Comprendre l’histoire de la résistance palestinienne (1)

Plus d'informations
05 Mar 2010 16:18 #49197 par Jalal
La Palestine n’est pas un « endroit mythique », c’est un territoire qui faisait partie au début du 20ème siècle d’un large territoire englobant ce qui forme aujourd’hui la Syrie et le Liban, dont la population était opprimée par l’Empire ottoman.

Lorsque ce dernier s’effondre, c’est l’impérialisme anglais qui s’installe en Palestine, pendant que la France occupe la Syrie et le Liban, c’est-à-dire qu’il s’agit d’un découpage impérialiste de la région: l’attribution de la Palestine à l’Angleterre a été faite à la conférence de San Remo en avril 1920, en présence de représentants anglais, français, italien, grec, japonais et belge.

Ce découpage est essentiel; la sauvegarde des intérêts stratégiques impérialistes au Moyen-Orient est nécessairement liée au maintien de l’état d’oppression nationale de division et de faiblesse politique de la nation arabe.

Or, l’impérialisme anglais savait que le mouvement de libération nationale arabe progresserait et menacerait ses intérêts; il accepte donc le projet d’un « foyer national juif » afin de former une nouvelle entité politique qui n’aurait pas la nature d’une Palestine arabe fictive pouvant à tout moment être balayé par l’unification du mouvement de libération nationale arabe.

Chaim Weizmann, qui a été le premier président de cette entité politique nouvelle, résume lui-même cette position servile : « Depuis longtemps nous avions fait remarquer aux Anglais – et je le répétai lors de mon entrevue avec Lord Robert Cecil – qu’une Palestine juive serait une sauvegarde pour l’Angleterre, particulièrement en ce qui concerne le canal de Suez… » (Naissance d’Israël)

Il est ainsi tout à fait erroné d’affirmer que l’Etat d’Israël a été fondé en conséquence de la destruction de la population juive d’Europe par les nazis; c’est une contre-vérité historique.

L’origine de la création de l’Etat d’Israël puise sa source dans le projet sioniste validé par l’impérialisme anglais – un projet sioniste dont la nature même n’est pas progressiste.

En effet, le mot d’ordre d’une « nation juive » assumait, déjà à la base, une fonction réactionnaire : prétendant orienter l’action du mouvement sioniste hors du cadre de la lutte de classes dans les différents pays où les communautés juives étaient disséminées, il tendait à diviser le mouvement ouvrier (entre non-juifs et juifs), à rapprocher les ouvriers juifs des bourgeois juifs, à les tenir sous la dépendance idéologique réactionnaire des rabbins.

L’aspiration à l’indépendance « nationale » d’une prétendue « nation juive » présentait donc objectivement, dans le contexte concret de la lutte des classes en Europe, un élément dans le jeu politique de l’autocratie, de la réaction et des pogromistes.

A partir du moment où le projet sioniste se réalisa, il se mit immédiatement sous la coupe de l’impérialisme: c’est ainsi que la colonisation juive sioniste de la Palestine a pu se développer, sous la protection anglaise et à partir d’une action militaire et économique conjointe – tendant à ruiner les masses paysannes palestiniennes d’une part et à les terroriser de l’autre, afin de les amener à quitter une partie de plus en plus grande de leur territoire national.

Ainsi, cette colonisation, qui allait mener, en 1948, à la création de la naissance de la nouvelle entité politique dans la région qu’est Israël, n’a été possible que parce qu’elle s’insérait dans une stratégie impérialiste d’ensemble, dirigée contre l’intérêt national des peuples arabes.

La « question juive » était elle-même devenue secondaire dans le cadre de ce processus, comme le montre l’attitude favorable au nazisme d’une large fraction du sionisme (les « sionistes-révisionnistes » du fasciste Jabotinsky).

Les intérêts des masses populaires juives n’étaient pas un sujet de préoccupation pour les sionistes, qui ne s’intéressaient qu’à la possibilité d’asseoir leur projet idéaliste réactionnaire.

Le fasciste Jabotinsky, au mépris de la situation politique et des nécessités du jour, avait ainsi simplement demandé en 1936 à l’ensemble de la population juive de Pologne, soit 3,5 millions de personnes, de partir en Palestine.

De la même manière, les organisations sionistes révisionnistes étaient tolérées en Allemagne nazie et possédaient des liens avec Mussolini.

Le sionisme ne représentait ainsi pas les intérêts des masses populaires juives, et politiquement il contribuait à empêcher l’unité des masses populaires juives avec l’ensemble des masses populaires.

En prétendant que l’antisémitisme n’était pas lié au capitalisme et sa crise, le sionisme a fait de l’antisémitisme une angoisse idéologique pour les populations juives, une angoisse qu’il n’était plus possible de combattre à part par l’émigration.

Aux USA, Marcus Garvey émit les mêmes thèses au sujet du racisme contre la population noire, tout comme en Inde Muhammad Ali Jinnah affirma la nécessité d’un Etat séparé (le Pakistan) pour les Indiens de confession musulmane; ces conceptions réactionnaires sont le produit de toute une époque et servent clairement l’impérialisme.

Dans ce cadre, une fois débarquée en Palestine les rescapés des camps hitlériens se voyaient une seconde fois leur identité volée et se transformaient en « israéliens »; un processus incompris qui a fondamentalement aidé les sionistes dans leur propagande sur la nature « maléfique » et incompréhensible de la population arabo-palestinienne.

Pour celle-ci, présente depuis 12 siècles, les sionistes sont très clairement des envahisseurs, une réalité inaccessible pour qui les premiers colons arrachés à leurs pays d’origine et devenus des citoyens d’un nouvelle entité politique à l’identité semi-virtuelle.

Voilà pourquoi, pour « réaliser » leur Etat – une réalisation permanente qui n’a ni commencement ni fin, les sionistes ne peuvent à aucun moment reconnaître l’existence de la population arabo-palestinienne autrement que de manière raciste.

Il était, dans ce processus, très important pour le sionisme et l’impérialisme d’infliger dès le départ défaites sur défaites à la résistance palestinienne, afin d’empêcher l’identité de celle-ci de se développer et de se renforcer.

En fait, en réussissant à imposer la colonisation sioniste, l’impérialisme n’a pas causé une défaite qu’à la population arabo-palestinienne: il a infligé une défaite à toute la nation arabe, en sapant sa lutte pour s’unifier.

Une des conséquences est que, alors que les luttes des peuples et nations opprimés d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine étaient connues et reconnues au niveau international, l’existence même du peuple palestinien a dû attendre la fin des années 1960 pour être admise, et pour beaucoup du bout des lèvres.

Pourquoi cela? Pourquoi la lutte historique du peuple palestinien est-elle aussi peu connue, malgré qu’elle n’ait jamais cessé, qu’elle ait une longue histoire?

Pour cela, il faut connaître le processus de colonisation.

Historiquement au moment de la domination anglaise, la Palestine était un pays agraire, composé d’une large majorité de paysans pauvres et sans terre, exploités farouchement par un nombre très restreint de grands propriétaires semi-féodaux; ces paysans étaient non seulement sous l’influence idéologique religieuse, mais qui plus est divisé en clans plus ou moins conflictuels.

Les principaux représentants des familles semi-féodales devinrent l’«élite sociale» utilisée par les anglais pour tenter de contenir la colère populaire dans des limites « acceptables »; pourtant si ces familles bénéficièrent tout d’abord de l’influence que leur conférait leur position sociale, elles furent peu à peu dépassées par l’élan patriotique et populaire que l’impérialisme et la colonisation sioniste devaient provoquer.

Ce mouvement patriotique resta d’abord associé à l’aspiration à l’unité de la Palestine, de la Syrie et du Liban et au refus de la partition impérialiste, mais en raison de l’oppression particulière que va constituer le sionisme, la résistance palestinienne va prendre une place particulière dans le cadre de la lutte des masses populaires arabes contre l’impérialisme et ses laquais.

En effet, ce sont bien entendu les masses paysannes qui allaient supporter le poids principal de l’oppression impérialiste et de l’expansion terroriste sioniste; néanmoins, toutes les classes nationales palestiniennes allaient être graduellement réprimées – affaiblies, ébranlées, ou ruinées – et de plus en plus entraînées dans le courant de la lutte patriotique anti-britannique et anti-sioniste.

Interdiction des crédits agricoles, exigence par l’Angleterre des dettes paysannes dues aux banques ottomanes, arrêt des exportations de blé et d’huile…

Toutes ces mesures tendaient à amener la ruine rapide des petits paysans et l’usurpation de leurs terres par les sionistes; de même un nombre grandissant d’ouvriers agricoles et d’artisans étaient rejetés hors de la sphère de production – car les sionistes une fois installés, refusaient même d’utiliser la main-d’oeuvre ou les services arabes.

Leur plan n’était pas de les asservir – ce qui, a plus ou moins court terme, se serait retourné contre eux – mais de les chasser complètement de leur patrie et la prise de conscience révolutionnaire des masses travailleuses palestiniennes sera ainsi très rapide au cours des années 20.

Une première révolte paysanne palestinienne avait déjà éclaté en 1919, parallèlement à la progression de la révolution mondiale, mais elle fut écrasée impitoyablement par les forces d’occupation britannique, pourtant en 1920 une énorme manifestation groupant dix mille palestiniens à Jérusalem était bientôt suivie d’émeutes populaires dont l’ampleur ne cessa de croître; en 1921, à Jaffa, ce fut l’attaque du «département juif» et des colonies sionistes; en 1922, 1923, de nouvelles émeutes soulèvent les villes de Jérusalem, Haifa, Ebron, Jaffa, Tel Aviv et furent orientées contre le « Mandat » britannique. Vingt arabes furent condamnés à mort et exécutés.

Ces révoltes pavèrent la voir à la première manifestation à l’échelle de la Palestine elle-même, en 1929, une révolte qui n’amènera pas de saut qualitatif en raison de l’absence d’un Parti Communiste authentique appliquant la politique révolutionnaire : le Parti communiste, composé surtout de juifs d’Europe Orientale, ne comprendra en effet que de manière tardive le caractère d’avant garde de la lutte du peuple palestinien.

La situation était pourtant révolutionnaire. A cette époque, c’était la classe ouvrière qui fut aux avant-postes de la lutte, malgré les difficultés imposées par la situation : elle était non seulement soumise à la double oppression des exploitants étrangers et nationaux, mais entourée d’un nombre croissant de chômeurs des campagnes et supplantée, de plus en plus, par l’installation d’ouvriers juifs.

Vers la fin des années 20, plus du tiers des paysans palestiniens était réduit au chômage. En même temps, les couches petites bourgeoises urbaines étaient toutes plus ou moins ébranlées par la pression conjuguée de la concurrence britannique et de l’implantation de capitaux sionistes.

En 1929, c’était partout et simultanément que les émeutes éclatent. Le terrorisme révolutionnaire se répandait dans les campagnes.

En raison de l’absence de la politique révolutionnaire, l’impérialisme anglais put faire en sorte que les luttes furent dévoyées et s’orientèrent uniquement contre le sionisme; les combats, d’une violence inconnue jusqu’alors (ils firent plus de quinze cents morts arabes et juifs) allaient ainsi épuiser les forces en présence sans ébranler la domination impérialiste, qui pourtant permettait précisément au sionisme d’exister.
L’agitation va donc continuer, mais sans prendre un tournant insurrectionnel.

Dès 1930, des révoltes urbaines se développent à Jérusalem, Haïfa et Naplouse, dans la capitale seule, on compte trente morts et deux cents blessés parmi les manifestants, la lutte s’organise même dans les campagnes où l’élargissement et l’institutionnalisation du vol des terres palestiniennes les plus fertiles par les sionistes sont de plus en plus ressentis comme une menace vitale, parallèlement à l’accroissement de l’immigration juive, fuyant le nazisme.

En 1933, une nouvelle série de manifestations de masse éclata; la bourgeoisie nationale palestinienne, acculée elle-même à la résistance, cherche à utiliser la colère populaire mais en la contenant dans des limites non violentes, alors qu’en même temps les possédants palestiniens effarés de l’ampleur du mouvement populaire et de plus en plus bousculés par la colonisation sioniste, tentaient de mettre sur pied une organisation capable de canaliser à leur profit le mouvement de masse.

Grands propriétaires féodaux, grande bourgeoisie commerçante et rurale se retrouvèrent au sein d’un congrès national arabe, et cherchèrent à obtenir des Anglais des garanties politiques et économiques contre l’expansion sioniste – un parlement, la limitation de la vente des terres, des impôts, etc.

Pourtant le mouvement sioniste était déjà passé à une nouvelle étape de son expansion en formant avec l’accord anglais des détachements armés faisant régner « l’ordre » dans les zones qu’ils occupaient, imposant au mouvement populaire palestinien de balayer les idées réformistes du congrès.

Lorsqu’en 1935 furent découvertes des armes introduites clandestinement par les sionistes, les partis palestiniens réunis furent littéralement obligés de décréter la grève générale en signe de protestation, en raison de l’énorme pression des masses.

Cette grève fut suivie de plusieurs autres, au cours desquelles les masses, de plus en plus excédées par les hésitations et les décisions des dirigeants traditionnels, créaient des formes spontanées d’organisation de leurs grèves en dehors des cadres réformistes existants.

Parallèlement à ce mouvement de masse, El Kassam, un religieux qui s’était convaincu, par expérience, que la voie des dirigeants traditionnels ne pouvait mener qu’à la défaite, organisa des commandos armés urbains et ruraux – et, après une préparation politique, organisationnelle et militaire, se lança dans une série de harcèlement des forces britanniques et sionistes.

Les principaux effectifs de ces commandos étaient paysans et ouvriers, et que la lutte a été menée à partir de la campagne – aux environs de Haïfa – en s’appuyant sur la sympathie active des paysans; néanmoins, dirigés par une idéologie étrangère au prolétariat et à sa conception prolongée de la guerre populaire, les groupes armés furent rapidement encerclés au fond d’une vallée et, ne songeant alors qu’à mourir bravement, furent massacrés.

Vont alors commencer trois années de révolution. La révolution commençant en 1936 est la plus importante et la plus longue des révolutions du monde arabe – la seule qui ait réalisé la libération effective, par les masses populaires armées, d’une partie de leur territoire et l’organisation de pouvoirs populaires sur ce territoire – et c’est la page la plus glorieuse et la plus exaltante de l’histoire des peuples arabes du vingtième siècle.

Ce n’est pas un hasard si les impérialistes, les sionistes et toutes les directions arabes jusqu’à aujourd’hui ont cherché à effacer cette page – non seulement pour rayer le peuple palestinien de l’histoire, mais aussi pour détruire le symbole du paysan armé avant que les autres peuples arabes ne s’en inspirent.

Ce n’est pas un hasard, non plus, si le peuple palestinien aujourd’hui et les peuples du monde qui appuient sa lutte révolutionnaire, se préoccupent de rétablir la vérité historique.

Car cette vérité exprime la continuité exemplaire de cette lutte durant le demi-siècle écoulé – et en particulier fait voler en éclats la prétentieuse propagande sioniste – relayée par toute la presse réactionnaire mondiale – selon laquelle l’histoire et le progrès de la Palestine, au cours de cette période, ont été le produit de la colonisation sioniste.

La révolution de 1936, qui va durer jusqu’à la veille de la deuxième guerre mondiale – en 1939 – est déclenchée en dehors de la tutelle des leaders féodaux et grands bourgeois.

Une grève générale sera imposée par la pression des masses ouvrières en signe de protestation contre l’extension de l’immigration sioniste.

Cette grève durera six mois et paralysera l’économie britannique dans la région.

C’est une période d’intense bouillonnement populaire qui va très vite gagner les campagnes où les survivants du mouvement d’El Kassam et de jeunes révolutionnaires excédés par les directions traditionnelles, vont organiser des maquis. Dans le même temps, des comités nationaux – formes embryonnaires de pouvoir populaire – se formèrent à la base, sur toute l’étendue du territoire palestinien.

L’impérialisme anglais va alors mobiliser un tiers de son armée, qui était alors la plus puissante du monde, et soutenir les milices armées sionistes pour lancer des actions terroristes contre les masses palestiniennes.

Cette politique n’est pas nouvelle pour l’impérialisme anglais; en Inde il renforçait les structures communautaires musulmanes et les poussait contre les structures issues des communautés hindoues, au Soudan il divisait économiquement et administrativement le pays en un Nord développé et un Sud arriéré afin de diviser les masses, etc.

Ce qui se passait en Palestine avec le sionisme n’avait rien d’original, cela suivait les principes de la politique traditionnelle de « Divide and rule » (« diviser pour régner ») de l’impérialisme anglais.

Logiquement, il y avait également un Haut comité arabe, d’abord soutenu par les Anglais et composé des personnalités traditionnelles féodales et commerçantes, pour essayer d’imposer sa direction centrale aux comités Nationaux et prôner la réalisation d’un « compromis » avec les sionistes sur les limites de l’immigration.

A suivre ...

Connexion ou Créer un compte pour participer à la conversation.

Plus d'informations
05 Mar 2010 21:28 #49198 par Jalal
Une histoire pleine de vérités et de leçons pour les peuples combattants!!! Même si elle est apportée par une analyse marxiste-maoiste!!!

Connexion ou Créer un compte pour participer à la conversation.

Plus d'informations
05 Mar 2010 23:57 #49199 par miange-midemon
trés intéressant, merci jalal
je prefre le lire demain avec les autres épisodes ainsi je serai plus concentrée

Connexion ou Créer un compte pour participer à la conversation.

Temps de génération de la page : 0.114 secondes
Propulsé par Kunena