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Impossible de mentir avec Fidel
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21 Jul 2010 00:36 #58042
par Jalal
Impossible de mentir avec Fidel a été créé par Jalal
Manuel E. Yepe
Il y a cinquante ans, alors que j’étais directeur du protocole du ministère des Relations extérieures, j’ai été témoin d’un incident, bien heureusement sans conséquence aucune, qui impliquait le président d’Indonésie Ahmed Soekarno, l’écrivain étasunien Ernest Hemingway et le dirigeant de la Révolution cubaine, Fidel Castro.
Au programme de la visite officielle à Cuba du président de l’Indonésie, le premier chef d’Etat à se rendre à Cuba après le triomphe de la Révolution, figurait un déjeuner et une journée de repos sur la plage de Jibacoa, à une quarantaine de kilomètres à l’est de La Havane, sur invitation du premier ministre Fidel Castro.
En raison d’une des ces difficultés d’organisation dont nous étions alors coutumiers, faute d’expérience, il y eut un changement : Fidel allait rencontrer Soekarno non pas à Jibacoa mais à Santa Cruz del Norte, un petit village de pêcheurs situé sur la même route, mais un peu plus près de la capitale.
Il fallut donc intercepter, sur l’autoroute, la caravane de Soekarno, comme nous l’avions fait auparavant avec les transports des artistes.
De Santa Cruz del Norte, nous avons pu appeler La Havane et le bureau du premier ministre pour l’informer du changement.
Tout semblait donc se dérouler normalement lorsqu’on commença à servir les daiquiris, les mojitos et les amuse-gueule aux invités et que les musiciens commencèrent à jouer.
Mais une demi-heure plus tard, le premier ministre n’était pas encore arrivé et nous craignions que Soekarno ne commençât à s’impatienter de l’absence de son amphitryon.
C’est alors que je reçus un message du leader de la Révolution cubaine.
Il était en train de participer au tournoi de pêche à l’espadon et venait de faire la connaissance d’Ernest Hemingway, pêcheur lui aussi et dont le nom illustre devait par la suite être donné à cette compétition internationale. Il s’excusait de son retard, qui se prolongerait encore de quelques minutes, et… suggérait qu’on se mît à table sans lui !
Je transmis les excuses au président mais hasardai un mensonge pour ce qui concerne le motif : « De graves problèmes de gouvernement ont retenu le premier ministre, mais il ne va pas tarder à nous rejoindre. »
Une demi-heure plus tard, Fidel m’adressait de nouvelles instructions : il était en train de gagner le tournoi et ne pouvait pas s’en retirer. Il réitérait ses excuses et l’invitation à passer à table.
Quant à moi, je transmis à nouveau un message quelque peu édulcoré : « Il semble que le premier ministre ait dû convoquer une réunion très urgente, il vous demande de l’attendre et annonce qu’il ne tardera pas longtemps. »
Le temps passait et vint le moment où le président indonésien ne cachait plus son mécontentement.
Pour ma part, j’essayais de le rassurer : « La situation est très tendue avec les Etats-Unis, et il a dû se passer quelque chose de grave… »
Le président Soekarno accepta de se mettre à table sans son amphitryon, mangea de bon appétit et sembla même apprécier le spectacle offert par les artistes. Après le dessert, il demanda à se retirer.
Soekarmo et sa délégation montèrent à bord des voitures. J’étais pour ma part convaincu que je venais d’être témoin d’un grave incident diplomatique qui compromettait les relations entre les deux pays.
Dix minutes plus tard, sur la route de la capitale, la caravane s’arrêta de manière un peu abrupte : elle avait été interceptée par le véhicule qui conduisait Fidel à Santa Cruz, et qui roulait en sens inverse. Fidel en descendit lestement, ouvrit lui-même la portière arrière gauche du véhicule où se trouvait le président Soekarno, et s’installa à ses côtés.
- On a dû vous le dire, non ? J’étais au tournoi de pêche avec Ernest Hemingway et je ne pouvais pas partir, parce que j’étais en train de gagner. C’est moi qui ai décroché le premier prix ! Tel fut le salut chaleureux du chef de la Révolution.
- Oui, j’ai été mis au courant et je vous félicite. Je suis heureux que vous ayez pu venir, répondit Soekarno. Les deux hommes, souriants, se donnèrent l’accolade.
Je faisais pour ma part office de traducteur et je transpirais à grosses gouttes.
J’en tirai une leçon : avec Fidel, on ne peut pas mentir !
www.granma.cu/frances/cuba-f/20mai-Impossible.html
Il y a cinquante ans, alors que j’étais directeur du protocole du ministère des Relations extérieures, j’ai été témoin d’un incident, bien heureusement sans conséquence aucune, qui impliquait le président d’Indonésie Ahmed Soekarno, l’écrivain étasunien Ernest Hemingway et le dirigeant de la Révolution cubaine, Fidel Castro.
Au programme de la visite officielle à Cuba du président de l’Indonésie, le premier chef d’Etat à se rendre à Cuba après le triomphe de la Révolution, figurait un déjeuner et une journée de repos sur la plage de Jibacoa, à une quarantaine de kilomètres à l’est de La Havane, sur invitation du premier ministre Fidel Castro.
En raison d’une des ces difficultés d’organisation dont nous étions alors coutumiers, faute d’expérience, il y eut un changement : Fidel allait rencontrer Soekarno non pas à Jibacoa mais à Santa Cruz del Norte, un petit village de pêcheurs situé sur la même route, mais un peu plus près de la capitale.
Il fallut donc intercepter, sur l’autoroute, la caravane de Soekarno, comme nous l’avions fait auparavant avec les transports des artistes.
De Santa Cruz del Norte, nous avons pu appeler La Havane et le bureau du premier ministre pour l’informer du changement.
Tout semblait donc se dérouler normalement lorsqu’on commença à servir les daiquiris, les mojitos et les amuse-gueule aux invités et que les musiciens commencèrent à jouer.
Mais une demi-heure plus tard, le premier ministre n’était pas encore arrivé et nous craignions que Soekarno ne commençât à s’impatienter de l’absence de son amphitryon.
C’est alors que je reçus un message du leader de la Révolution cubaine.
Il était en train de participer au tournoi de pêche à l’espadon et venait de faire la connaissance d’Ernest Hemingway, pêcheur lui aussi et dont le nom illustre devait par la suite être donné à cette compétition internationale. Il s’excusait de son retard, qui se prolongerait encore de quelques minutes, et… suggérait qu’on se mît à table sans lui !
Je transmis les excuses au président mais hasardai un mensonge pour ce qui concerne le motif : « De graves problèmes de gouvernement ont retenu le premier ministre, mais il ne va pas tarder à nous rejoindre. »
Une demi-heure plus tard, Fidel m’adressait de nouvelles instructions : il était en train de gagner le tournoi et ne pouvait pas s’en retirer. Il réitérait ses excuses et l’invitation à passer à table.
Quant à moi, je transmis à nouveau un message quelque peu édulcoré : « Il semble que le premier ministre ait dû convoquer une réunion très urgente, il vous demande de l’attendre et annonce qu’il ne tardera pas longtemps. »
Le temps passait et vint le moment où le président indonésien ne cachait plus son mécontentement.
Pour ma part, j’essayais de le rassurer : « La situation est très tendue avec les Etats-Unis, et il a dû se passer quelque chose de grave… »
Le président Soekarno accepta de se mettre à table sans son amphitryon, mangea de bon appétit et sembla même apprécier le spectacle offert par les artistes. Après le dessert, il demanda à se retirer.
Soekarmo et sa délégation montèrent à bord des voitures. J’étais pour ma part convaincu que je venais d’être témoin d’un grave incident diplomatique qui compromettait les relations entre les deux pays.
Dix minutes plus tard, sur la route de la capitale, la caravane s’arrêta de manière un peu abrupte : elle avait été interceptée par le véhicule qui conduisait Fidel à Santa Cruz, et qui roulait en sens inverse. Fidel en descendit lestement, ouvrit lui-même la portière arrière gauche du véhicule où se trouvait le président Soekarno, et s’installa à ses côtés.
- On a dû vous le dire, non ? J’étais au tournoi de pêche avec Ernest Hemingway et je ne pouvais pas partir, parce que j’étais en train de gagner. C’est moi qui ai décroché le premier prix ! Tel fut le salut chaleureux du chef de la Révolution.
- Oui, j’ai été mis au courant et je vous félicite. Je suis heureux que vous ayez pu venir, répondit Soekarno. Les deux hommes, souriants, se donnèrent l’accolade.
Je faisais pour ma part office de traducteur et je transpirais à grosses gouttes.
J’en tirai une leçon : avec Fidel, on ne peut pas mentir !
www.granma.cu/frances/cuba-f/20mai-Impossible.html
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