L’Islam est universel et l’Algérie n’a pas que des défauts !

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04 Jui 2011 08:49 #77183 par dahmane1
Malek Bennabi est né en 1905, à Tebessa, dans l’est algérien. Il poursuit une scolarité à Constantine au moment où commence l’activité du mouvement des Oulémas avec le cheikh Abdelhamid Ben Badis.
Il arrive à Paris en 1930 pour ses études. Il refuse les offres d’emploi de l’autorité coloniale, et préfère animer à Marseille un centre de formation et d’éducation pour les travailleurs immigrés. Il se consacre, dans le même temps, à la réflexion sur la société musulmane. Le Phénomène Coranique est son premier grand livre publié en 1946.
En 1948, il publie Les Conditions de la Renaissance et, en 1954, Vocation de L’Islam. En 1956, il rejoint le FLN au Caire, publie l’Afro-asiatisme en 1959 et de nombreux ouvrages entre 1958 et 1962. Il rentre en Algérie après l’indépendance et occupe le poste de directeur de l’enseignement supérieur. Il tient des conférences, publiées ensuite sous le titre de Perspectives algériennes 1964 et édite le premier tome des ses Mémoires d’un témoin du siècle à Alger en 1965. Il prononce des conférences et voyage à l’étranger : Libye, Egypte, Syrie, Europe, Etats-Unis, Chine...
Malek Bennabi meurt à Alger le 31 octobre 1973.
Œuvres de Malek BENNABI :
Le phénomène coranique (Arabe-Français), Alger 1946
Lebbeik (roman) (Français)
Les conditions de la renaissance (Arabe-Français) Alger 1948
Vocation de l’Islam (Arabe-Français) Paris 1954
Le problème de la culture (Arabe)
S.O.S Algérie (Arabe-Français)
La lutte idéologique en pays colonisé (Arabe)
La nouvelle édification sociale (Arabe)
Idée d’un commenwealth islamique (Arabe-Français) Le Caire 1958
Réflexions (Arabe)
Le problème des idées dans le monde musulman (Arabe) Le Caire 1960
Naissance d’une société (Arabe) Le Caire 1960
Dans le souffle de la bataille (Arabe)
Perspectives Algérienne (Français)
Mémoires d’un témoin du siècle, tome1 (Arabe-Français) Alger 1965
L’œuvre des orientalistes (Arabe-Français) Alger 1967
Islam et démocratie (Français)
Le sens de l’étape (Arabe-Français) Alger 1970
Mémoire d’un témoin du siècle, tome2 (Arabe) Beyrouth 1970
Le musulman dans le monde de l’économie (Arabe) Beyrouth 1972
Le rôle du musulman dans le dernier tiers du 20ème siècle (Arabe) Beyrouth 1973

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04 Jui 2011 09:40 #77184 par dahmane1
quelques extraits du livre "le phenomène Coranique"

METAPHYSIQUE
Au point de vue métaphysique, la pensée monothéiste tend essentiellement à affirmer l’unité de Dieu. Il est la cause unique qui intervient dans la Genèse et dans l’évolution des phénomènes qu’il régit aux attributs de Sa toute Puissance : Éternité, Volonté, Science…
Cependant, l’Islam va dégager son propre système métaphysique d’une manière plus rationnelle, surtout plus rigoureuse et dans un sens plus spiritualiste. En effet, les Écritures hébraïques révèlent un certain anthropomorphisme probablement survenu d’une manière accidentelle à la suite du « syncrétisme signalé au chapitre du « Mouvement prophétique ».
Cet anthropomorphisme apparaît nettement dans le rêve de Jacob, relaté dans la Genèse : « …Puis,l’Eternel apparaissait au sommet (de l’échelle) et disait : « Je suis l’Eternel, le Dieu d’Abraham » (Genèse XXVIII : 13.13)
D’autre part, l’enseignement rabbinique avait fondé sur la promesse faite à Abraham et sur le privilège de l’élection de Jacob tout un système religieux nationaliste : Dieu, était à quelque chose près, une divinité nationale. Si bien, d’ailleurs, que l’essence du mouvement prophétique depuis Amos jusqu’au Second Essaie, sera précisément, une réaction violente contre cet esprit particulariste : tous les prophètes comme Jérémie qui appartiennent à ce mouvement réformiste fécond des efforts afin de rétablir Dieu dans ses droits universels.
Par ailleurs, de son cote, la pensée chrétienne fait apparaître une entité humaine dans les hypostases divines : un dogme se trouve posé, celui « du Dieu vivant, fait homme ».
Née de ce dogme, l’exégèse chrétienne, empruntant à la culture musulmane la dialectique aristotélicienne, créera tout un système théologique trinitaire, fondé sur le mystère de la trinité.
Or, la thèse coranique a tiré, d’un seul coup, l’ultime conclusion de la pensée monothéiste : Dieu est UN, indivisible et universel. Elle dégage ainsi Dieu – et d’une manière décisive – du particularisme judaïque et du pluralisme chrétien.
Dans une sourate de quatre versets, le dogme essentiel de l’Islam unitaire est posé sans ambigüité :
« Dis : « Dieu est UN. C’est le Dieu à qui tendent tous les êtres. Il n’a point été enfanté et n’a point engendré d’enfants : Il n’a point de semblables. » (Coran 112)
Dans ces versets, ce qui constitue le trait propre de la pensée coranique apparait nettement : la pluralité et l’anthropomorphisme sont irrévocablement condamnés. Quand à l’affinité monothéiste, elle est dans l’esprit sinon dans la lettre de ces versets.
De toute façon, la base doctrinale est ainsi clairement posée pour les études théologiques qui vont éclore et se développer dans l’Islam pour passer de là au christianisme avec Saint thomas d’Aquin, et au Judaïsme avec Maïmonide.
Toute une philosophie religieuse d’essence coranique va pénétrer la culture monothéiste, et on ne sait jusqu’a quel point tous les remous ultérieurs de la pensée chrétienne, depuis le mouvement albigeois jusqu'à celui de la Reforme, ne sont pas imputables comme conséquence plus ou moins directe, à la conception métaphasique du Coran.
Aussi, est-ce nier l’évidence qu’ignorer le trait original de cette conception et sa portée sur l’évolution du problème religieux dans le monde judéo-chrétien. C’est aussi nier l’évidence de toute la somme théologique issue de l’Islam, de dire avec le « R.P.G. Théry : « Le Prophète a formellement interdit tout usage de la raison discursive dans le problème religieux… existence de Dieu ne se prouve pas… L’Ijtihad …ou la poussée de l’esprit – ne rentre pas dans les directives originelles du Coran «. (1)
Dire cela, c’est raisonner sur des données chrétiennes et conclure sur un problème musulman. Malheureusement, c’est bien souvent l’habitude, dans certaines études ou l’auteur comme l’éminent professeur Guignebert, après avoir examiné les éléments marquants « l’évolution du dogme » judéo-chrétien, conclue de la manière la plus inattendue à l’évolution du dogme musulman (2)
ESCHATOLOGIE
La survie de l’âme, cette notion essentielle de la culture monothéiste entraine des conséquences logiques de fin du monde, jugement dernier, paradis, enfer.
Il y a là tout un domaine sur lequel les écritures hébraïques, soucieuses de l’organisation terrestre du premier milieu monothéiste n’ont jeté qu’une faible lueur.
L'Évangile l’éclaire d’avantage, en insistant particulièrement sur le « Royaume de Dieu » : enseignement qui s’adresse a un milieu monothéiste déjà évolué.
Le Coran va donner à ce domaine de l’eschatologie un relief saisissant. Le drame de la survie est raconté avec une telle émotion, un tel accent pathétique, dans un style si éloquent, émaillé de visions si impressionnantes, qu’il n’est pas possible, même de nos jours, de rester indifférent devant son fantastique déroulement. Les scènes eschatologiques y sont d’une réalité saisissante. Les personnages parlent et agissent ; anges et Satan, élus et damnés, sont d’un réalisme qui n’omet pas même le détail psychologique, ni aucune parole propre à marquer la grandeur de l’Heure solennelle.
Le temps lui-même est amplifié : le jugement est rendu « en un jour équivalent à cinquante milles années « terrestres. Et pour marquer le dénouement pathétique de ce drame dantesque, « un rempart surgit : d’une part, la félicité, et, de l’autre, le tourment ».
C’est à ce panorama que, six siècles plus tard, le génie de Dante empruntera les tableaux fantastiques de sa « Divine Comédie », à travers la « Rissalat el Ghoufran » de Maari (1)
COSMOLOGIE
Dans le livre de la Genèse, nous assistons à un mode impératif de création :
« Dieu dit : « Que la Lumière soit » et la Lumière fut » (genèse 1.3)
Ce mode nous est rappelé d’une manière saisissante par le « Koun Fa Yacounou » du Coran. Voila une similitude frappante. Mais le Coran signale constamment à notre attention le processus de ce « Takwine » impératif :
D’abord l’unité de la matière primordiale, « certes le ciel et terre formaient un tout que Nous (Dieu) avons scindé » (coran 11.30)
Puis l’état initial de cette matière : « Dieu étendit son empire sur le ciel alors que ce dernier se trouvait à l’état gazeux » (coran XLI/1O)
Puis Dieu assigne « à chaque « astre » son orbite et son but, répartissant ainsi la matière dans l’espace et créant, par la même, toutes les lois qui régiront le phénomène physique.
Puis le Phénomène biologique : « Nous avons crée de l’eau, toute chose vivante »(Coran 11.3O)
Beaucoup d’autres traits achèvent ce tableau schématique de la cosmogonie coranique.
Quoi qu’il en soit, l’acte » créateur initial est un acte verbal, et ce mode de création a de quoi choquer des idées reposant sur le postulat de Lavoisier « Rien ne se crée, rien ne se perd... »
Cela signifie qu’on ne peut rien créer à partir de rien. Cependant, il faut bien considérer que du point de vue purement logique, il n’y a aucune incompatibilité irréductible entre la raison et le principe créateur du « Kun Fa Yakounou ». (Soit et il Fut)
Certes, aucun mortel ne pourrait en donner une preuve expérimentale : pour la religion, néanmoins, Dieu seul détient le secret du « Takwine » par le « Koun ».
Mais, à priori, y a-t-il dans ce concept, quelque chose d’irrémédiablement opposé à la conception scientifique ?
Qu’on veuille bien considérer à quoi se résoud, en dernière analyse, la matière : substance et support de tout ce qui est.
Les physiciens répondent ; à une forme de l’énergie.
Mais le Verbe lui-même, ne peut-il être interprété comme une forme de l’énergie, l’énergie par excellence, puisqu’elle est créatrice ?
N’a-t-on pas le droit de regarder la matière, dans son ensemble, comme une simple transformation d’un « Koun générateur ». ?
MORALE
La morale religieuse, pour autant qu’il n’y ait pas là un non-sens, fonde les actions de l’homme sur l’intérêt personnel immédiat. On en a fait la base du système laïque.
Certes, l’intérêt personnel compte encore dans la morale monothéiste ; mais il y est plus altruiste. En fait, il s’agit plutôt d’un mérite de l’individu plutôt que de son bénéfice.
En vue de ce mérite, le Pentateuque formule la première charte morale de l’humanité dans ses dix commandements, et l’Évangile donne ses directives dans le « Sermon de la Montagne ».
Ici et là, il s’agit d’une morale surtout négative prêchant l’abstention à faire le mal, dans un cas, et) ne pas réagir contre le mal, dans l’autre.
Le Coran va précisément apporter, pour compléter la morale monothéiste, un principe positif essentiel : il faut combattre le mal. Il dit à ceux qui pratiquent sa morale : « Vous êtes le meilleur peuple : Celui qui ordonne le bien et réprime le mal ».
A un autre point de vue, R.P.G, rajuste encore la notion de rémunération qui est la base de la morale monothéiste. D’après le professeur A ; Lods, il faut attendre Ézéchiel pour voir se dégager dans le Judaïsme, la valeur religieuse de l’individu. Jusque là, le devoir, avec ses conséquences morales, incombe surtout à la nation qui attend sa rémunération dans le triomphe temporel du « Jour de Yahvé ».
L’Évangile, au contraire, fixera toute la rémunération dans le « Royaume de Dieu », en sorte que la morale devient eschatologique et, par voie de conséquence, intégralement individualiste.
Il semble cependant que l’enseignement du Entretien sur la philosophie musulmane et la culture française » par R.P.G, s’édifie à la fois sur la morale de l’individu et la destinée terrestre du groupe.
Pour l’individu, le mérite est rémunéré au jour du jugement dernier en vue duquel le Coran dégage nettement la valeur religieuse de l’individu, dans le verset suivant « Laisse-Moi (Seul) avec celui que J’ai créé ".(Coran 74.11)
Pour le groupe, la rémunération est immédiate, elle intéresse son histoire ici-bas. Le Coran, nous invite d’ailleurs fréquemment à considérer cette rémunération terrestre dans les vestiges des nations et de leurs civilisations détruites.
« Partez, dit-il, par le monde pour considerer les vestiges de ceux qui ont nié nos ordres » (Coran 4 .2)
Et le Coran apostrophe les nations dans cet autre verset « Que ne voient-ils combien de peuples, nous avons détruit avant eux et qui étaient cependant bien plus puissants » (Coran 6.6)


Malek Bennabi

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05 Jui 2011 11:36 #77185 par dahmane1
peu avant sa mort en 1973, Malek Bennabi avait fait son
« testament ».


« Il ressort de ma dernière intervention que nous traversons actuellement une étape cruciale, un tournant décisif ; ce qui nous impose d'entreprendre des changements révolutionnaires. Nous devons, nous autres musulmans, introduire des changements au sein de nos sociétés, sous peine de subir d'autres changements que l'époque nous imposera de l'extérieur. C'est l'esprit du temps. Il faut garder toujours présent à l'esprit l'idée que si nous n'opérons pas ces changements de notre propre chef, ils nous seront imposés. J'insiste sur ce point en raison de l'importance qu'il revêt.

Que signifie le terme « révolution » ?

Beaucoup de définitions ont été avancées pour mettre en lumière ce concept. La plus pertinente aborde son aspect scientifique. La révolution en ce sens est une tentative de changer des conditions données d'une façon urgente.

Cependant, dire que révolution signifie changement et qu'elle est urgente demeure une définition insuffisante. Il faut ajouter que c'est une opération qui vise une finalité. Elle doit définir dans ce cadre l'objet du changement, déterminer ses moyens et annoncer ses buts.
N'entrons pas dans les détails mais il est nécessaire de nous demander : à quoi sommes-nous confrontés au cours de cette étape de notre histoire, en ce dernier tiers du XX° siècle?
Nous sommes aux prises avec une situation mondiale donnée à laquelle nous opposerons notre situation sociale désignée sous le terme générique de «sous-développement», avec toutes ses implications culturelles, sociales et politiques.

La situation mondiale

Elle est explosive pour deux raisons
:
1°- c'est une situation intrinsèquement dangereuse. Elle comporte en soi des soubresauts engendrant des changements radicaux à l'échelle planétaire et des évolutions dramatiques telles que l'humanité n'en a jamais vécues.

2°- c'est une situation dangereuse qui nous menace directement, car nous ne sommes même pas en mesure de savoir si nous sommes prêts à affronter les changements que la situation mondiale va nous imposer.

Nous sommes prêts à faire face à une situation signifie tout d'abord qu'il faut connaître cette situation.
Il est de notre devoir de dire que les courants de pensée dans le monde musulman n'y sont guère prêts. Les leaders politiques, de leur côté, sont loin d'y être préparés. Nos politiciens sont occupés par d'autres questions qu'ils estiment plus décisives. Je m'épargne toute controverse avec les politiciens.Je souhaite souligner qu'en fait et tout compte fait, nous ne sommes en mesure de répondre ni politiquement ni intellectuellement aux problèmes propres à cette étape de fin de siècle.

Pourquoi faut-il examiner nos dispositions à faire face aux problèmes du monde?
La raison est simple. Le inonde musulman, qu'il le veuille ou non, vit et subit ces problèmes. Par la force des choses, les problèmes mondiaux se répercutent sur toutes les parties du monde, nonobstant l'indépendance apparente de ces parties ou l'isolement que certaines d'entre elles tentent de cultiver.Les échos des évènements mondiaux nous concernent, se répercutent sur nous et influent même sur notre niveau de vie. Le recours à cet égard, à la pratique de la politique de l'autruche est à éviter. Celui qui feint d'ignorer les dangers qui le guettent n'est qu'un être frivole ou atteint de folie.

Après cet aperçu de la définition du concept «situation mondiale», revenons à notre propre situation sociale communément désignée sous le terme de sous-développement. Il est utile d'expliciter davantage ce concept pour comparer plus aisément les problèmes auxquels font face le monde musulman et l'Occident.

A ce stade de la causerie, demandons-nous ce qu'est le sous-développement.

Sommairement, c'est l'ensemble de nos problèmes. Ils ont un caractère social, politique, économique et «psychologique dans une certaine mesure». Si nous approfondissons l'analyse de ces problèmes, en effet, nous constaterons, de toute évidence, qu'une partie non moins importante est d'ordre psychologiq ou, quoique la partie dominante soit plutôt d'ord politique et social.

Après ce tour d'horizon touchant aux problèmes du changement et aux exigences de l'époque pour les musulmans, Bennabi se penche sur la notion de la civilisation.

Je commence par définir la civilisation comme étant : « l'ensemble des conditions morales et matérielles qui permettent à une société donnée d'assurer à chacun de ses membres toutes les garanties sociales nécessaires à son développement ».

Cette interprétation de la civilisation n'émane pas de Toynbee ni de ses adeptes, car certains Arabes cultivant un complexe à l'égard des Occidentaux adoptent la thèse de Toynbee.Nous devons étudier nos problèmes nous-mêmes. Ils nous sont collés. Tandis que chez Toynbee et les autres historiens, ils ne sont que le fruit de leur cogitation.

J'ai vécu personnellement et je vis ces problèmes, ma définition en conséquence ne saurait être celle de Toynbee. De même que mon concept de la culture ne saurait être le même que celui de Lévi-Strauss. Nous vivons des problèmes qui ne sont que des thèmes de réflexion chez les autres.

La différence entre ces deux cas est si grande.A la lumière de la détermination de la civilisation, nous aborderons ses deux aspects
:
- l'aspect moral ou les «conditions morales» ;- l'aspect matériel ou les «conditions matérielles». L'ensemble des conditions morales constitue la volonté civilisationnelle. L'ensemble des conditions matérielles constitue la possibilité civilisationnellel
En réalisant un seul de ces ensembles de conditions, une société ne peut assurer les garanties sociales au profit de ses individus. Il faut réaliser les deux conditions simultanément.
Les conditions matérielles, autrement dit la possibilité civilisationnelle, a trouvé un train d'application à New York plus qu'à Moscou, notamment lors du passage de l'URSS d'une société arriérée à une société développée.

Cela confirme qu'en raison de l'abondance de l'aspect matériel, il était plus facile de résoudre les problèmes évoqués par Marx abordant le capitalisme.

Le monde a dépassé l'ère de Marx. Nous relevons cependant, que les pays ayant résolu du coup les problèmes sociaux soulevés par Marx, l'apparition d'autres maux sociaux. Ils ne sont pas d'ordre économique mais d'origine psychologique, lorsque j'ai évoqué les problèmes auxquels le monde musulman se trouve confronté. Dans le monde sous-développé, c'est la multiplication des problèmes économiques et sociaux. Il en est autrement dans le monde développé où l'on affronte un nouveau type de problèmes : les problèmes psychologiques traduits par le sentiment de l'instabilité et le désarroi chez l'homme qui jouit, pourtant, de toutes les garanties sociales.

Les statistiques relatives au suicide, à cet égard, ont atteint des proportions inquiétantes dans les pays les plus développés au plan des garanties sociales, comme la Suède. Aux Etats Unis, le suicide est qualifié de «désastre national. Ajoutons hippies, de la drogue, Etc.
En comparant les deux types de problèmes, nous constaterons que nos problèmes relèvent des circonstances. Ils sont conjoncturels. Ils ne sont pas de nature intrinsèque comme ceux des pays industrialisés.D'autre part, le monde musulman souffre d'un retard au niveau matériel. L'Occident, lui, accuse un retard spirituel. Cet aspect constituera la• donnée essentielle de l'évolution mondiale dans les trente prochaines années.Bennabi brosse ensuite la carte du monde trois décennies avant le début du troisième millénaire.Au plan de la religion, il fait remarquer :Le christianisme a été abrogé par l'histoire. La masse ne suit plus ; le bouddhisme, il a été rayé par Mao Tsé-toung ; le brahmanisme a lamentablement échoué.
Nous en avons pour preuve son échec à résoudre l'un des plus grands problèmes dans la société indienne qu'est le sort de la caste des «intouchables», bien que Gandhi l'ait exposé à la conscience indienne et qu'il ait explicité son abrogation dans la Constitution ; le judaïsme n'est plus une religion au sens classique du concept, c'est une religion raciste qui ne revendique pas de conversions.

Et le marxisme ?Cette théorie a conquis de vastes étendus du globe, la Chine, l'Europe de l'Est... Il ne reste donc que le communisme et l'Islam pour les masses.
Il faut cependant attirer l'attention sur un phénomène qui touche à l'instabilité de la doctrine communiste dans l'Union soviétique. Elle est ébranlée. Lors du XXI ème congrès du parti communiste soviétique de 1956, c'est un peu tôt dans la vie du pays que Khrouchtchev annonça : «Nous devons renforcer l'énergie créatrice avec un stimulantmatériel.»
Ces paroles engendreront une crise entre l'URSS et la Chine. Mao dénonça ce révisionnisme. Il y a quelque temps, la célèbre Académie des Sciences de l'Union soviétique avait réalisé une enquête sur l'état du pays et a présenté le résultat des travaux à la Troïka Podgornyï, Brejnev et Kossyguine : l'énergie créatrice et le potentiel d'innovation connaissent une baisse dans tous les domaines. En d'autres termes, l'URSS ne vit plus l'étape de l'ascension dans le cycle de la civilisation. Le leitmotiv est devenu les jouissances et les palais, à l'instar des musulmans à l'époque de Mouawiya.

La Chine se préserve dans la lancée, contrairement aux Soviétiques qui abordent actuellement une autre étape qui les éloigne des sources de la doctrine et de l'énergie motivante.
J'ai eu l'occasion de constater, sur place en Union soviétique, cette déviation de la ligne de l'ascension dans le cycle de la civilisation. Le rêve de tous est de vivre comme vivent les Occidentaux.
Une troisième force fait son apparition dans cette lutte : le sionisme.Sur toute l'étendue où la stabilité psychologique fait défaut, la domination directe du sionisme s'impose. Toutes les possibilités civilisationnelles sont ainsi la proie du sionisme. L'historien Benoît Méchain nous raconte une anecdote.

Lors d'une rencontre avec une personnalité du département d'Etat américain, l'historien français s'est permis de lui dire : les Etats- Unis soutiennent Israël. Son interlocuteur rectifia : on est soumis à Israël, on ne le soutient pas. C'est la réalité.

Comment intervient le sionisme dans la bataille?

Comme dans ses habitudes depuis deux millénaires, le sionisme n'intervient jamais directement et ne se dévoile pas au grand jour mais par des masques et subterfuges comme la démocratie, l'humanisme, la justice... Avec le temps, il utilise le masque du christianisme. Au fil des ans, ainsi, le christianisme est devenu un masque pour le sionisme.La solution des problèmes qui rongent le monde musulman ne peut s'opérer que sur une base civilisationnelle. Une solution politique ne serait que vaine. Toutes les autres approches ne peuvent non plus conduire au salut.

L'idée du nationalisme arabe ne saurait pour sa part constituer une solution. De même les tentatives de résoudre ces problèmes à l'intérieur des frontières nationales de chaque pays musulman ont montré leur inanité. Imaginons la Belgique soustraite de l'Europe et isolée du continent
Les tenants des solutions nationalistes ont créé en fait d'autres frontières et ont provoqué le gaspillage des énergies et des efforts : Untel est baathiste, un autre est nassérien... Il ne reste qu'une seule alternative fiable, et je crois que la pensée Islamique commence à prendre conscience du fait que tout le problème dans quelque société que ce soit, est dans ses fondements une question de civilisation avant de se répartir en problèmes d'envergure nationale ou régionale.

Dans la grande bataille qui aboutira sur une victoire ,soit de l'Islam soit de ses ennemis, l'évaluation de nos chances de l'emporter doit être subordonnée à la bataille que nous devrons livrer contre le sous- développement sur le front interne et en relation avec cette entreprise. C'est la seule condition à même de permettre au monde musulman de s'enrôler dans la scène mondiale, débarrassé de tout complexe psychologique.

Un dernier mot pour conclure

J'ai l'impression, au moment où je vous parle, que je vous prodigue des conseils et des exhortations sur quelque chose de dangereux que nous nous ne saisissons pas. Pire encore : nous sommes distraits et occupés par d'autres problèmes. Les élites culturelles ne sont pas à la hauteur, elles demeurent limitées dans un cadre étroit ; si elles se hissent au niveau, elles deviennent unionistes et appellent à l'unité arabe.

MALEK BENNABI/ LA REALITE ET LE DEVENIR

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06 Jui 2011 08:04 #77186 par au_gré_du_vent
un grand homme... j'avais lu son livre 'edhahira el qouranya" trés jeune et je ne comprenais pas tout...

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06 Jui 2011 08:22 #77187 par bel1000
je n'ai pas encore tout lu ( je suis perturbé en ce moment) mais je tenais à dire que Malek Bennabi est la fine fleur de ce que peut renfermer l'Algerie comme intellectuel

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06 Jui 2011 16:56 #77188 par dahmane1
Le 09mai 1969,Bennabi, note "je suis certain que la haine bestiale que je sens autour de moi ne s'éteindra pas même après ma mort.je sens qu'après ma mort, Mr X cherchera la moindre trace de mes écrits (surtout les carnets dont il connait l'existence), même dans les tripes de mes enfants pour effacer toute trace de ma pensée".M.B

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