Poesie d'Ait Menguellet

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20 Fév 2010 08:11 #47205 par au_gré_du_vent
Je l’ai tué, je crains que vous n’en fassiez autant
Vous avez juré de rester fidèles jusqu’à la mort
Mais je crains que vous ne changiez
En vous rappelant le passé
Vous direz : Comme nous étions jeunes
Maintenant nous sommes réveillés nous aussi
Nous évitons les problèmes
Je crains que vous n’oubliiez
Le jour où vous serez occupés à gagner votre pain
Vous ne penserez qu’à cela
Vous délaisserez tout le reste
Quand ce jour-là vous serez rassasiés
Vous croirez vitre vie assurée
Maudit sera quiconque vous parlera d’autre chose
Peut-être même le tuerez-vous
Et si mes dires vous peinent
De grâce pardonnez moi
Tout ce que je dis aujourd’hui
S’est passé hier, vous le savez
Chacun alors sera avec ses enfants
Il craindra pour sa place
Il ne songera qu’à son métier
Il trouvera que tout est bien
Dans les paraboles que je vous proposerai
Si vous voyez que je fais erreur de grâce
Ramenez moi à la vérité
Nous nous jalousons l’un l’autre
Si l’un de nous perce
S’il est pur nous le salissons
Dés qu’un de nous se distingue
C’est comme s’il était étranger
C’est nous qui les premiers l’attaquons
Nous l’exilons ou le tuons
Dés que nous l’avons supprimé d’entre nous
Nous oublions les chaînes qu’il a brisées
Nous accueillons l’étranger
Quel qu’il soit
Nous le parons de prestige
Nous lui accordons protection
Lui ouvrons nos cœurs
Le laissons agir parmi nous à sa guise
Mais quand notre frère tombe
Point de pardon
Nous le foulons tant et plus
Quand la guerre éclate parmi nous


FIN

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23 Fév 2010 19:16 #47206 par au_gré_du_vent
Par Madjid Chérifi mardi 14 octobre 2003

Parler de Lounis Ait-Menguellet n’est pas une entreprise des plus aisées.

L’homme a suscité maints écrits d’auteurs aussi connus les uns que les autres qui ont essayé de cerner la personnalité aussi bien du poète que de l’homme lui-même, c’est-à-dire ( le moi individuel personnalise : celui du don inné et le moi collectif : la personnalité de base.

Kateb Yacine disait de Lounis "il est incontestablement notre plus grand poète".

Pour Ait-Menguellet, la poésie était un destin semblable à celui de Si-Mohand ou M’hand et nous pouvons, sans nous tromper, l’affubler de la description qu’en fait Mouloud Mammeri de ce grand poète errant : "Pour lui, la poésie n’était ni un métier, ni un accident : il ne l’avait ni cherchée, ni choisie, elle s’est imposée à lui comme un fatum. Il avait reçu, au vrai sens du mot (la vocation), il avait été (appelé) : testunfk as".

Rien en effet n’est aussi naturel pour Lounis que de composer un poème en l’espace d’une nuit ou même de quelques heures !

Lounis Ait Menguellet n’est pas l’homme qui appartient seulement à son milieu villageois. Natif d’Ighil Bwamas, il est malgré lui le symbole de tous les Kabyles "toutes générations confondues", n’en déplaise aux islamo-baathistes et autres serviteurs du pouvoir.

Lounis a chanté l’amour, le désespoir, l’exil, l’espérance avec tant d’intensité et une profondeur humaine que seul un don inné peut en être l’explication.

Question :

Au moment de la création poétique, est-ce que les textes vous viennent d’eux-mêmes ou est-ce plutôt vous qui allez à leur recherche ?

Réponse du poète :

Les moments de créativité viennent sans prévenir ; je ne sais jamais d’avance quand j’écrirais un poème ; et lorsqu’on me demande quand est-ce que je réécrirais de nouveau, je réponds, je ne sais pas, il se peut que cela se fasse l’après-midi même ou bien une année après. J’aurais tellement aimé pouvoir contrôler les moments d’inspiration.

Question :

Croyez-vous (alors)en l’existence des Djinns de la poésie aux forces cachées derrière l’acte d’écrire sachant surtout que les plus grands de nos poètes "comme on dit à propos de Si Mohand et Slimane Azem - qui n’ont pénétré le monde de la poésie qu’après l’apparition de l’ange de la poésie ?

Réponse du poète :

Absolument pas ! Mais ce serait plutôt agréable ! Parce que lier les oeuvres d’un poète à une quelconque force invisible est une preuve du génie et de la qualité de la poésie. Ces créations reflètent, d’autre part, les moments d’éblouissement dus à l’acte poétique qui dépasse de très loin l’imagination humaine. C’est ce qui est arrivé à Si Mohand ou-M’hand puis à Slimane Azem.

Nous terminerons cette modeste contribution au sujet de Lounis en citant cet extrait de l’oeuvre de Platon (le banquet) :

"Quand on entend d’autres discours de quelque autre, fût-ce un orateur consommé, personne n’y prend pour ainsi dire aucun intérêt ; mais quand c’est toi qu’on entend, ou qu’un autre rapporte tes discours, si médiocre que soit le rapporteur, tous, femmes, hommes faits, jeunes garçons, nous sommes saisis et ravis".

*1- M’hamed Djellaoui - L’image poétique dans l’oeuvre de Lounis Ait-Menguellet)

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