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Vies de France : Soraya et Nesma : "On est ici, c'est tout"
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30 Mar 2010 17:53 #51029
par kredence
Le sofa doré et ses fleurs orientales ont servi de divan pour la conversation. C'était chez Nesma, Soraya était là, son voile sombre autour de son visage rond (les prénoms ont été modifiés). Toutes deux comprenaient les questions, mais répondre en français, prononcer les voyelles, le E, le I, leur était difficile.
Alors l'échange s'est fait avec force sourires, hochements de tête et froncements de sourcils. Pour les rencontrer dans cette intimité, il n'y avait que Janie. A 72 ans, elle leur dispense des cours d'alphabétisation à domicile. Soraya, 29 ans, et Nesma, 44 ans, sont soeurs, algériennes, et la présence de Janie, mains frêles, voix fragile, était une sorte de garantie.
Elles ont raconté leur histoire par bribes, depuis leurs débuts toutes seules, en France, directement d'Algérie. C'était il y a sept ans pour Nesma, cinq pour Soraya. Nesma était enceinte du premier de ses deux garçons. Soraya avait ses trois grands enfants. Depuis, un petit dernier est né et un fils de 14 ans l'a rejointe il y a un an.
Elles accordent plein de raisons à leurs difficultés. Les cours de langue collectifs où "les enfants sont interdits". La crèche, la halte-garderie, "souvent complètes". Les courses, à pied, pas de voiture. L'obligation de cuisiner tous les midis car les cantines scolaires ne sont pas halal. Quatre étages sans ascenseur avec la poussette découragent souvent Soraya.
En Algérie, Soraya est allée à l'école jusqu'à 14 ans, Nesma a arrêté à 6 ans. Elle en sourit timidement, menue dans sa tunique mauve, ses cheveux fins tirés en arrière. A la maison, elles ne parlent que l'arabe. "Je sais que c'est ça le problème." Son plus petit va intégrer l'école maternelle en septembre sans connaître le français.
Elles sont toujours à la peine pour les devoirs. Les aînés de Soraya lui lisent les mots des professeurs. Le mari de Nesma, arrivé entre-temps, surveille les exercices. "Il n'est pas très bon, mais il parle mieux", grâce au travail, les missions d'intérim.
Avec Janie, Soraya et Nesma discutent cuisine, jamais des actualités, encore moins des régionales. Les deux soeurs ne regardent que les chaînes algériennes. Toutes leurs amies sont dans la même situation. Pas entendu parler du débat sur l'identité nationale, rien sur la burqua. Soraya dit qu'elles ont juste "vu Sarkozy, des fois".
Nesma résume, fataliste, "on est ici, c'est tout". Elles sont venues "pour les enfants, les médecins". Travailler leur paraît inaccessible alors elles s'appliquent à leur logis. Elles bénéficient des allocations familiales, de la CMU, de l'épicerie sociale et des Restos du coeur. Pour les vêtements, le mobilier pas cher, elles marchent parfois jusqu'à la foire, à deux kilomètres.
Le mari de Nesma "regrette" par moments d'être ici. Avec la crise, il est au RMI. Celui de Soraya attend toujours son visa, au pays. Son cadet est dans une classe de "primo-arrivants". La famille vit à six dans un F4. Elle a demandé un appartement plus grand mais le bailleur n'en a pas pour l'instant. Nesma, à l'avenir, rêverait d'avoir cinq enfants et une fille, si possible.
Le Monde
Alors l'échange s'est fait avec force sourires, hochements de tête et froncements de sourcils. Pour les rencontrer dans cette intimité, il n'y avait que Janie. A 72 ans, elle leur dispense des cours d'alphabétisation à domicile. Soraya, 29 ans, et Nesma, 44 ans, sont soeurs, algériennes, et la présence de Janie, mains frêles, voix fragile, était une sorte de garantie.
Elles ont raconté leur histoire par bribes, depuis leurs débuts toutes seules, en France, directement d'Algérie. C'était il y a sept ans pour Nesma, cinq pour Soraya. Nesma était enceinte du premier de ses deux garçons. Soraya avait ses trois grands enfants. Depuis, un petit dernier est né et un fils de 14 ans l'a rejointe il y a un an.
Elles accordent plein de raisons à leurs difficultés. Les cours de langue collectifs où "les enfants sont interdits". La crèche, la halte-garderie, "souvent complètes". Les courses, à pied, pas de voiture. L'obligation de cuisiner tous les midis car les cantines scolaires ne sont pas halal. Quatre étages sans ascenseur avec la poussette découragent souvent Soraya.
En Algérie, Soraya est allée à l'école jusqu'à 14 ans, Nesma a arrêté à 6 ans. Elle en sourit timidement, menue dans sa tunique mauve, ses cheveux fins tirés en arrière. A la maison, elles ne parlent que l'arabe. "Je sais que c'est ça le problème." Son plus petit va intégrer l'école maternelle en septembre sans connaître le français.
Elles sont toujours à la peine pour les devoirs. Les aînés de Soraya lui lisent les mots des professeurs. Le mari de Nesma, arrivé entre-temps, surveille les exercices. "Il n'est pas très bon, mais il parle mieux", grâce au travail, les missions d'intérim.
Avec Janie, Soraya et Nesma discutent cuisine, jamais des actualités, encore moins des régionales. Les deux soeurs ne regardent que les chaînes algériennes. Toutes leurs amies sont dans la même situation. Pas entendu parler du débat sur l'identité nationale, rien sur la burqua. Soraya dit qu'elles ont juste "vu Sarkozy, des fois".
Nesma résume, fataliste, "on est ici, c'est tout". Elles sont venues "pour les enfants, les médecins". Travailler leur paraît inaccessible alors elles s'appliquent à leur logis. Elles bénéficient des allocations familiales, de la CMU, de l'épicerie sociale et des Restos du coeur. Pour les vêtements, le mobilier pas cher, elles marchent parfois jusqu'à la foire, à deux kilomètres.
Le mari de Nesma "regrette" par moments d'être ici. Avec la crise, il est au RMI. Celui de Soraya attend toujours son visa, au pays. Son cadet est dans une classe de "primo-arrivants". La famille vit à six dans un F4. Elle a demandé un appartement plus grand mais le bailleur n'en a pas pour l'instant. Nesma, à l'avenir, rêverait d'avoir cinq enfants et une fille, si possible.
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- romance
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30 Mar 2010 19:59 #51030
par romance
Réponse de romance sur le sujet Vies de France : Soraya et Nesma : "On est ici, c'est tout"
il y a beaucoup de français comme eux qui ne savent ni lire ni ecrire pas de logement adéquate a leur situation ni de boulot certains vivent dans la rue SDF alors montrer toujours les memes comme ci que s etait propre a une culture s est ferme les yeux sur leur propre misere !
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