Complainte des mendiants arabes de la Casbah et de la petite Yasmina

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09 Mai 2010 20:04 #53756 par Ben Harper
Dédié à "ceux qui n'ont jamais eu faim"


"Foule
Particuliers
Auditoire
Spectateurs
Badauds
Lecteurs
Je lève
Mon verre plein de sang
à
la santé
de ceux qui sont en bonne santé
Je le lève
Et je le casse
Rageusement sur le comptoir
De ma colère
Et
J'en triture les tessons
Rageusement...
Entre mes doigts pleins de
Sang
La complainte...
Voilà
Il faut que je sois calme
Et il faut aussi
Que j'aie toute ma tête à moi
Tout seul
Et pour toute la
Nuit...
Viens, Charlemagne
Je vais te dire un poème
Comme j'en disais hier encore
Au Quartier...
Je disais...
Mais il faut que je réfléchisse
Que je sois froid
Comme un cadavre
Celui de la petite Yasmina
Je disais
J'ai faim et je m'en fiche
J'ai sommeil et je m'en fiche
J'ai froid et ne m'en fiche
Il y a des joies terribles
A gratter du papier
A deux heures du métro
Bar du matin
Rue Dufour Paris
6ème
A 800 kilomètres, il y avait la mer à boire
A boire et à manger le soir et le matin
Un coq à l'âne rôti
Avec mon copain Neptune
Avec mon copain Gitan
Avec mon copain Slim l'Américain
Qui avait trois doigts coupés
Avec mon copain Benny et ses yeux de Bozambo
Avec ma copine Nelly qui mangeait tout le temps
du sucre galvanisé pour les vitamines
K.
Mais tu sais,
Charlemagne,
Il ya des gens qui disent j'ai faim
Et puis c'est tout.
Il y a des gens qui disent j'ai froid
Et puis c'est tout.
Il y a des gens qui disent j'ai sommeil
Et puis s'étendent sur le marbre
Des dalles
Des trottoirs
Des rues
Désertes...
Mais le ventre plein, les enfants de Charlemagne
Chantent une chanson
Une chanson qu'on apprend à l'école.
Au clair de la lune
Mon ami Pierrot.
Prête-moi ta plume
Pour écrire un mot.
Les mains des pauvres
A la Casbah
Sont longues et maigres et tendues comme des racines
De pomme de terre.
La voix des pauvres
Est grêle
Et ils ont des yeux ronds
Et ils ont une sale gueule.
La gueule de Pépé le Moko quand il se la casse rue du
Regard unjour de
Pluie
Au Musée Grévin.

Une minute de silence...
Deux heures de minutes de silence
A la mémoire des morts de faim
A la mémoire des morts de froid
A la mémoire des morts de sommeil
A la mémoire des morts fauchés
Et une minute papillon je t'en prie après vous, je vous en prie
A la mémoire aussi
Des morts vivants, ni trop morts ni trop vivants
Qui sont encore
Vivants
Faute de mieux

Un jour
Dans les rues de ma Casbah
Je me suis mis à compter les pauvres
Les gueux dénombraient leur vermine
Puces, poux, punaises emballage compris
Il n'y a qu'un soleil pour tout
Pour les Américains et pour les Cannibales.
Mais les pauvres ne savaient pas
Compter
Et moi
J'avais la flemme de le faire
Car
Au fond, Charlemagne, je m'en fiche
Moi
De tous les crétins, les miteux, les pouilleux, les
Dégueulasses, les infirmes, les crevettes, les malheureux
Les ivrognes, les camemberts, les truands, les tordus,
Les sourds-muets
Et tous les autres, les gros et les maigres
Du moment
Que je ne peux plus acheter à la Petite Source
En chipant la salière et le pot de moutarde
Mon cornet de frites
Pour le manger
Rue de l'Ancienne Comédie et puis Rue de Buci...
L'absurde complainte de mes frères
L'absurde appel aux coeurs généreux
Seigneur, regardez-les
Donnez-leur leur caviar quotidien.
N'oubliez pas aussi
Leurs enfants
Ils ont besoin d'aller au cinéma.
Mais le ventre plein les enfants de Charlemagne
Chantent une chanson
Une chanson qu'on apprend à l'école :
Il était un
Peit navire (bis)
Qui naviguait je ne sais plus comment
Ohé...
Ohé...

Mais ils l'ont dit.
Il faut des hommes forts pour une nation forte...
Il ne faut pas courir après deux souris blanches...
Il faut être un roseau pensant...
Essuyez vos pieds avant d'entrer...
Le chose est au fond du couloir
A moi comte, de deux mots il faut choisir le moindre
La naissance précède l'existence
Ave Maria... morituri te saluant...
Vogue la galère
Evidemment... Evidemment.
EVIDEMMENT...
(...)
Je voudrais me mettre en colère
En colère hurlante, gesticulante
Me mettre en colère comme les gens qui savent se
Mettre en colère

En frappant
Du poing sur les tables qu'ils cassent pour
Obtenir ce qu'ils veulent
Je voudrais me mettre en colère
A cause
De la petite Yasmina
Qui n'a pas voulu
Mourir et qui est morte
L'autre jour
Rue Franklin-Roosevelt

Khouni Ahmed est un mendiant
de 42 ans...

Smail Djaffer

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09 Mai 2010 21:58 #53757 par Jalal
Salut Ben Harper! Je suis content de te relire!
La vie de SDF ou de voyageur nous révèle des enseignements incroyables d'humanité et d'humilité? (si j'ai bien compris ce poème?)

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09 Mai 2010 23:24 #53758 par Ben Harper
Salut Jalal, comment tu vas ? je ne sais que répondre à ta question. L’humilité est un angle de vue que j’aime bien parce qu’il laisse place aux autres. De plus, si l’on se rappelle d’où l’on vient, je crois qu'on sait ou on va, cela peut etre une force pour avancer lucide en regardant autour de soi, et ne pas se perdre. Il y a un monsieur qui a exposé son rêve à une tribune d’une des plus grandes instances internationales. Il rêvait que les ressources alimentaires soumises au profit et a la spéculation soit patrimoine commun de l’humanité et il n’est pas communiste.
Il a exposé son rêve avec la rigueur qu’enseignent les sciences juridiques. Il était algérien en vertu de quoi dans son pays, d’autres algériens lui crachent dessus. Ainsi chacun sans le savoir souvent, apporte sa contribution pour que l’ordre règne. Résultat, le type au placard. A mon avis il y a 2 catégories de personnes, ceux qui vivent dans le ressentiment et ceux qui construisent avec des idées et du travail. Sais tu combien de générations il faut pour faire un bon juriste et toute la peine et tout le chemin a parcourir, Jalal. Voila la question ou le constat qui me vient à l’esprit en lisant ce poème. Tu connais mieux que moi le problème chez nous, trop de chefs et pas assez d’indiens ! Le poème d’ait Djaffer a inspiré des auteurs d’autres pays. Je t’en parlerais demain si tu veux, là il se fait tard.

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