La qualification du onze algérien va au-delà du sport

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19 Nov 2009 23:27 #36220 par kredence
ALGER - L'explosion de joie des Algériens après la qualification de leur équipe nationale de football pour le Mondial 2010 dénote bien plus qu'un simple enthousiasme sportif.

Elle a valeur de catharsis après les sanglantes "années noires" de l'insurrection islamiste qui ont fait jusqu'à 200.000 morts, et dont le pays a encore du mal à se remettre aujourd'hui.

La dernière fois que l'Algérie avait atteint la phase finale de la Coupe du monde de football remonte à 1986, soit six ans avant que les fondamentalistes musulmans prennent les armes contre un pouvoir qui leur avait bloqué la voie des urnes.

Bon nombre des Algérois qui sont descendus mercredi soir fêter dans les rues de la capitale cette victoire contre l'Egypte sur un score de 1-0 font le lien entre l'événement sportif et un certain retour à la normalité dans le pays.

"C'est formidable! Après toutes ces années que nous avons traversées, c'est comme si elles s'étaient évanouies", s'extasie Youssef Ounanou, en esquissant un pas de danse dans la rue, le drapeau national noué autour des hanches.

Durant les "années noires", l'insécurité dans la capitale avait entraîné la "décentralisation" des matches de football à Annaba (ex-Bône), à un demi-millier de kilomètres à l'est d'Alger.

Les matches de championnat national sont désormais joués dans la banlieue d'Alger et seront bientôt organisés à nouveau dans le stade national rénové de la capitale.

L'amélioration de la situation sécuritaire a incité plusieurs talents du football algérien à rester en Algérie plutôt que d'opter pour des clubs français.

Aux yeux de nombreux Algériens, le succès du onze national est des plus significatifs. "Nous l'avons fait!" jubile jeudi en une Le Soir d'Algérie.

"L'Algérie, ce n'est pas le terrorisme, l'émigration illégale et la misère sociale. C'est un pays qui peut finalement se hisser parmi les grandes nations mondiales", se réjouit l'éditorialiste du journal.

"OUBLIER LES PROBLÈMES QUOTIDIENS"

Les Algériens sont réputés pour être des fans de football. Le "fils" favori du pays est l'ancien capitaine de l'équipe de France Zinedine Zidane, né en France de parents algériens.

Mais l'atmosphère frénétique qui a entouré le match d'appui contre l'Egypte mercredi à Khartoum avait quelque chose d'exceptionnel.

Plusieurs jours avant la rencontre, des groupes de supporters ont manifesté sur les toits des autobus, les conducteurs de trains ont orné leurs machines aux couleurs nationales et les agences d'Air Algérie ont été envahies de fans voulant se rendre dans la capitale soudanaise.

Cet accès de fièvre a dégénéré lorsque des supporters, révoltés à la nouvelle que leurs camarades avaient été agressés en Egypte lors du match de la semaine dernière, remporté par l'Egypte à domicile, ont mis à sac le siège d'une filiale de l'opérateur de téléphonie égyptien Orascom Telecom.

Nacer Djabi, sociologue à l'université d'Alger, explique que le succès du onze national à Khartoum permet à une jeunesse largement fataliste de s'identifier à la nation, pour la première fois depuis l'indépendance de l'Algérie, en 1962.

"Le peuple algérien est devenu très pessimiste. Il voit tout en noir, même les bonnes choses. Cette victoire sur l'Egypte est aussi une victoire sur cet état d'esprit", analyse-t-il.

La qualification de l'Algérie pour le Mondial 2010 en Afrique du Sud apporte par ailleurs une bouffée d'oxygène politique au président Abdelaziz Bouteflika, confronté au chômage, à l'inflation et aux problèmes de logement.

Dans un café d'Alger où ils suivaient le match de mercredi à la télévision, des consommateurs ont scandé le nom du président algérien, fait rare dans un pays où la classe politique s'est elle-même largement discréditée.

"Pour un bref laps de temps, cette victoire et l'euphorie qui l'accompagne vont faire oublier aux gens leurs problèmes quotidiens", résume Djabi.

www.lexpress.fr/actualites/2/la-qualific...du-sport_829678.html

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