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Décès de Mohammed Abed El Jabri, symbole de la pensée arabe contemporaine
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08 Mai 2010 22:56 #53752
par Jalal
Eminent penseur marocain, Mohammed Abed El Jabri est professeur de philosophie à l’Université Mohammed V (Rabat, Maroc). On lui doit le grand projet intellectuel de " Critique de la Raison Arabe " et des essais fabuleux sur Averroès, Ibn Khaldoun et la pensée arabe en général. Il est également rédacteur en chef de la revue "Fikr wa Naqd" (Pensée et Critique), la première revue au Maghreb en matière de la recherche dans le domaine de la philosophie, la littérature et les sciences humaines et sociales.
Ses oeuvres :
1.. " El Assabiya wa el dawla " (Le Tribalisme et l’Etat : Ibn Khaldoun).
2.. " Takwin el aql el arabi " (La formation de la raison arabe (tome1 de " Critique de la raison arabe "))
3.. " Binyat el aql el arabi " (La structure de la raison arabe (tome2 de CRA))
4.. " El aql el siyassi el arabi " (La raison politique arabe (tome3 de CRA))
5.. " El khitab el arabi el mouacir " (Le discours arabe contemporain : analyse et critique).
6.. " Nahnou wa el tourath " (Nous et la tradition. Lectures contemporaines de notre héritage philosophique).
7.. " Ichkaliyat el fikr el arabi el mouacir " (Problématiques de la pensée arabe contemporaine)
8.. " El tourath wa el hadatha " (La Tradition et la modernité)
9.. " Ibn Rochd, sira wa fikr " (Averroès. Biographie et pensée)
a.. Les règles du dialogue rochdien (Mohammed Abed El Jabri)
b.. L’éthique du dialogue (Mohammed Zine)
c..Tradition et modernité (Mohammed Abed El Jabri)
d.. El Jabri et la tradition arabe (Khaled Harabi)
Source : www.philo.8m.com/jabri.html
Ses oeuvres :
1.. " El Assabiya wa el dawla " (Le Tribalisme et l’Etat : Ibn Khaldoun).
2.. " Takwin el aql el arabi " (La formation de la raison arabe (tome1 de " Critique de la raison arabe "))
3.. " Binyat el aql el arabi " (La structure de la raison arabe (tome2 de CRA))
4.. " El aql el siyassi el arabi " (La raison politique arabe (tome3 de CRA))
5.. " El khitab el arabi el mouacir " (Le discours arabe contemporain : analyse et critique).
6.. " Nahnou wa el tourath " (Nous et la tradition. Lectures contemporaines de notre héritage philosophique).
7.. " Ichkaliyat el fikr el arabi el mouacir " (Problématiques de la pensée arabe contemporaine)
8.. " El tourath wa el hadatha " (La Tradition et la modernité)
9.. " Ibn Rochd, sira wa fikr " (Averroès. Biographie et pensée)
a.. Les règles du dialogue rochdien (Mohammed Abed El Jabri)
b.. L’éthique du dialogue (Mohammed Zine)
c..Tradition et modernité (Mohammed Abed El Jabri)
d.. El Jabri et la tradition arabe (Khaled Harabi)
Source : www.philo.8m.com/jabri.html
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08 Mai 2010 23:26 #53753
par Jalal
Réponse de Jalal sur le sujet Mysticisme et Raison
La nouvelle est tombée hier comme une foudre sur le milieu intellectuel arabe et marocain en particulier. Mohamed Abed Al Jabri est décédé, lundi à Casablanca, à l’âge de 75 ans. « Une perte irremplaçable », s’accordent à dire penseurs, écrivains, politologues, idéologues, universitaires, journalistes. Mohamed Abdel Al Jabri fut tout cela.
De mémoire d’universitaire, on retient que son livre culte « Nous et la tradition » a été et restera à tout jamais une référence intellectuelle de premier plan.
Les enseignants de philosophie recommandaient vivement la lecture de cet ouvrage-type, à juste titre d’ailleurs. Se revendiquant de la pensée d’Averroès, Mohamed Abed Al Jabri opère une rupture avec une pensée orientale « mystique » et « illuministe » incarnée par Avicenne (980-1037) et prend en revanche parti en faveur d’un rationalisme andalou médiéval personnifié et développé par Ibn Rochd (1126-1169) dans son célèbre ouvrage « Le Traité décisif ». Cet ouvrage constitue donc une étape-clé dans la pensée philosophique de Mohamed Abed Al Jabri, basée sur « la Critique de la pensée arabe » et sur le culte de la pensée rochdienne selon laquelle la Raison et l’Islam ne se contredisent pas, tirant du Saint-Coran l’argument en béton que constitue ce verset « Tirez enseignement, ô vous qui êtes dotés d’intelligence ».
En reconnaissance de quoi, M. Al Jabri reçoit en 2008 le prestigieux Prix de la pensée libre.
Grâce à Mohamed Abed Al Jabri, une ligne de démarcation a été tracée entre deux blocs de pensée : un Orient porté plutôt sur le mysticisme et un Occident musulman acquis plutôt à la Raison.
Au-delà de la pensée philosophique, Mohamed Abed Al Jabri établit sa réputation sur un grand militantisme politique. « Il constitue le bel exemple de ce que doit être un intellectuel organique en prise sur la réalité politique de la société où il vit », relève l’ancien président de l’Union des écrivains du Maroc (UEM). Ancien membre actif de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), le défunt Al Jabri a le mérite d’avoir participé à l’élaboration de la plateforme politique du premier parti socialiste au Maroc. Ex-membre du Bureau politique du parti de la Rose, il a alimenté le parti en idées modernistes, progressistes, le mettant en phase avec l’évolution de la pensée socialiste contemporaine.
« Mohamed Abed Al Jabri a été de tous les combats politiques et intellectuels pour que le Marocain reconquière sa citoyenneté et pour que la société s’émancipe », témoigne son collègue et néanmoins grand ami Habib El Malki.
En tant que politique, le défunt est l’un des rares à avoir légué une impressionnante production éditoriale », fait valoir Abdeddine Hamrouch, écrivain. « Peu de politiques se sont intéressés à l’écriture de leurs mémoires politiques, ou d’analyses de l’évolution politique du Maroc moderne », relève le même écrivain.
Mais passons, car en dehors de ces casquettes, Mohamed Abed Al Jabri s’est démarqué également par un long et néanmoins original parcours universitaire. Le défunt a eu le mérite d’avoir instruit et éduqué des générations d’étudiants à l’amour de la philosophie. « Sa démarche, son mode de vie, son rapport à l’environnement, n’ont jamais échappé aux exigences de la Raison, à une rationalité qui poussait à l’oubli de soi pour rester soi-même », résume Habib El Malki, qui déplore avec la fine fleur de l’intelligentsia marocain « la perte d’une sommité » de la pensée arabe contemporaine.
L’universitaire
Spécialiste de la pensée du monde arabe et musulman, Mohamed Abed El Jabri fut un grand universitaire dont les travaux éclairaient nombre de chercheurs et étudiants.
Respecté et considéré par ses pairs comme une référence en son domaine, l’éminent penseur marocain enseignait l'épistémologie et la philosophie à la Faculté des lettres de l’Université Mohammed V à Rabat, depuis près d’un demi-siècle. Une discipline dans laquelle il excellait et dont il s’était fait le devoir de transmettre son immense savoir aux autres, notamment aux étudiants qui appréciaient la grande richesse de ses travaux.
C’est en tant qu’instituteur que ce grand intellectuel embrasse la carrière d’enseignant. Parallèlement à sa profession, il suit ses études supérieures au Maroc. En 1958, Mohammed Abed Al Jabri étudie la philosophie à l'Université de Damas en Syrie. Il étudie aussi à Paris et à Fouchena (1960, Tunis).
C’est à partir de 1967 que l’éminent professeur de philosophie commence à enseigner la philosophie à l’Université Mohammed V à Rabat. S’ensuit alors une longue et très riche carrière d’enseignant jalonnée de nombreux projets intellectuels portant sur la critique de la raison arabe et de la pensée moderne. Et dont on retiendra à titre d’exemple : outre la "Critique de la Raison arabe" (publié en quatre volumes), de nombreux essais sur Averroès, Ibn Khaldoun et la pensée arabe en général. Des travaux marqués du sceau de la critique dont il usait à la fois comme méthodologie et comme esprit.
Le défunt s’est aussi distingué dans la presse en tant que rédacteur en chef de la revue "Fikr wa Naqd" (Pensée et Critique), spécialisée dans la recherche dans les domaines de la philosophie, de la littérature et des sciences humaines et sociales. Si El Jabri, l’homme et le militant, nous a quittés, l’esprit philosophique jabrien restera vivace et pérenne.
« L’homme de l’Ijtihad moderne »
«Mohamed Abed Al Jabri restera un grand intellectuel habité par la raison. Sa démarche, son mode de vie, ses rapports à l’environnement, n’ont jamais échappé aux exigences de la raison, à une rationalité qui poussait à l’oubli de soi pour rester soi-même. Pétri d’une culture philosophique profonde, il tentait en permanence de pousser le plus loin possible les limites de la connaissance sans verser dans l’absurde en tant que mode de connaissance.
Sa préoccupation centrale, c’est la désaliénation de l’Homme, de le rendre sans tabous et maître de son destin.
Il a été de tous les combats politiques et intellectuels pour que le Marocain reconquière sa citoyenneté et pour que la société s’émancipe.
Ces dernières années, en tant qu’homme de raison, il a choisi la solitude des grands pour mieux mesurer la déraison du monde dans lequel nous vivons.
En 2005, en commémorant l’Année internationale de la philosophie, en tant que responsable du département de l’Enseignement, il m’a fait l’amitié de venir assister à cette cérémonie. L’occasion était propice pour lui remettre un prix en hommage à ses œuvres et à son apport. Il m’a regardé avec ses yeux ombragés par des sourcils encombrants pour me dire : « Merci ». A mon tour, « merci, Abed Al Jabri, pour tout ce que tu as fait, ton legs intellectuel sera l’antidote contre l’oubli » ».
Habib El Malki
Source : www.infomaroc.net/general/69928.html
De mémoire d’universitaire, on retient que son livre culte « Nous et la tradition » a été et restera à tout jamais une référence intellectuelle de premier plan.
Les enseignants de philosophie recommandaient vivement la lecture de cet ouvrage-type, à juste titre d’ailleurs. Se revendiquant de la pensée d’Averroès, Mohamed Abed Al Jabri opère une rupture avec une pensée orientale « mystique » et « illuministe » incarnée par Avicenne (980-1037) et prend en revanche parti en faveur d’un rationalisme andalou médiéval personnifié et développé par Ibn Rochd (1126-1169) dans son célèbre ouvrage « Le Traité décisif ». Cet ouvrage constitue donc une étape-clé dans la pensée philosophique de Mohamed Abed Al Jabri, basée sur « la Critique de la pensée arabe » et sur le culte de la pensée rochdienne selon laquelle la Raison et l’Islam ne se contredisent pas, tirant du Saint-Coran l’argument en béton que constitue ce verset « Tirez enseignement, ô vous qui êtes dotés d’intelligence ».
En reconnaissance de quoi, M. Al Jabri reçoit en 2008 le prestigieux Prix de la pensée libre.
Grâce à Mohamed Abed Al Jabri, une ligne de démarcation a été tracée entre deux blocs de pensée : un Orient porté plutôt sur le mysticisme et un Occident musulman acquis plutôt à la Raison.
Au-delà de la pensée philosophique, Mohamed Abed Al Jabri établit sa réputation sur un grand militantisme politique. « Il constitue le bel exemple de ce que doit être un intellectuel organique en prise sur la réalité politique de la société où il vit », relève l’ancien président de l’Union des écrivains du Maroc (UEM). Ancien membre actif de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), le défunt Al Jabri a le mérite d’avoir participé à l’élaboration de la plateforme politique du premier parti socialiste au Maroc. Ex-membre du Bureau politique du parti de la Rose, il a alimenté le parti en idées modernistes, progressistes, le mettant en phase avec l’évolution de la pensée socialiste contemporaine.
« Mohamed Abed Al Jabri a été de tous les combats politiques et intellectuels pour que le Marocain reconquière sa citoyenneté et pour que la société s’émancipe », témoigne son collègue et néanmoins grand ami Habib El Malki.
En tant que politique, le défunt est l’un des rares à avoir légué une impressionnante production éditoriale », fait valoir Abdeddine Hamrouch, écrivain. « Peu de politiques se sont intéressés à l’écriture de leurs mémoires politiques, ou d’analyses de l’évolution politique du Maroc moderne », relève le même écrivain.
Mais passons, car en dehors de ces casquettes, Mohamed Abed Al Jabri s’est démarqué également par un long et néanmoins original parcours universitaire. Le défunt a eu le mérite d’avoir instruit et éduqué des générations d’étudiants à l’amour de la philosophie. « Sa démarche, son mode de vie, son rapport à l’environnement, n’ont jamais échappé aux exigences de la Raison, à une rationalité qui poussait à l’oubli de soi pour rester soi-même », résume Habib El Malki, qui déplore avec la fine fleur de l’intelligentsia marocain « la perte d’une sommité » de la pensée arabe contemporaine.
L’universitaire
Spécialiste de la pensée du monde arabe et musulman, Mohamed Abed El Jabri fut un grand universitaire dont les travaux éclairaient nombre de chercheurs et étudiants.
Respecté et considéré par ses pairs comme une référence en son domaine, l’éminent penseur marocain enseignait l'épistémologie et la philosophie à la Faculté des lettres de l’Université Mohammed V à Rabat, depuis près d’un demi-siècle. Une discipline dans laquelle il excellait et dont il s’était fait le devoir de transmettre son immense savoir aux autres, notamment aux étudiants qui appréciaient la grande richesse de ses travaux.
C’est en tant qu’instituteur que ce grand intellectuel embrasse la carrière d’enseignant. Parallèlement à sa profession, il suit ses études supérieures au Maroc. En 1958, Mohammed Abed Al Jabri étudie la philosophie à l'Université de Damas en Syrie. Il étudie aussi à Paris et à Fouchena (1960, Tunis).
C’est à partir de 1967 que l’éminent professeur de philosophie commence à enseigner la philosophie à l’Université Mohammed V à Rabat. S’ensuit alors une longue et très riche carrière d’enseignant jalonnée de nombreux projets intellectuels portant sur la critique de la raison arabe et de la pensée moderne. Et dont on retiendra à titre d’exemple : outre la "Critique de la Raison arabe" (publié en quatre volumes), de nombreux essais sur Averroès, Ibn Khaldoun et la pensée arabe en général. Des travaux marqués du sceau de la critique dont il usait à la fois comme méthodologie et comme esprit.
Le défunt s’est aussi distingué dans la presse en tant que rédacteur en chef de la revue "Fikr wa Naqd" (Pensée et Critique), spécialisée dans la recherche dans les domaines de la philosophie, de la littérature et des sciences humaines et sociales. Si El Jabri, l’homme et le militant, nous a quittés, l’esprit philosophique jabrien restera vivace et pérenne.
« L’homme de l’Ijtihad moderne »
«Mohamed Abed Al Jabri restera un grand intellectuel habité par la raison. Sa démarche, son mode de vie, ses rapports à l’environnement, n’ont jamais échappé aux exigences de la raison, à une rationalité qui poussait à l’oubli de soi pour rester soi-même. Pétri d’une culture philosophique profonde, il tentait en permanence de pousser le plus loin possible les limites de la connaissance sans verser dans l’absurde en tant que mode de connaissance.
Sa préoccupation centrale, c’est la désaliénation de l’Homme, de le rendre sans tabous et maître de son destin.
Il a été de tous les combats politiques et intellectuels pour que le Marocain reconquière sa citoyenneté et pour que la société s’émancipe.
Ces dernières années, en tant qu’homme de raison, il a choisi la solitude des grands pour mieux mesurer la déraison du monde dans lequel nous vivons.
En 2005, en commémorant l’Année internationale de la philosophie, en tant que responsable du département de l’Enseignement, il m’a fait l’amitié de venir assister à cette cérémonie. L’occasion était propice pour lui remettre un prix en hommage à ses œuvres et à son apport. Il m’a regardé avec ses yeux ombragés par des sourcils encombrants pour me dire : « Merci ». A mon tour, « merci, Abed Al Jabri, pour tout ce que tu as fait, ton legs intellectuel sera l’antidote contre l’oubli » ».
Habib El Malki
Source : www.infomaroc.net/general/69928.html
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08 Mai 2010 23:50 #53754
par Jalal
Réponse de Jalal sur le sujet Dr Mohamed Abed al-Jabri ou les limites de la pensée arabo-islamique la plus critique
C’est depuis les années soixante-dix que je m’intéresse à l’œuvre de M. al-Jabri. C’est un penseur et un écrivain de talent qui a contribué de façon remarquable à la « Critique de la pensée arabe » aussi bien logique, théologique que politique (ou plutôt idéologique). Ses quatre volumes dédiés à cette critique ainsi que ses travaux sur Ibn Rushd sont d’une indéniable richesse. Le Maroc post-colonial et son université peuvent, à juste titre, s’enorgueillir de ces travaux [1].
Mais, malheureusement, aussi moderne et critique qu’est la pensée de M. al-Jabri, elle souffre des mêmes carences congénitales communes à toute pensée arabe, surtout musulmane ; aussi bien ancienne que moderne. Elle finit toujours par trouver ses limites pour tourner en rond au sein de l’enclos dans lequel est parquée cette pensée qui n’a pas encore réussi à choisir résolument la liberté et l’ouverture, non seulement sur les autres mais aussi sur ses propres racines. Et tant que les penseurs arabes n’ont pas suffisamment de courage intellectuel et ne prennent pas au sérieux leur liberté pour désigner clairement ce grillage (ou bien se taire pour ne pas écrire de bêtises), ils finiront toujours leur vie en apothéose apologétique aussi ‘progressiste’ que celle d’Averroès.
(...) C’est triste de voir al-Jabri suivre la même trajectoire qu’un Taha Hussein, par exemple : jeunesse critique et innovante qui aboutit finalement à une observance des mêmes impératifs arabo-islamiques les plus classiques. La pensée arabe, représentée par ses plus illustres ténors d’hier et d’aujourd’hui reste malheureusement encore très loin de ceux que la critique kantienne, par exemple, nous a livrés. Le choix premier, décisif et fondamental, qui fait la différence entre la pensée critique européenne et celle du sud de la Méditerranée peut se résumer, me semble-t-il, à un principe des plus basiques : on choisit d’être de bonne foi et d’aller jusqu’au bout de sa propre logique ou bien on se tait. (...)
[1] L’œuvre de M. al-Jabri est avant tout marquée par Naqdu al ‘aqli al-‘arabiy, même si le quatrième volume (pensée éthique arabe) laisse à désirer : il reste prisonnier d’une éthique machiavélique et malsaine, il n’aborde pas la question de la liberté individuelle ni à celle du Jihad. M. al-Jabri a aussi produit une excellente introduction à la philosophie des sciences (épistémologie) en deux volumes et il a veillé à la publication d’œuvres majeures d’Ibn Rushd. Ses analyses des écrits de ce logicien, théologien, juge et conseiller du Sultan rendent un immense service aux lecteurs et aux bibliothèques arabes.
Extrait du site de Pascal Hilout
Mais, malheureusement, aussi moderne et critique qu’est la pensée de M. al-Jabri, elle souffre des mêmes carences congénitales communes à toute pensée arabe, surtout musulmane ; aussi bien ancienne que moderne. Elle finit toujours par trouver ses limites pour tourner en rond au sein de l’enclos dans lequel est parquée cette pensée qui n’a pas encore réussi à choisir résolument la liberté et l’ouverture, non seulement sur les autres mais aussi sur ses propres racines. Et tant que les penseurs arabes n’ont pas suffisamment de courage intellectuel et ne prennent pas au sérieux leur liberté pour désigner clairement ce grillage (ou bien se taire pour ne pas écrire de bêtises), ils finiront toujours leur vie en apothéose apologétique aussi ‘progressiste’ que celle d’Averroès.
(...) C’est triste de voir al-Jabri suivre la même trajectoire qu’un Taha Hussein, par exemple : jeunesse critique et innovante qui aboutit finalement à une observance des mêmes impératifs arabo-islamiques les plus classiques. La pensée arabe, représentée par ses plus illustres ténors d’hier et d’aujourd’hui reste malheureusement encore très loin de ceux que la critique kantienne, par exemple, nous a livrés. Le choix premier, décisif et fondamental, qui fait la différence entre la pensée critique européenne et celle du sud de la Méditerranée peut se résumer, me semble-t-il, à un principe des plus basiques : on choisit d’être de bonne foi et d’aller jusqu’au bout de sa propre logique ou bien on se tait. (...)
[1] L’œuvre de M. al-Jabri est avant tout marquée par Naqdu al ‘aqli al-‘arabiy, même si le quatrième volume (pensée éthique arabe) laisse à désirer : il reste prisonnier d’une éthique machiavélique et malsaine, il n’aborde pas la question de la liberté individuelle ni à celle du Jihad. M. al-Jabri a aussi produit une excellente introduction à la philosophie des sciences (épistémologie) en deux volumes et il a veillé à la publication d’œuvres majeures d’Ibn Rushd. Ses analyses des écrits de ce logicien, théologien, juge et conseiller du Sultan rendent un immense service aux lecteurs et aux bibliothèques arabes.
Extrait du site de Pascal Hilout
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