Le socialisme est l’avenir de l’humanité !

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02 Jan 2011 03:50 #67386 par Jalal
A la veille de l’an 2011 nous mettons en ligne le texte suivant. Il s’agit d’une traduction d’un extrait de l’ouvrage excellent de Keeran et Thomas Kenny intitulé « Socialism Betrayed » qui devrait paraître en traduction française aux Editions Delga en hiver 2011.

Bonne lecture et bonne année !

« Le socialisme soviétique avait beaucoup de problème, et ne constituait pas le seul mode de socialisme concevable. Néanmoins, il constituait l’essence du socialisme tel que défini par Marx, une société qui avait renversé la propriété bourgeoise, le « libre marché », et l’Etat capitaliste, et l’avait remplacé par la propriété collective, la planification centralisée et l’Etat ouvrier. Qui plus est, il avait créé un niveau sans précédent d’égalité, de sécurité, de santé publique, de logement, d’éducation, d’emploi, et de culture pour tous ses citoyens, en particulier pour les travailleurs et les travailleuses des usines et des campagnes. Une brève revue des réalisations de l’Union Soviétique met en évidence ce qui a été perdu. L’Union Soviétique n’a pas seulement éliminé les classes exploiteuses de l’ordre ancien, mais elle a aussi mis fin à l’inflation, au chômage, à la discrimination raciale et nationale, à la pauvreté écrasante, et aux inégalités flagrantes de richesse, de revenus, d’éducation, et d’opportunités. En cinquante ans, le pays est passé d’une production industrielle qui n’était que de 12% de celle des Etats-Unis à une production industrielle de 80% et a une production agricole de 85% de celles des États-Unis. Bien que la consommation soviétique par habitant soit plus basse qu’aux États-Unis, aucune société n’avait jamais augmenté son niveau de vie et de consommation aussi rapidement en une période de temps si courte. L’emploi était garanti. L’éducation était gratuite pour tous et toutes, à partir de la maternelle, en passant par l’école secondaire, (école secondaire générale, technique et professionnelle), jusqu’à l’université, et les écoles du soir. En plus de l’absence de frais de scolarité, les étudiants du postsecondaire recevaient des bourses d’entretien. Les soins de santé étaient gratuits pour tous et il y avait environ deux fois plus de médecins par personne qu’aux Etats-Unis. Les travailleurs et les travailleuses qui étaient blessés ou tombaient malades avaient leur emploi et leur salaires garantis. Vers le milieu des années 70, les travailleurs et les travailleuses avaient en moyenne un mois de vacances. Les centres de repos, les centres de vacances, et les camps de vacances pour les enfants étaient soit gratuits, soit subventionnés. Les syndicats avaient un droit de veto sur les licenciements et le droit de démettre la direction.

L’État fixait tous les prix et subventionnait le coût des aliments de base et du logement. Les loyers constituaient seulement de 2 % à 3 % du budget familial ; l’eau et les services d’utilité publique seulement 4% à 5%. La ségrégation des logements sur la base du revenu n’existait pas. Bien que certains quartiers aient été réservés aux fonctionnaires de haut niveau, en général les directeurs d’usine, les infirmières et infirmiers, les professeurs et les concierges vivaient côte à côte.

Le gouvernement incluait la croissance culturelle et intellectuelle dans ses efforts d’amélioration du niveau de la vie. Les subventions de l’État maintenaient le prix des livres, des périodiques et des événements culturels à un minimum. Si bien que les travailleurs et les travailleuses possédaient souvent leur propre bibliothèque, et qu’une famille moyenne souscrivait à quatre périodiques. L’UNESCO a rapporté que les citoyens soviétiques lisaient plus de livres et voyaient plus de films qu’aucun autre peuple au monde. Chaque année, le nombre de personnes visitant des musées égalait presque la moitié de la population toute entière, et la fréquentation des théâtres, concerts, et autres événements culturels surpassait la population totale. Le gouvernement s’efforçait d’augmenter le niveau d’alphabétisation et le niveau de vie des zones les moins avancées et encourageait l’expression culturelle de plus d’une centaine de nationalités qui constituaient l’Union Soviétique. En Kirghizie, par exemple, seulement une personne sur 500 pouvait lire et écrire en 1917, mais 50 ans plus tard presque tout le monde pouvait le faire.

En 1983, le sociologue étatsunien Albert Szymanski a analysé diverses études occidentales portant sur la répartition du revenu et sur le niveau de vie soviétique. Il a constaté que les personnes les mieux payées en Union Soviétique étaient les artistes, écrivains, professeurs, administrateurs, et universitaires de renom qui gagnaient jusqu’à de 1 200 à 1 500 roubles par mois. Les responsables gouvernementaux importants gagnaient environ 600 roubles par mois ; les directeurs d’entreprises de 190 à 400 roubles par mois ; et les travailleurs environ 150 roubles par mois. Par conséquent, les revenus les plus élevés ne s’élevaient qu’à environ 10 fois le salaire moyen des travailleurs ; alors qu’aux Etats-Unis, les dirigeants d’entreprises les mieux payés gagnaient jusqu’à 115 fois le salaire des travailleurs. Les privilèges qui étaient associés à de hautes responsabilités, tels que des magasins spéciaux et des voitures de fonction, demeuraient faibles et limités et n’affectaient pas une tendance continue pendant 40 ans vers un plus grand égalitarisme. (La tendance contraire s’est manifestée aux États-Unis, où vers la fin des années 1990, les dirigeants des grandes sociétés gagnaient jusqu’à 480 fois le salaire d’un travailleur moyen.) Bien que la tendance à l’égalisation des salaires et des revenus ait créé des problèmes (ils seront examinés plus loin), l’égalisation en général des conditions de vie dans l’Union Soviétique représentait un fait sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Cette égalisation était accentuée par une politique des prix qui fixaient le coût des produits de luxe au-dessus de leur valeur et les produits de première nécessité en dessous de leur valeur. A cela s’ajoutait la croissance constante du « salaire social », soit un nombre croissant de bénéfices sociaux gratuits ou subventionnés. En plus de ceux déjà mentionnés, les avantages sociaux incluaient des congés de maternité payée, des crèches bons marchés, et des retraites généreuses. Szymanski a conclu que « la structure sociale soviétique n’égalait peut-être pas l’idéal communiste ou socialiste, mais elle était qualitativement différente, et plus égalitaire que celle des pays capitalistes occidentaux. Le socialisme représentait une différence radicale au bénéfice de la classe ouvrière.

Dans le contexte mondial, la disparition de l’Union Soviétique a constitué aussi une perte incalculable. Cela a représenté la disparition d’un contrepoids au colonialisme et à l’impérialisme. Cela a représenté l’éclipse d’un modèle montrant comment les nations nouvellement libérées pouvaient harmoniser différentes composantes ethniques et se développer sans hypothéquer leur avenir au bénéfice des États-Unis ou de l’Europe occidentale. En 1991, le principal pays non capitaliste du monde, le soutien le plus important des mouvements de libération nationale et des gouvernements socialistes comme Cuba, était tombé. Aucun discours ne peut effacer ce fait, ni le recul que cela a représenté pour les luttes des peuples et pour le socialisme. C’est bien d’apprécier ce qui s’est perdu avec l’effondrement de l’Union Soviétique, mais c’est encore mieux de s’efforcer de le comprendre. L’importance de l’impact que cet événement aura dépend en partie de la façon dont ses causes seront comprises.

Dans la grande célébration anti-communiste du début des années 1990, la droite triomphante a martelé diverses idées dans la conscience de millions de personnes : le socialisme soviétique comme système d’économie planifiée n’a pas fonctionné et ne pouvait pas apporter l’abondance, parce que c’était un accident, une expérience menée dans la violence et maintenue par la coercition, une aberration condamnée par sa méfiance envers la nature humaine et son incompatibilité avec la démocratie. L’Union Soviétique a pris fin parce qu’une société dirigée par la classe ouvrière est une illusion délirante ; il ne peut exister de système post-capitaliste. Certaines personnes de gauche, typiquement les sociaux-démocrates, ont tiré des conclusions qui étaient semblables, mais moins extrêmes, que les gens de droite. Elles ont cru que le socialisme soviétique était affligé de vices fondamentaux et irréparables. Ces vices seraient systémiques, enracinés dans un manque de démocratie et une centralisation excessive de l’économie. Les sociaux-démocrates n’ont pas conclu que le socialisme dans l’avenir était condamné, mais ils ont conclu que l’effondrement soviétique privait le marxisme-léninisme de beaucoup de son autorité et qu’un socialisme futur devait se bâtir sur une base complètement différente de la forme soviétique. Selon eux, les réformes de Gorbatchev n’étaient pas fausses, mais venaient trop tard. Manifestement, si de telles affirmations se révélaient justes, l’avenir de la théorie marxiste-léniniste, le socialisme, et la lutte anticapitaliste devraient être très différents de ce que les marxistes prévoyaient avant 1985. Si la théorie marxiste-léniniste n’avait pas aidé les dirigeants soviétiques à prévenir la débâcle, la théorie marxiste était principalement fausse et devait être abandonnée. Les efforts passés de construction du socialisme ne contenaient pas de leçons pour l’avenir. Ceux qui s’opposent au capitalisme mondial devaient réaliser que l’histoire n’était pas de leur côté et se contenter de réformes limitées et modestes au mieux. C’était clairement les leçons que la droite triomphante voulait que tout le monde retire.

Nos recherches sont motivées par l’énormité des implications de l’effondrement. Nous sommes sceptiques vis-à-vis de la droite triomphante, mais nous sommes prêts à nous soumettre aux faits où qu’ils nous mènent. Nous n’oublions pas que, dans le passé, les partisans du socialisme ont dû analyser de grandes défaites de la classe ouvrière. Dans La Guerre civile en France, Karl Marx a analysé la défaite de la Commune de Paris en 1871. Vingt ans plus tard, Frédéric Engels a enrichi cette analyse dans une introduction à l’étude de Marx portant sur la Commune. Vladimir Lénine et sa génération ont dû expliquer l’échec de la Révolution russe de 1907 et le fait que les révolutions en Europe de l’Ouest ne se sont pas matérialisées en 1918-1922. Plus tard, des marxistes comme Edward Boorstein, ont dû analyser l’échec de la Révolution chilienne de 1973. De telles analyses ont montré que la sympathie pour ceux qui ont perdu n’empêchait pas de confronter les questions difficiles portant sur les raisons de la défaite. »

Keeran et Thomas Kenny « Socialism Betrayed »

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02 Jan 2011 12:15 #67387 par kader95
Le socialisme est peut-être l'avenir de l'homme, mais l'homme socialiste pour ne pas dire l'homme en général est l'ennemi du socialisme. En effet, l'homme corrompt les idéaux et les autres hommes.

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06 Jan 2011 02:45 #67388 par Jalal
Salut Kader! Je suis d'accord avec ton affirmation sur la base que l'homme sans culture possède une mentalité égoïste et ne peut donc devenir "social" du jour au lendemain.
Pour moi et personnellement, je n'accepterai jamais le système d'exploitation de l'homme par l'homme et cette exploitation et aliénation a été largement démontrée tout au long de l'Histoire et malheureusement surtout par la réalité amère que vit l'humanité aujourd'hui (et depuis des siècles).
L'idéal (ou les principes éternels) de Justice sociale est immortel et cela quelque soit le nom qu'on lui donne (socialisme, humanisme, liberté, démocratie ou autres)

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07 Jan 2011 03:36 #67389 par Jalal
Quelques déformations faussement socialistes en Algérie :

LE SOCIALISME BOUC EMISSAIRE

Ainsi, de nos jours encore, la tarte à la crème de la propagande antisocialiste consiste à répéter que l’Algérie a été victime d’une industrialisation selon le modèle soviétique, voulant faire allusion par là au grand complexe sidérurgique d’El-Hadjar.
Or ce dernier, contrairement à ce qu’on colporte, n’est que l’application par les autorités algériennes des recommandations du plan de Constantine, établi par de Gaulle dans le cadre des projets français de délocalisation des complexes sidérurgiques français comme celui de Dunkerque jugé entre autres polluant et de moindre rentabilité pour la refonte de l’économie française.
Signalons que les ingénieurs et techniciens soviétiques ont permis d’assurer le lancement et l’entretien efficace de ce projet pourtant « ancien modèle », au point qu’il fournira plus tard à l’économie algérienne, par exemple, du rond à béton de qualité et à meilleur prix que les produits d’importation occidentale. Raison pour laquelle les spéculateurs haut-placés dans les rouages de l’Etat, privés des pots de vin de l’importation, ont fait honteusement emprisonner pendant des mois des dizaines de cadres de l’entreprise qui n’avaient pas voulu cessé cette fabrication.

Pourtant, les milliers de travailleurs de cette entreprise, organisés dans les syndicats, ont fait preuve à maintes reprises de leur combativité et de leur volonté de faire reculer la réaction, comme en 1991 où ils ont combattu pour refuser l’accès de leur complexe aux leaders islamistes anti-ouvriers et anti démocrates qui comptaient lancer à partir de là un mot d’ordre de grève nationale.

Je me souviens que les Soviétiques nous disaient leurs inquiétudes, ils mettaient en garde les dirigeants Algériens contre la tentation excessive à l’industrie lourde et au gigantisme des entreprises, au risque de déséquilibrer l’économie et de la rendre dépendante : « vous avez des richesses, des atouts et une situation différente de celle de l’Union soviétique à ses débuts ; vous pouvez édifier une économie solide dans des voies autres que celles où la situation a contraint notre pays ».
La plupart des grands complexes ont été construits par des multinationales occidentales, nombre d’entre elles, parfois des prototypes mis en essai aux frais de l’Algérie, ont souvent causé des déboires, sans transfert de technologie ni formation suffisante de main-d’oeuvre, au prix d’endettement énorme en devises, dont un pourcentage entrait dans les comptes de responsables algériens placés à l’étranger.
Les dépenses sociales pour l’habitat et les conditions de travail des salariés ont été négligés, les droits syndicaux constamment bafoués (entre autres par le trop célèbre article120 du FLN qui interdisait toute responsabilité syndicale aux non membres de ce parti)

Dans des domaines cruciaux (santé, éducation etc) les orientations et les pratiques ont subi des déformations préjudiciables au détriment des intérêts de la population alors que les moyens mis en œuvre et les résultats ont été considérables en terme de quantité. Mais la qualité, en particulier en matière d’enseignement et de culture n’a pas suivi. Des orientations étroites et chauvines ont fait le lit de régressions d’autant plus préjudiciables que les courants démocratiques et socialistes étaient persécutés.

LE SOCIALISME, LA DÉMOCRATIE ET L’INTÉRÊT NATIONAL

Un trait commun aux expériences « socialistes » de l’Algérie et de l’Égypte est d’avoir été menées à la même époque par un régime oligarchique instauré, administré et contrôlé par la haute hiérarchie militaire. Exerçant le monopole du pouvoir réel, celle-ci excluait de la vie politique active les couches et les catégories sociales les plus organiquement intéressées au socialisme. Les militants politiques et syndicaux les plus résolus et les plus conséquents du socialisme étaient emprisonnés, interdits d’activités politiques et subissaient souvent les sévices policiers, y compris dans les moments où ils approuvaient et soutenaient à juste titre certaines des mesures conformes à l’intérêt national et aux aspirations à la justice sociale. Ainsi le PAGS (communiste) l’a payé de vingt quatre années de vie clandestine, s’ajoutant aux sept années de la guerre de libération, les deux périodes entrecoupées d’un répit relatif de trois ans (62 à 65) pendant lequel le Parti Communiste Algérien, quoique interdit par Ben Bella, s’est frayé un espace de semi-légalité jusqu’au coup d’Etat de Boumediène (19 juin 65).

Certes, la décolonisation et l’appropriation par l’État des principales ressources nationales ont entraîné pendant une à deux décennies une amélioration des conditions d’existence d’une grande partie de la population, un sentiment de relative sécurité et d’espoir dans les temps à venir. Malheureusement, les pratiques antidémocratiques de ce socialisme, répressif envers les authentiques socialistes, étaient significatives d’orientations de classe qui n’ont pas tard.é à creuser des écarts et des inégalités sociales et politiques nouvelles. Les injustices sociales combinées à l’arbitraire politique ont été le facteur interne qui a généré le glissement de l’Algérie vers la crise nationale tragique non encore dénouée à ce jour.

On peut invoquer, à la décharge de ceux qui ont cru à la fable d’un vrai socialisme dans ces pays, qu’ils n’avaient vu à ce stade qu’une partie des réalités contradictoires. Outre leurs a priori idéologiques, leur regard portait unilatéralement sur les moments fastes pendant lesquels des réalisations nationales et les réformes sociales accomplies par les pouvoirs en place ont convergé avec les aspirations et les revendications populaires.
L’erreur, chez les tenants les plus honnêtes du socialisme officiel, consistait à sous-estimer la satisfaction des besoins démocratiques et sociaux des individus et à ne pas comprendre qu’elle était le meilleur socle de la cohésion nationale.
La satisfaction de ces besoins et la lutte pour y parvenir étaient les plus sûrs garants des conquêtes de l’indépendance et en même temps les leviers de mobilisation et d’union nécessaires pour transformer les premiers acquis de l’indépendance en transitions actives vers des transformations de caractère socialiste.

Dans l’esprit d’une telle transition, les efforts de mobilisation nationale démocratique et ceux en faveur d’orientations socialistes conséquentes ne devaient pas être coupés les uns des uns des autres. Ils gagnaient à se renforcer mutuellement et simultanément, jusqu’à rendre dominante dans la population la volonté politique d’aller dans ce sens. La possibilité de jonction et d’imbrications positives entre le national et le social a été stérilisée par le déficit démocratique. Ce dernier relevait de causes existant au niveau des pouvoirs en place comme au niveau de la société et des forces vives du pays.

Ainsi, d’une part les objectifs de caractère socialiste sont restés dans le meilleur des cas à l’état d’ébauches et le plus souvent réduits à des expressions formelles et déclaratives qui ont fini par discréditer le projet socialiste lui-même. D’autre part, les tâches nationales, de caractère anti-impérialiste, démocratique, social et culturel ont gravement souffert, elles aussi, du déficit démocratique. Elles s’étaient déployées au cours des années 60 et 70 sur la lancée de l’élan populaire de la guerre de libération et dans un contexte international favorable. Elles restaient pourtant un besoin profond et immédiat, à la portée des forces politiques nationales, mais une partie de ces dernières ont été gagnées à la facilité et à la logique tentaculaire du capitalisme parasitaire.

Ce fut le cas d’une partie des milieux dirigeants issus de la matrice nationaliste. Ils furent influencés par un conditionnement social et idéologique lié à des intérêts de caste, s’ajoutant à leurs ambitions de pouvoir et aux pressions de l’environnement capitaliste mondial. Cependant, même des milieux progressistes ayant vocation de défendre et promouvoir l’option socialiste, y compris parmi les communistes, ont vu par moments leurs positions infléchies sous l’effet des rapports de force, des pressions idéologiques et de la complexité des situations traversées.
Dans le PCA puis dans le PAGS, il n’a jamais été facile d’articuler les pratiques unitaires envers les courants anti-impérialistes et progressistes d’autres obédiences idéologiques avec la non moins indispensable autonomie de pensée et d’action, fondée sur la pensée et les horizons socialistes. A plusieurs reprises, notamment en 1964 sous les pressions du régime de Benbella ou en 1990-91, année ce grave crise nationale et internationale, l’amenuisement ou même la perte de cette autonomie de pensée et d’action a été préjudiciable à l’ensemble du mouvement démocratique et de justice sociale et a été à la source de l’implosion du PAGS lui-même.

Selon moi, on ne déploiera jamais assez d’efforts pour faire vivre la dialectique difficile mais incontournable qui consiste à conjuguer l’autonomie idéologique et organique du mouvement pour le socialisme avec l’unité d’action de l’ensemble des forces sociales et politiques tournées vers la liberté et le mieux être. Dans cet esprit, au plus fort de la répression anticommuniste en 1968, j’avais adressé au nom du PAGS une lettre (publiée peu après) au président Boumediène, attirant son attention sur la contradiction entre le projet socialiste proclamé et les actes, soulignant que pour sa part le PAGS défendait son autonomie de façon ferme et constructive aussi bien dans l’intérêt immédiat et commun de la nation que dans l’intérêt du projet socialiste à plus long terme. J’ajoutais que si le pouvoir s’engageait dans la nationalisation des hydrocarbures et la réforme agraire, le PAGS se mobiliserait à ses côtés pour les soutenir et les défendre. C’est seulement trois ans plus tard que ces mesures virent le jour. Les efforts des forces patriotiques et de progrès se heurtèrent aux multiples obstacles que j’ai mentionnés et ne suffirent pas à les mener à bout, au grand préjudice aussi bien de l’intérêt national que de l’option socialiste.

Il y avait en fait une interaction essentielle à prendre en compte entre d’une part le mouvement pour consolider l’indépendance en lui donnant un contenu démocratique au sens social et politique et d’autre part la dynamique capable de mobiliser la nation vers le socialisme.
L’échec des ambitions légitimes et réalistes de l’Algérie post-indépendance s’explique, dans le cadre et sous l’effet des pesanteurs internationales, par la conjugaison de deux incapacités simultanées et liées entre elles : l’incapacité des partisans du socialisme à peser suffisamment pour que la bataille de l’édification nationale prenne un contenu démocratique et social déterminant ; et l’incapacité ou les réticences empreintes d’hostilité ou d’incompréhension des nationalistes et d’autres courants idéologiques de progrès, à imprimer un cours plus résolu aux orientations socialistes. Ces dernières étaient de nature à dynamiser les tâches d’édification nationale et sociale capables de motiver et mobiliser davantage les couches populaires. Faute de quoi, ce sont les courants conservateurs et réactionnaires, sous couvert d’idéologies identitaires, qui ont instrumentalisé la passivité, le mécontentement ou les préjugés ces couches potentiellement ouvertes à la démocratisation et à la justice sociale.

Au terme de ce bilan plus que sommaire, je voudrais souligner un point que je n’ai pu développer : le parallélisme qui a marqué les évolutions algériennes avec ce qui s’est passé dans le monde. Compte tenu des évolutions du rapport des forces mondiales depuis les années 90, il n’est pas du tout certain, même si les orientations de l’ensemble des acteurs algériens avaient été plus empreints d’esprit démocratique et révolutionnaire, qu’on aurait assisté chez nous comme dans le monde arabe et africain à une poussée des forces socialistes comparable à celle qu’on observe de plus en plus en Amérique du Sud. Néanmoins, se seraient constitués des îlots de résistance au néolibéralisme et au néocolonialisme plus consistants et prometteurs.

Cependant, depuis quelques années émergent dans la société algérienne des signes encore timides d’un nouvel élan du mouvement politique et social. Tout, à l’échelle internationale comme dans nos régions, laisse penser qu’en même temps que s’accroissent sur la planète les dangers liés à la rapacité et à l’agressivité impérialistes, se lèvent et continueront à se lever des vagues de résistance qui auront bénéficié des expériences socialistes passées. Les recompositions offensives sont inévitables ; elles seront des plus fructueuses toutes les fois que les débats s’ouvriront de la façon la plus libre et la plus constructive dans le cours des efforts pour l’unité d’action, autour d’objectifs concrets dont les forces d’oppression et d’exploitation nous fournissent chaque jour elles-mêmes la matière.

S. Hadjeres, le 31 mars 2008.

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