- Messages : 14030
- Remerciements reçus 0
salam
- ahmeddamien
- Auteur du sujet
- Hors Ligne
- Membre platine
-
Moins
Plus d'informations
05 Mai 2010 18:37 #53638
par ahmeddamien
salam a été créé par ahmeddamien
un petit texte qui m a plu
de
rene-guenon.org/islami.html
CHAPITRE II
L’ECORCE ET LE NOYAU
(El Qishr wa el-Lobb)
Ce titre, qui est celui d'un des nombreux traités de Seyidi Mohyiddin ibn Arabi, exprime sous une forme symbolique les rapports de l'exotérisme et de l'ésotérisme, comparés respectivement à l'enveloppe d'un fruit et à sa partie intérieure, pulpe ou amande'. L'enveloppe ou l'écorce (el-qishr) c'est la shariyâh, c'est-à-dire la loi religieuse extérieure, qui s'adresse à tous et qui est faite pour être suivie par tous, comme l'indique d'ailleurs le sens de « grande route » qui s'attache à la dérivation de son nom. Le noyau (el-lobb), c'est la haqîqah, c'est-à-dire la vérité ou la réalité essentielle, qui, au contraire de la shariyah, n'est pas à la portée de vrir sous les apparences et l'atteindre à travers les formes extérieures qui la recouvrent, la protégeant et la dissimulant tout à la fois (1). Dans un autre symbolisme, shariyah et haqiqah sont aussi désignées respectivement comme le « corps » (el jism) et la « moelle » (el-mukh) (2), dont les rapports sont exactement les mêmes que ceux de l'écorce et du noyau; et sans doute trouverait-on encore d'autres symboles équivalents à ceux-là.
Ce dont il s'agit, sous quelque désignation que ce soit, c'est toujours l' « extérieur » (ez-zâher) et l' « intérieur » (el-bâten), c'est-à-dire l'apparent et le caché, qui d'ailleurs sont tels par leur nature même, et non pas par l'effet de conventions quelconques ou de précautions prises artificiellement, sinon arbitrairement, par les détenteurs de la doctrine traditionnelle. Cet « extérieur » et cet « intérieur » sont figurés par la circonférence et son centre, ce qui peut être considéré comme la coupe même du fruit évoqué par le symbolisme précédent, en même temps que nous sommes ainsi ramené d'autre part à l'image, commune à toutes les traditions, de la « roue des choses » . En effet, si l'on envisage les deux termes dont il s'agit au sens universel, et sans se limiter à l'application qui en est faite le plus habituellement à une forme traditionnelle particulière, on peut dire que la shariyah, la « grande route » parcourue par tous les êtres, n'est pas autre chose que ce que la tradition extrême-orientale appelle le «courant des formes», tandis que la haqîqah, la vérité une et immuable, réside dans l' « invariable milieu » (3). Pour passer de l'une à l'autre, donc de la circonférence au centre, il faut suivre un des rayons : c'est la tarîqah, c'est-à-dire le « sentier », la voie étroite qui n'est suivie que par un petit nombre (4).
Il y a d'ailleurs une multitude de turuq, qui sont tous les rayons de la circonférence pris dans le sens centripète, puisqu'il s'agit de partir de la multiplicité du manifesté pour aller à l'unité principielle : chaque tarîqah, partant d'un certain point de la circonférence, est particulièrement appropriée aux êtres qui se trouvent en ce point; mais toutes, quel que soit leur point de départ, tendent pareillement vers un point unique (5), toutes aboutissent au centre et ramènent ainsi les êtres qui les suivent à l'essentielle simplicité de l' « état primordial ».
de
rene-guenon.org/islami.html
CHAPITRE II
L’ECORCE ET LE NOYAU
(El Qishr wa el-Lobb)
Ce titre, qui est celui d'un des nombreux traités de Seyidi Mohyiddin ibn Arabi, exprime sous une forme symbolique les rapports de l'exotérisme et de l'ésotérisme, comparés respectivement à l'enveloppe d'un fruit et à sa partie intérieure, pulpe ou amande'. L'enveloppe ou l'écorce (el-qishr) c'est la shariyâh, c'est-à-dire la loi religieuse extérieure, qui s'adresse à tous et qui est faite pour être suivie par tous, comme l'indique d'ailleurs le sens de « grande route » qui s'attache à la dérivation de son nom. Le noyau (el-lobb), c'est la haqîqah, c'est-à-dire la vérité ou la réalité essentielle, qui, au contraire de la shariyah, n'est pas à la portée de vrir sous les apparences et l'atteindre à travers les formes extérieures qui la recouvrent, la protégeant et la dissimulant tout à la fois (1). Dans un autre symbolisme, shariyah et haqiqah sont aussi désignées respectivement comme le « corps » (el jism) et la « moelle » (el-mukh) (2), dont les rapports sont exactement les mêmes que ceux de l'écorce et du noyau; et sans doute trouverait-on encore d'autres symboles équivalents à ceux-là.
Ce dont il s'agit, sous quelque désignation que ce soit, c'est toujours l' « extérieur » (ez-zâher) et l' « intérieur » (el-bâten), c'est-à-dire l'apparent et le caché, qui d'ailleurs sont tels par leur nature même, et non pas par l'effet de conventions quelconques ou de précautions prises artificiellement, sinon arbitrairement, par les détenteurs de la doctrine traditionnelle. Cet « extérieur » et cet « intérieur » sont figurés par la circonférence et son centre, ce qui peut être considéré comme la coupe même du fruit évoqué par le symbolisme précédent, en même temps que nous sommes ainsi ramené d'autre part à l'image, commune à toutes les traditions, de la « roue des choses » . En effet, si l'on envisage les deux termes dont il s'agit au sens universel, et sans se limiter à l'application qui en est faite le plus habituellement à une forme traditionnelle particulière, on peut dire que la shariyah, la « grande route » parcourue par tous les êtres, n'est pas autre chose que ce que la tradition extrême-orientale appelle le «courant des formes», tandis que la haqîqah, la vérité une et immuable, réside dans l' « invariable milieu » (3). Pour passer de l'une à l'autre, donc de la circonférence au centre, il faut suivre un des rayons : c'est la tarîqah, c'est-à-dire le « sentier », la voie étroite qui n'est suivie que par un petit nombre (4).
Il y a d'ailleurs une multitude de turuq, qui sont tous les rayons de la circonférence pris dans le sens centripète, puisqu'il s'agit de partir de la multiplicité du manifesté pour aller à l'unité principielle : chaque tarîqah, partant d'un certain point de la circonférence, est particulièrement appropriée aux êtres qui se trouvent en ce point; mais toutes, quel que soit leur point de départ, tendent pareillement vers un point unique (5), toutes aboutissent au centre et ramènent ainsi les êtres qui les suivent à l'essentielle simplicité de l' « état primordial ».
Connexion ou Créer un compte pour participer à la conversation.
- Jalal
- Hors Ligne
- Membre platine
-
Moins
Plus d'informations
- Messages : 2699
- Remerciements reçus 0
06 Mai 2010 02:03 #53639
par Jalal
Salam, comment vas-tu? Le texte que tu cites aborde un monde enchevêtré et ardu, je crois, celui des intellectuels, si je puis dire, de la religion!
Moi même serais incapable d'aller m'amuser à étudier une matière qui exige une érudition de haut niveau au plan religieux!... Mais rien n'empêche d'effleurer le sujet en guise de "culture générale"!!...
Moi même serais incapable d'aller m'amuser à étudier une matière qui exige une érudition de haut niveau au plan religieux!... Mais rien n'empêche d'effleurer le sujet en guise de "culture générale"!!...
Connexion ou Créer un compte pour participer à la conversation.
- ahmeddamien
- Auteur du sujet
- Hors Ligne
- Membre platine
-
Moins
Plus d'informations
- Messages : 14030
- Remerciements reçus 0
06 Mai 2010 07:54 #53640
par ahmeddamien
guenon est un peu difficile d abord et necessite concentration et il a balise un langage pour expliquer les termes de traditions...
cela necessite plutot une ouverture d esprit et un dico(lol)parfois son francais est difficile...
mais ses textes ne sont pas une gymnastique intellectuelle
ils ont une portee interieur tres importante,pas pour tout le monde mais je pense que tu pourrais les assimiler.
il a ecrit 2 livres le regne de la quantite et la crise du monde moderne
qui sont d abord beaucoup plus facle(ces autres livres traitant de spiritualite pure)
ces 2 livres m ont fait voir le monde d une maniere completement differente
sous un aspect ,humain,politique....
la crise du monde moderne je crois se trouve en telechargement gratuit sur des sites
il y dit par exemple que des personnes d ouvertures spirituelles savaient reconnaitre les qualites professionelles (ex tu es fait pouretre un professeur,toi tu travalleras le bois ou le metal,tu seras commercant.....)
a une epoque chaque personne ...et chacun trouvait ca place dans une societe harmonieuse
il dit que si on ne prends pas cela en compte cela provoque un desordre e l ordre mondial.....la ruche se detruit d elle meme....
avant on pronait la qualite (un bon ebeniste,un bon commercant honnete)
maintenant c est le regne de la quantite tu es bon si tu produis autant de pieces les jeunes choisissent le metier en fonction du salaire...
plus de vocation...
les gens choisissent des fonctions,medecins,,hommes politique ,meme imams ou savants religieux parfois pour leurs petits besoins personnels et ne sont pas du tout concerne par le cote vocation,l importance de leur tache...
le chef est fait pour commander parce qu il a les qualitespour cela....
jette un oeil
salam
Réponse de ahmeddamien sur le sujet salam ami
bien merci et toi memeJalal;57587 écrit: Salam, comment vas-tu? Le texte que tu cites aborde un monde enchevêtré et ardu, je crois, celui des intellectuels, si je puis dire, de la religion!
Moi même serais incapable d'aller m'amuser à étudier une matière qui exige une érudition de haut niveau au plan religieux!... Mais rien n'empêche d'effleurer le sujet en guise de "culture générale"!!...
guenon est un peu difficile d abord et necessite concentration et il a balise un langage pour expliquer les termes de traditions...
cela necessite plutot une ouverture d esprit et un dico(lol)parfois son francais est difficile...
mais ses textes ne sont pas une gymnastique intellectuelle
ils ont une portee interieur tres importante,pas pour tout le monde mais je pense que tu pourrais les assimiler.
il a ecrit 2 livres le regne de la quantite et la crise du monde moderne
qui sont d abord beaucoup plus facle(ces autres livres traitant de spiritualite pure)
ces 2 livres m ont fait voir le monde d une maniere completement differente
sous un aspect ,humain,politique....
la crise du monde moderne je crois se trouve en telechargement gratuit sur des sites
il y dit par exemple que des personnes d ouvertures spirituelles savaient reconnaitre les qualites professionelles (ex tu es fait pouretre un professeur,toi tu travalleras le bois ou le metal,tu seras commercant.....)
a une epoque chaque personne ...et chacun trouvait ca place dans une societe harmonieuse
il dit que si on ne prends pas cela en compte cela provoque un desordre e l ordre mondial.....la ruche se detruit d elle meme....
avant on pronait la qualite (un bon ebeniste,un bon commercant honnete)
maintenant c est le regne de la quantite tu es bon si tu produis autant de pieces les jeunes choisissent le metier en fonction du salaire...
plus de vocation...
les gens choisissent des fonctions,medecins,,hommes politique ,meme imams ou savants religieux parfois pour leurs petits besoins personnels et ne sont pas du tout concerne par le cote vocation,l importance de leur tache...
le chef est fait pour commander parce qu il a les qualitespour cela....
jette un oeil
salam
Connexion ou Créer un compte pour participer à la conversation.
- ahmeddamien
- Auteur du sujet
- Hors Ligne
- Membre platine
-
Moins
Plus d'informations
- Messages : 14030
- Remerciements reçus 0
06 Mai 2010 07:57 #53641
par ahmeddamien
Réponse de ahmeddamien sur le sujet un extrait
"La crise du monde moderne." de René Guénon
Derniers textes ajoutés...
Voici quelques courts extraits de son oeuvre nommée "La crise du monde moderne".
Le chaos social.
(...) Cela peut sembler paradoxal à une époque de "spécialisation" à outrance, et pourtant il en est bien ainsi, surtout dans l'ordre politique ; si la compétence des "spécialistes" est souvent fort illusoire, et en tous cas limitée à un domaine très étroit, la croyance à cette compétence est cependant un fait, et l'on peut se demander comment il se fait que cette croyance ne joue plus aucun rôle quant il s'agit de la carrière des hommes politiques, où l'incompétence la plus complète est rarement un obstacle. Pourtant, si l'on y réfléchit, on s'aperçoit aisément qu'il n'y a là rien dont on doive s'étonner, et que ce n'est en somme qu'un résultat très naturel de la conception "démocratique", en vertu de laquelle le pouvoir vient d'en bas et s'appuie essentiellement sur la majorité, ce qui a nécessairement pour corollaire l'exclusion de toute véritable compétence, parce que la compétence est toujours une supériorité au moins relative et ne peut être que l'apanage d'une minorité.
(...) Il y a là une relation qui suppose nécessairement deux termes en présence : il ne pourrait y avoir de gouvernés s'il n'y avait aussi des gouvernants, fussent-ils illégitimes et sans autre droit au pouvoir que celui qu'ils se sont attribué eux-mêmes ; mais la grande habileté des dirigeants, dans le monde moderne, est de faire croire au peuple qu'il se gouverne lui-même ; et le peuple se laisse persuader d'autant plus volontiers qu'il en est flatté et que d'ailleurs il est incapable de réfléchir assez pour voir ce qu'il y a là d'impossible. C'est pour créer cette illusion qu'on a inventé le "suffrage universel" : c'est l'opinion de la majorité qui est supposée faire la loi ; mais ce dont on ne s'aperçoit pas, c'est que l'opinion est quelque chose que l'on peut très facilement diriger et modifier ; on peut toujours, à l'aide de suggestions appropriées, y provoquer des courants allant dans tel ou tel sens déterminé : nous ne savons plus qui a parlé de "fabriquer l'opinion", et cette expression est tout à fait juste, bien qu'il faille dire, d'ailleurs, que ce ne sont pas toujours les dirigeants apparents qui ont en réalité à leur disposition les moyens nécessaires pour obtenir ce résultat. Cette dernière remarque donne sans doute la raison pour laquelle l'incompétence des politiciens les plus "en vue" semble n'avoir qu'une importance très relative ; mais, comme il ne s'agit pas ici de démonter les rouages de ce qu'on pourrait appeler la "machine à gouverner", nous nous bornerons à signaler que cette incompétence même offre l'avantage d'entretenir l'illusion dont nous venons de parler : c'est seulement dans ces conditions, en effet, que les politiciens en question peuvent apparaître comme l'émanation de la majorité, sur n'importe quel sujet qu'elle soit appelée à donner son avis, est toujours constituée par les incompétents, dont le nombre est incomparablement plus grand que celui des hommes qui sont capables de se prononcer en parfaite connaissance de cause.
Derniers textes ajoutés...
Voici quelques courts extraits de son oeuvre nommée "La crise du monde moderne".
Le chaos social.
(...) Cela peut sembler paradoxal à une époque de "spécialisation" à outrance, et pourtant il en est bien ainsi, surtout dans l'ordre politique ; si la compétence des "spécialistes" est souvent fort illusoire, et en tous cas limitée à un domaine très étroit, la croyance à cette compétence est cependant un fait, et l'on peut se demander comment il se fait que cette croyance ne joue plus aucun rôle quant il s'agit de la carrière des hommes politiques, où l'incompétence la plus complète est rarement un obstacle. Pourtant, si l'on y réfléchit, on s'aperçoit aisément qu'il n'y a là rien dont on doive s'étonner, et que ce n'est en somme qu'un résultat très naturel de la conception "démocratique", en vertu de laquelle le pouvoir vient d'en bas et s'appuie essentiellement sur la majorité, ce qui a nécessairement pour corollaire l'exclusion de toute véritable compétence, parce que la compétence est toujours une supériorité au moins relative et ne peut être que l'apanage d'une minorité.
(...) Il y a là une relation qui suppose nécessairement deux termes en présence : il ne pourrait y avoir de gouvernés s'il n'y avait aussi des gouvernants, fussent-ils illégitimes et sans autre droit au pouvoir que celui qu'ils se sont attribué eux-mêmes ; mais la grande habileté des dirigeants, dans le monde moderne, est de faire croire au peuple qu'il se gouverne lui-même ; et le peuple se laisse persuader d'autant plus volontiers qu'il en est flatté et que d'ailleurs il est incapable de réfléchir assez pour voir ce qu'il y a là d'impossible. C'est pour créer cette illusion qu'on a inventé le "suffrage universel" : c'est l'opinion de la majorité qui est supposée faire la loi ; mais ce dont on ne s'aperçoit pas, c'est que l'opinion est quelque chose que l'on peut très facilement diriger et modifier ; on peut toujours, à l'aide de suggestions appropriées, y provoquer des courants allant dans tel ou tel sens déterminé : nous ne savons plus qui a parlé de "fabriquer l'opinion", et cette expression est tout à fait juste, bien qu'il faille dire, d'ailleurs, que ce ne sont pas toujours les dirigeants apparents qui ont en réalité à leur disposition les moyens nécessaires pour obtenir ce résultat. Cette dernière remarque donne sans doute la raison pour laquelle l'incompétence des politiciens les plus "en vue" semble n'avoir qu'une importance très relative ; mais, comme il ne s'agit pas ici de démonter les rouages de ce qu'on pourrait appeler la "machine à gouverner", nous nous bornerons à signaler que cette incompétence même offre l'avantage d'entretenir l'illusion dont nous venons de parler : c'est seulement dans ces conditions, en effet, que les politiciens en question peuvent apparaître comme l'émanation de la majorité, sur n'importe quel sujet qu'elle soit appelée à donner son avis, est toujours constituée par les incompétents, dont le nombre est incomparablement plus grand que celui des hommes qui sont capables de se prononcer en parfaite connaissance de cause.
Connexion ou Créer un compte pour participer à la conversation.
- ahmeddamien
- Auteur du sujet
- Hors Ligne
- Membre platine
-
Moins
Plus d'informations
- Messages : 14030
- Remerciements reçus 0
06 Mai 2010 08:01 #53642
par ahmeddamien
Réponse de ahmeddamien sur le sujet salam
Une civilisation matérielle.
(...) On dira que ces hommes sont peu nombreux aujourd'hui, et on se croira autorisé par là à les tenir pour quantité négligeable ; là comme dans le domaine politique, la majorité s'arroge le droit d'écraser les minorités, qui, à ses yeux, ont évidemment tort d'exister, puisque cette existence même va à l'encontre de la manie "égalitaire" de l'uniformité. Mais, si l'on considère l'ensemble de l'humanité au lieu de se borner au monde occidental, la question change d'aspect : la majorité de tout à l'heure ne va-t-elle pas devenir une minorité ? Aussi n'est-ce plus le même argument qu'on fait valoir dans ce cas, et, par une étrange contradiction, c'est au nom de leur "supériorité" que ces "égalitaires" veulent imposer leur civilisation au reste du monde, et qu'ils vont porter le trouble chez des gens qui ne leur demandaient rien ; et, comme cette "supériorité" n'existe qu'au point de vue matériel, il est tout naturel qu'elle s'impose par les moyens les plus brutaux. Qu'on ne s'y méprenne pas d'ailleurs : si le grand public adopte de bonne foi ces prétextes de "civilisation", il en est certains pour qui ce n'est qu'une simple hypocrisie "moraliste", un masque de l'esprit de conquête et des intérêts économiques : mais quelle singulière époque que celle où tant d'hommes se laisse persuader qu'on fait le bonheur d'un peuple en l'asservissant, en lui enlevant ce qu'il a de plus précieux, c'est-à-dire sa propre civilisation, en l'obligeant à adopter des moeurs et des institutions qui sont faites pour une autre race, et en l'astreignant aux travaux les plus pénibles pour lui faire acquérir des choses qui lui sont de la plus parfaite inutilité ! Car c'est ainsi : l'Occident moderne ne peut tolérer que des hommes préfèrent travailler moins et se contenter de peu pour vivre ; comme la quantité seule compte, et comme ce qui ne tombe pas sous le sens est d'ailleurs tenu pour inexistant, il est admis que celui qui ne s'agite pas et qui ne produit pas matériellement ne peut être qu'un "paresseux" ; sans même parler à cet égard des appréciations portées couramment sur les peuples orientaux, il n'y a qu'à voir comment sont jugés les ordres contemplatifs, et cela jusque dans les milieux soi-disant religieux. Dans un tel monde, il n'y a plus de place pour l'intelligence ni pour tout ce qui est purement intérieur, car se sont là des choses qui ne se voient ni ne se touchent, qui ne se comptent ni ne se pèsent : il n'y a de place que pour l'action extérieure sous toutes ses formes, y compris les plus dépourvues de toute signification. Aussi ne faut-il pas s'étonner que la manie anglo-saxonne du "sport" gagne chaque jour du terrain : l'idéal de ce monde, c'est l'"animal humain" qui a développé au maximum sa force musculaire ; ses héros, ce sont les athlètes, fussent-ils des brutes ; ce sont ceux-là qui suscitent l'enthousiasme populaire, c'est pour leurs exploits que les foules se passionnent ; un monde où l'on voit de telles choses est vraiment tombé bien bas et semble bien près de sa fin. (...)
© René Guénon.
(...) On dira que ces hommes sont peu nombreux aujourd'hui, et on se croira autorisé par là à les tenir pour quantité négligeable ; là comme dans le domaine politique, la majorité s'arroge le droit d'écraser les minorités, qui, à ses yeux, ont évidemment tort d'exister, puisque cette existence même va à l'encontre de la manie "égalitaire" de l'uniformité. Mais, si l'on considère l'ensemble de l'humanité au lieu de se borner au monde occidental, la question change d'aspect : la majorité de tout à l'heure ne va-t-elle pas devenir une minorité ? Aussi n'est-ce plus le même argument qu'on fait valoir dans ce cas, et, par une étrange contradiction, c'est au nom de leur "supériorité" que ces "égalitaires" veulent imposer leur civilisation au reste du monde, et qu'ils vont porter le trouble chez des gens qui ne leur demandaient rien ; et, comme cette "supériorité" n'existe qu'au point de vue matériel, il est tout naturel qu'elle s'impose par les moyens les plus brutaux. Qu'on ne s'y méprenne pas d'ailleurs : si le grand public adopte de bonne foi ces prétextes de "civilisation", il en est certains pour qui ce n'est qu'une simple hypocrisie "moraliste", un masque de l'esprit de conquête et des intérêts économiques : mais quelle singulière époque que celle où tant d'hommes se laisse persuader qu'on fait le bonheur d'un peuple en l'asservissant, en lui enlevant ce qu'il a de plus précieux, c'est-à-dire sa propre civilisation, en l'obligeant à adopter des moeurs et des institutions qui sont faites pour une autre race, et en l'astreignant aux travaux les plus pénibles pour lui faire acquérir des choses qui lui sont de la plus parfaite inutilité ! Car c'est ainsi : l'Occident moderne ne peut tolérer que des hommes préfèrent travailler moins et se contenter de peu pour vivre ; comme la quantité seule compte, et comme ce qui ne tombe pas sous le sens est d'ailleurs tenu pour inexistant, il est admis que celui qui ne s'agite pas et qui ne produit pas matériellement ne peut être qu'un "paresseux" ; sans même parler à cet égard des appréciations portées couramment sur les peuples orientaux, il n'y a qu'à voir comment sont jugés les ordres contemplatifs, et cela jusque dans les milieux soi-disant religieux. Dans un tel monde, il n'y a plus de place pour l'intelligence ni pour tout ce qui est purement intérieur, car se sont là des choses qui ne se voient ni ne se touchent, qui ne se comptent ni ne se pèsent : il n'y a de place que pour l'action extérieure sous toutes ses formes, y compris les plus dépourvues de toute signification. Aussi ne faut-il pas s'étonner que la manie anglo-saxonne du "sport" gagne chaque jour du terrain : l'idéal de ce monde, c'est l'"animal humain" qui a développé au maximum sa force musculaire ; ses héros, ce sont les athlètes, fussent-ils des brutes ; ce sont ceux-là qui suscitent l'enthousiasme populaire, c'est pour leurs exploits que les foules se passionnent ; un monde où l'on voit de telles choses est vraiment tombé bien bas et semble bien près de sa fin. (...)
© René Guénon.
Connexion ou Créer un compte pour participer à la conversation.
Temps de génération de la page : 0.125 secondes












