étymologie qu’il en propose ne peut-être considérée que comme une conjecture très intéressante. Mais les dernières recherches des écrivains de nos jours dans les différents exemples de « ijazah » médiéval ont démontré non seulement qu’une expression très similaire à celle que suggéra Guillaume était en usage dans des documents arabes de même type, mais aussi que cette expression était employée exactement dans le sens voulu pour son étymologie proposée. La première «ijazah» (conservée dans un manuscrit de l’université de Cambridge), dans laquelle on trouve l’expression « bihaqq al-riwaya », date de l’année 1147; or, on ne trouve pas le terme « baccalaureus » en Europe, employé dans le sens « licencié », avant 1231, année où le système des degrés universitaires fut établi par la bulle « Parens scientiarum » du pape Grégoire IX. Il paraît donc probable que le terme bachelier est dérivé de l’expression en usage dans les diplômes de l’université islamique.
R.-Y. EBIED et M.-J.-L. YOUNG. (Le monde de l’éducation)
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J’ai lu avec intérêt l’article paru dans le Monde de l’éducation de septembre sous le litre : « Les Arabes ont-ils inventé l’Université ? » Cet article qui présente sans préjugé un aspect de la culture arabe musulmane s’insère dans la tradition d’un groupe de chercheurs occidentaux qui existent depuis le dix neuvième siècle, et dont le nombre ne cesse de croître. (...) A ce sujet ,excusez-moi de me référer à une étude que j’ai publiée en Angleterre en 1957, et où j’ai souligné qu’au Moyen Age les grandes écoles musulmanes et les Universités fondées en Europe à cette époque différaient sur les points suivants
1. Pour la création des Universités musulmanes, il n’était nécessaire d’obtenir ni l’autorisation de gouvernement ni celle d’une autorité religieuse supérieure.
2. Les disciplines enseignées dans les Universités musulmanes étaient beaucoup plus variées.
3. Quoique l’enseignement coranique fût prépondérant, les Universités musulmanes n’établissaient pas une hiérarchie officielle entre les disciplines enseignées (1).
A. R. KINANY, Directeur du Bureau de l’Organisation de la ligue islamique mondiale à Paris.
(1) The Year Book of Education, 1957, Evans Brother», Londres. Extrait du Monde de l’Education n” 23.
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26 Sep 2014 21:30 #154906
par dahmane1
Réponse de dahmane1 sur le sujet Science & Islam - L'empire de la raison
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08 Oct 2014 15:26 #154907
par dahmane1
Réponse de dahmane1 sur le sujet L'histoire des savants musulmans volontairement occultée
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12 Oct 2014 07:37 #154908
par dahmane1
Réponse de dahmane1 sur le sujet Histoire scientifique de l'Islam
Ernest Renan (m. 1892), dans sa biographie d’Ibn Rushd (m. 1198), ou Averroès si affinité, et la présentation de sa pensée, nous l’explicite dans son avertissement : après cette dite philosophie qu’il va aborder et expliquer rigoureusement dans sa thèse qu’il présente en 1852, l’Islam finira comme étouffé par la surchauffe de production intellectuelle et « arrachera de son sein tout germe de culture rationnelle. »[1] En définitif, la belle histoire de la pensée rationnelle en Islam s’arrêta là. Il fallait que les musulmans, soit au xii ou au xiii siècle de l’ère chrétienne, arrêtent toute spéculation scientifique; ces mêmes musulmans, dont on nous dit, que leur legs ne consiste pas « en des découvertes surprenantes, ou de théories révolutionnaires; la science doit bien plus que cela aux Arabes, elle leur doit l’existence. »[2] Alors, est-il justement raisonnable que de postuler une telle défaillance aussi brusque, et dans un temps aussi court ? Serait-ce alors la chute la plus vertigineuse dont l’histoire a été témoin, au point que les portes de la réflexion soient scellées d’un jour à l’autre ?
Certains disent que c’est la pensée du juriste et mystique al-Ghazalî (m. 1111) qui serait à l’origine de la « fermeture des portes du raisonnement indépendant »[3], et d’autres que la chute de Bagdad[4] en 1258, alors centre scientifique important, en serait à l’avènement; enfin, les derniers, ne disent ni l’un ni l’autre, et en fait omettent toute raison et vont quand même jusqu’à affirmer que le monde musulman n’a rien produit d’innovant depuis presque sept siècles[5]… mais les découvertes récentes, les études entreprises depuis la Seconde Guerre Mondiale, nous apprend Howard R. Turner, nous permettent maintenant de dire que ce pseudo déclin n’apparût qu’au xv ou xvi siècle,et qu’après même la mort du célèbre mystique, la civilisation islamique eût des Nasîr al-Dîn al-Tûsi (m. 1274) et des Ibn al-Shatîr (m. 1375) qui travaillèrent pertinemment en astronomie et mathématiques, des al Farîsi (m. 1320) en optique, ou des Ibn al-Nafîs en médecine… sans omettre de préciser que l’étude intensive des manuscrits après le xvi éme, n’a justement pas été entreprise et que même dans ce cas, sans plan global, il serait fastidieux de parler de « déclin ».[6] George Saliba, une autorité sur l’astronomie et surtout l’histoire de la science en terre musulmane, réfute aussi, de son côté, cette « histoire classique »[7] et nie que al-Ghazalî (m. 1111), à lui seul, aît pû être à l’origine du mouvement décadent qu’on lui prête; lui aussi s’en va alors dans des exemples, comme celui de l’ingénieur de génie ‘Izz al-Dîn al-Jazarî (m. 1206) qui mourût donc un siècle après le théologien. En fait, il nous remet aussi en mémoire que l’observatoire de Maragha fût construit en 1259, soit une année après la destruction de Bagdad[8] – mais quelles conséquences de la perte de ladite ville ? Comme l’a suggéré Akbar S. Ahmad, il serait en effet préférable de dire que 1258 marque la fin de la « domination mondiale des Arabes »[9], et non de l’histoire scientifique de l’Islam en soi, ou même de la civilisation tout entière comme de frivoles esprits ont pû le dire autrefois. C’est la sortie de l’entité arabe, et l’entrée du fait turc; celui-là même qui sera alors le nouvel étendard de l’Islam, et d’entre les reins duquel sortira Bâbur (m. 1530), ce fin lettré à l’origine de la dynastie mogol, qui elle, tirera sa révérence à l’entrée de l’acteur anglais, d’une révolution échouée, celle de la révolte des Cipayes en 1857, et les adieux de Bahadûr Shâh Zafar (m. 1862) au trône le 21 Septembre de cette même année…
En fait, de nos jours, peu de savants Occidentaux tiennent ces thèses[10] mais elles persistent malgré le destin des sociétés musulmanes, mais non arabes, comme l’épanouissement culturel de l’Afrique musulmane, avec le Mali et surtout Tombouctou comme centres, qui loin de répudier la science et la raison, occupa une place d’une telle importance qu’entre le douzième (justement heure de « décadence ») et le seizième, c’était l’Afrique le centre scientifique du monde musulman avec l’université de Sankoré[11], et des millions de manuscrits (principalement en Arabe, alors lingua franca, mais nous retrouveront aussi des dialectes locaux) restent à étudier dans le continent, dont, nous dit-on, des centaines en mathématiques dans la ville de Tombouctou seulement.[12] Dans le sous-continent indien aussi, on fait état d’une formidable aventure scientifique[13] et des millions de manuscrits restent encore à étudier, d’après une lecture récente faite à l’université de Cambridge.[14] Comme le signale le penseur iranien Seyyed Hossein Nasr, dans une lecture à la MIT, il remarque très pertinemment que l’étude est loin d’être complète, et précise à son tour les milliers de manuscrits sans étude au Yémen et en Ethiopie, par exemple[15], et il a la meilleure position : au lieu de parler de décadence, d’un age d’or et de poser d’autres étiquettes, il serait préférable d’abord de dépoussiérer les centaines de milliers de manuscrits dans le monde; Jan Just Witkam nous décrit un assez intéressant catalogue de manuscrits tunisiens, tous récents, qui non seulement abordent la médecine, mais aussi les techniques de l’Occident moderne, comme des écrits de tunisiens sur la photographie, ou la logistique.[16] Du côté de l’Algérie, Djamil Aïssani ne nie pas une intense activité mathématique dans la contrée, et cite un savant qui dirait que le mathématicien d’Alger, feu ‘Ali Ibn Hamza al-Maghribî (m. 1614) auraît même découvert le logarithme quelques décennies avant celui qu’on enseigne dans nos manuels, l’écossais John Napier (m. 1617.) Mais on pourrait multiplier les exemples, comme l’histoire de Mohammed iv du Maroc, qui, nous dit-on, étudia les Eléments d’Euclide, fut lui-même un monarque éclairé et savant, et élabora même « un instrument pour calculer exactement les heures en fonction des différents astres, qui était en même temps baromètre, altimètre, horloge, afin de ne pas se tromper sur les heures de prières. »[17] Pas une seule société monde musulman n’échappe à ce petit jeu, et certainement on ne peut parler de décadence – surtout si celle-ci a la signification qu’on lui prête, et encore moins de la décadence de la civilisation islamique dans son entièreté – surtout si celle-ci est bien celle que l’on entend, à savoir, du Maroc à l’Indonésie. En fait, si on devait citer le savant musulman apte à être qualifié de scientifique majeur, ne serait autre que le théologien indien Ahmed Rîda Khan (m. 1921) qui écrira un millier de livres sur tout les domaines de connaissances possibles (on dit une cinquantaine), des mathématiques (topologie) à la médecine, en passant par la géographie, le chimie et des dizaines d’autres domaines.[18] Mais un homme n’est pas une civilisation, et celle-ci a bien déraillé un moment : mais quand ? Et comment ? Toujours prenant mot de Akbar S. Ahmed, différents contextes socio-économiques, qui réunis, provoquèrent une ineffable explosion sur les rails de l’aventure de la raison parmi les contrées d’obédience musulmane, et que quand ceux-ci avaient pris Delhî aux habitants de l’Inde en 1192, ceux-là perdaient Bagdad en 1258; quand certains musulmans prenaient ce qui allait être Istanbul en 1453, d’autres perdaient Cordoue en 1492. On ne peut englober tout ces mouvements et leur assigner un déclin, qui serait alors extrapolé et bien confus.[19]
Par contre, il est dorénavant sûr que ce qui s’est arrêté au xii éme siècle du calendrier grégorien, ne fût pas l’épopée de l’Islam dans le domaine du rationnel, mais le mouvement de traduction de l’Arabe vers le Latin qui permit à l’Europe de vivre les techniques alors sophistiquées et de découvrir, grâce au travail du pape Sylvestre II, à l’arabisant Gérard de Crémone (m. 1187) et d’autres traducteurs, les trésors scientifiques de la civilisation de l’Islam à l’Europe chrétienne; et c’est pour cette raison que l’historien occidental ne parle plus de la destinée de l’intelligence arabo-musulmane plus tard : il ne s’intéresse tout simplement pas à ce qui ne ressort pas de son domaine. Mais il serait alors assez impertinent de parler de « déclin de la civilisation islamique à partir du xii éme siècle » et ce, à cause de al-Ghazalî (m. 1111) ou de la destruction de Baghdad (1258.) Surtout vu l’état des travaux actuels, on qualifiera même cet acte d’hardi, et son agent de présomptueux.
NOTES :
[1] RENAN E., Averroès et l’averroïsme, Ed. Michel Lévy frères (1866), p. iii.
[2] BRIFFAULT R., The Making of Humanity, Ed. George Allen & Unwin (1919), p. 191
[3] Pour plus de details sur la discussion, voir : KNUT S.V., The development of ijtihad and Islamic reform, 1750-1850, The third Nordic conference on Middle Eastern Studies:
Ethnic encounter and culture change, Joensuu, Finland, 19-22 June 1995
[4] Pour plus de details sur la discussion, voir : JANET L.A-L, Before European Hegemony, Oxford University Press, pp. 193-197
[5] HOODBHOY P., Science and the Islamic world—The quest for rapprochement, Physics Today, Août 2007, p.49
[6] TURNER H.R., Science in Medieval Islam, Ed. University of Texas Press (1997), pp. 203-204
[7] SALIBA G., Islamic Science and the Making of the European Renaissance, Ed. The MIT Press (2007), p. 237
[8] SALIBA G., Islamic Science and the Making of the European Renaissance, Ed. The MIT Press (2007), p. 244
[9] AKBAR S.A., Discovering Islam, Ed. Routledge (2002), p. 31
[10] TURNER H.R., Science in Medieval Islam, Ed. University of Texas Press (1997), pp. 203
[11] Sankore University: Rediscover the Glory : www.muslimmuseum.org/SankoreUniversity.aspx
[12] GERDES P., What Mathematics from Africa?, Polimetrica (2007), p. 83
[13] RAFIABADI H.N., Saints and Saviours of Islam, Ed. Sarup and Sons (2005), pp. 208-234.
[14] KHALIDI O., ISLAMIC MANUSCRIPTS IN INDIA : AN OVERVIEW, 4-6 Juillet 2005
[15] NASR S.H., Islam and Modern Science : msa.mit.edu/archives/nasrspeech1.html
[16] WITKAM J.J., Modern Arabic Manuscripts in the National Library of Tunis
[17] BENJELLOUN-LAROUI L. & ARKOUN M., Les bibliothèques au Maroc, Maisonneuve & Larose (1990), p. 56
[18] MALLIK M., Scientific Works of Imam Ahmad Raza
[19] AKBAR S.A., Discovering Islam, Ed. Routledge (2002), pp. 31-32
Certains disent que c’est la pensée du juriste et mystique al-Ghazalî (m. 1111) qui serait à l’origine de la « fermeture des portes du raisonnement indépendant »[3], et d’autres que la chute de Bagdad[4] en 1258, alors centre scientifique important, en serait à l’avènement; enfin, les derniers, ne disent ni l’un ni l’autre, et en fait omettent toute raison et vont quand même jusqu’à affirmer que le monde musulman n’a rien produit d’innovant depuis presque sept siècles[5]… mais les découvertes récentes, les études entreprises depuis la Seconde Guerre Mondiale, nous apprend Howard R. Turner, nous permettent maintenant de dire que ce pseudo déclin n’apparût qu’au xv ou xvi siècle,et qu’après même la mort du célèbre mystique, la civilisation islamique eût des Nasîr al-Dîn al-Tûsi (m. 1274) et des Ibn al-Shatîr (m. 1375) qui travaillèrent pertinemment en astronomie et mathématiques, des al Farîsi (m. 1320) en optique, ou des Ibn al-Nafîs en médecine… sans omettre de préciser que l’étude intensive des manuscrits après le xvi éme, n’a justement pas été entreprise et que même dans ce cas, sans plan global, il serait fastidieux de parler de « déclin ».[6] George Saliba, une autorité sur l’astronomie et surtout l’histoire de la science en terre musulmane, réfute aussi, de son côté, cette « histoire classique »[7] et nie que al-Ghazalî (m. 1111), à lui seul, aît pû être à l’origine du mouvement décadent qu’on lui prête; lui aussi s’en va alors dans des exemples, comme celui de l’ingénieur de génie ‘Izz al-Dîn al-Jazarî (m. 1206) qui mourût donc un siècle après le théologien. En fait, il nous remet aussi en mémoire que l’observatoire de Maragha fût construit en 1259, soit une année après la destruction de Bagdad[8] – mais quelles conséquences de la perte de ladite ville ? Comme l’a suggéré Akbar S. Ahmad, il serait en effet préférable de dire que 1258 marque la fin de la « domination mondiale des Arabes »[9], et non de l’histoire scientifique de l’Islam en soi, ou même de la civilisation tout entière comme de frivoles esprits ont pû le dire autrefois. C’est la sortie de l’entité arabe, et l’entrée du fait turc; celui-là même qui sera alors le nouvel étendard de l’Islam, et d’entre les reins duquel sortira Bâbur (m. 1530), ce fin lettré à l’origine de la dynastie mogol, qui elle, tirera sa révérence à l’entrée de l’acteur anglais, d’une révolution échouée, celle de la révolte des Cipayes en 1857, et les adieux de Bahadûr Shâh Zafar (m. 1862) au trône le 21 Septembre de cette même année…
En fait, de nos jours, peu de savants Occidentaux tiennent ces thèses[10] mais elles persistent malgré le destin des sociétés musulmanes, mais non arabes, comme l’épanouissement culturel de l’Afrique musulmane, avec le Mali et surtout Tombouctou comme centres, qui loin de répudier la science et la raison, occupa une place d’une telle importance qu’entre le douzième (justement heure de « décadence ») et le seizième, c’était l’Afrique le centre scientifique du monde musulman avec l’université de Sankoré[11], et des millions de manuscrits (principalement en Arabe, alors lingua franca, mais nous retrouveront aussi des dialectes locaux) restent à étudier dans le continent, dont, nous dit-on, des centaines en mathématiques dans la ville de Tombouctou seulement.[12] Dans le sous-continent indien aussi, on fait état d’une formidable aventure scientifique[13] et des millions de manuscrits restent encore à étudier, d’après une lecture récente faite à l’université de Cambridge.[14] Comme le signale le penseur iranien Seyyed Hossein Nasr, dans une lecture à la MIT, il remarque très pertinemment que l’étude est loin d’être complète, et précise à son tour les milliers de manuscrits sans étude au Yémen et en Ethiopie, par exemple[15], et il a la meilleure position : au lieu de parler de décadence, d’un age d’or et de poser d’autres étiquettes, il serait préférable d’abord de dépoussiérer les centaines de milliers de manuscrits dans le monde; Jan Just Witkam nous décrit un assez intéressant catalogue de manuscrits tunisiens, tous récents, qui non seulement abordent la médecine, mais aussi les techniques de l’Occident moderne, comme des écrits de tunisiens sur la photographie, ou la logistique.[16] Du côté de l’Algérie, Djamil Aïssani ne nie pas une intense activité mathématique dans la contrée, et cite un savant qui dirait que le mathématicien d’Alger, feu ‘Ali Ibn Hamza al-Maghribî (m. 1614) auraît même découvert le logarithme quelques décennies avant celui qu’on enseigne dans nos manuels, l’écossais John Napier (m. 1617.) Mais on pourrait multiplier les exemples, comme l’histoire de Mohammed iv du Maroc, qui, nous dit-on, étudia les Eléments d’Euclide, fut lui-même un monarque éclairé et savant, et élabora même « un instrument pour calculer exactement les heures en fonction des différents astres, qui était en même temps baromètre, altimètre, horloge, afin de ne pas se tromper sur les heures de prières. »[17] Pas une seule société monde musulman n’échappe à ce petit jeu, et certainement on ne peut parler de décadence – surtout si celle-ci a la signification qu’on lui prête, et encore moins de la décadence de la civilisation islamique dans son entièreté – surtout si celle-ci est bien celle que l’on entend, à savoir, du Maroc à l’Indonésie. En fait, si on devait citer le savant musulman apte à être qualifié de scientifique majeur, ne serait autre que le théologien indien Ahmed Rîda Khan (m. 1921) qui écrira un millier de livres sur tout les domaines de connaissances possibles (on dit une cinquantaine), des mathématiques (topologie) à la médecine, en passant par la géographie, le chimie et des dizaines d’autres domaines.[18] Mais un homme n’est pas une civilisation, et celle-ci a bien déraillé un moment : mais quand ? Et comment ? Toujours prenant mot de Akbar S. Ahmed, différents contextes socio-économiques, qui réunis, provoquèrent une ineffable explosion sur les rails de l’aventure de la raison parmi les contrées d’obédience musulmane, et que quand ceux-ci avaient pris Delhî aux habitants de l’Inde en 1192, ceux-là perdaient Bagdad en 1258; quand certains musulmans prenaient ce qui allait être Istanbul en 1453, d’autres perdaient Cordoue en 1492. On ne peut englober tout ces mouvements et leur assigner un déclin, qui serait alors extrapolé et bien confus.[19]
Par contre, il est dorénavant sûr que ce qui s’est arrêté au xii éme siècle du calendrier grégorien, ne fût pas l’épopée de l’Islam dans le domaine du rationnel, mais le mouvement de traduction de l’Arabe vers le Latin qui permit à l’Europe de vivre les techniques alors sophistiquées et de découvrir, grâce au travail du pape Sylvestre II, à l’arabisant Gérard de Crémone (m. 1187) et d’autres traducteurs, les trésors scientifiques de la civilisation de l’Islam à l’Europe chrétienne; et c’est pour cette raison que l’historien occidental ne parle plus de la destinée de l’intelligence arabo-musulmane plus tard : il ne s’intéresse tout simplement pas à ce qui ne ressort pas de son domaine. Mais il serait alors assez impertinent de parler de « déclin de la civilisation islamique à partir du xii éme siècle » et ce, à cause de al-Ghazalî (m. 1111) ou de la destruction de Baghdad (1258.) Surtout vu l’état des travaux actuels, on qualifiera même cet acte d’hardi, et son agent de présomptueux.
NOTES :
[1] RENAN E., Averroès et l’averroïsme, Ed. Michel Lévy frères (1866), p. iii.
[2] BRIFFAULT R., The Making of Humanity, Ed. George Allen & Unwin (1919), p. 191
[3] Pour plus de details sur la discussion, voir : KNUT S.V., The development of ijtihad and Islamic reform, 1750-1850, The third Nordic conference on Middle Eastern Studies:
Ethnic encounter and culture change, Joensuu, Finland, 19-22 June 1995
[4] Pour plus de details sur la discussion, voir : JANET L.A-L, Before European Hegemony, Oxford University Press, pp. 193-197
[5] HOODBHOY P., Science and the Islamic world—The quest for rapprochement, Physics Today, Août 2007, p.49
[6] TURNER H.R., Science in Medieval Islam, Ed. University of Texas Press (1997), pp. 203-204
[7] SALIBA G., Islamic Science and the Making of the European Renaissance, Ed. The MIT Press (2007), p. 237
[8] SALIBA G., Islamic Science and the Making of the European Renaissance, Ed. The MIT Press (2007), p. 244
[9] AKBAR S.A., Discovering Islam, Ed. Routledge (2002), p. 31
[10] TURNER H.R., Science in Medieval Islam, Ed. University of Texas Press (1997), pp. 203
[11] Sankore University: Rediscover the Glory : www.muslimmuseum.org/SankoreUniversity.aspx
[12] GERDES P., What Mathematics from Africa?, Polimetrica (2007), p. 83
[13] RAFIABADI H.N., Saints and Saviours of Islam, Ed. Sarup and Sons (2005), pp. 208-234.
[14] KHALIDI O., ISLAMIC MANUSCRIPTS IN INDIA : AN OVERVIEW, 4-6 Juillet 2005
[15] NASR S.H., Islam and Modern Science : msa.mit.edu/archives/nasrspeech1.html
[16] WITKAM J.J., Modern Arabic Manuscripts in the National Library of Tunis
[17] BENJELLOUN-LAROUI L. & ARKOUN M., Les bibliothèques au Maroc, Maisonneuve & Larose (1990), p. 56
[18] MALLIK M., Scientific Works of Imam Ahmad Raza
[19] AKBAR S.A., Discovering Islam, Ed. Routledge (2002), pp. 31-32
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