Personne n'a songé au 17 octobre 1961!

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18 Oct 2009 14:27 #33573 par keena

kredence;35973 écrit: Je n'ai pas oublie,j'ai meme poste un article sur 2 autres forums,je crois l'avoir egare quelques part,desole.

C'est la infameuse tuerie des manifestants algeriens a Paris,ou des centaines d'algeriens ont ete massacres,et jetes par dessus la Seine,sur ordre du prefet criminel Maurice Papon (ancien prefet de Constantine,en Algerie)

Merci de l'avoir mentionne.


L'intention consistait juste à animer quelque peu ce forum avec le rappel du génocide perpétré en ce tragique 17 octobre 1961.

Sinon, hier, j'ai quasiment consacré la journalière entière à en découdre avec des participants sur un forum de pieds-noirs. En ce sens qu'il y a lieu de se rappeler que les AlgérienNEs avaient manifest contre le couvre-feu instauré que contre leur communauté, ce que même les nazis n'avaient jamais eu l'audace de décréter!

Chaleur et affection à vous.

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18 Oct 2009 22:09 #33574 par kredence
C'est tout a ton honneur de rappeler a tous cette date.

J'espere que l'on n'est pas sur le meme forum pied-noir ?

Je me bats aussi tous les jours avec une bande d'ignorants et racistes nostalgiques de l'Algerie francaise.

Bon courage

keena;36023 écrit: L'intention consistait juste à animer quelque peu ce forum avec le rappel du génocide perpétré en ce tragique 17 octobre 1961.

Sinon, hier, j'ai quasiment consacré la journalière entière à en découdre avec des participants sur un forum de pieds-noirs. En ce sens qu'il y a lieu de se rappeler que les AlgérienNEs avaient manifest contre le couvre-feu instauré que contre leur communauté, ce que même les nazis n'avaient jamais eu l'audace de décréter!

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19 Oct 2009 15:33 #33575 par Sabrina
La collégienne martyre du 17 octobre 1961
On a beau noyer l’histoire de l’immigration algérienne dans les profondeurs de la Seine, elle finira bien un jour par remonter à la surface tel le corps de Fatima Bedar, jeune collégienne retrouvée quinze jours après son décès dans le canal de Saint-Denis.


C’était le 17 octobre 1961. Les Français musulmans algériens (FMA) avaient occupé Paris le temps de dire au préfet de police, Maurice Papon, qu’ils étaient des Algériens ; que comme leurs frères, pères, sœurs et mères de la colonie en guerre, ils étaient avec le Front de libération nationale et pour la libération de leur pays du joug du colonialisme français. Pour eux aussi, l’indépendance de l’Algérie n’avait pas de prix. Les ouvriers algériens étaient sortis manifester pacifiquement contre le couvre-feu raciste imposé par Papon aux seuls Algériens à l’exclusion de toutes les autres populations vivant à Paris et sa banlieue. Plus qu’une commémoration, ce 45e anniversaire de la chasse au faciès, ordonnée par les plus hautes autorités de Paris, est celui d’un retour, celui du transfert de la France vers l’Algérie, des restes post-mortem de la jeune chahida Fatima Bedar. Née le 5 août 1946 à Béjaïa, elle n’a que cinq ans quand elle rejoint, avec sa mère et sa sœur, son père à Sarcelles. Fatima était l’aînée de quatre sœurs et deux frères auxquels s’ajouteront ultérieurement deux autres sœurs. Fatima ne les verra pas, car entre elle et eux des mains criminelles se sont interposées pour mettre fin à sa vie. Comme tous les Algériens qui vivaient dans la banlieue parisienne, son père Hocine, employé à Gaz de France, domicilié à Stains en Seine-St-Denis, avait tenu à répondre présent à l’appel de la Fédération de France du FLN. Mon propos n’est pas de faire ou refaire l’historique du 17 octobre 1961. D’autres en ont fait leur objet de recherche. Nous voulons tout simplement contribuer au devoir de mémoire en faisant revivre le temps d’un souvenir, qui se voudrait ineffaçable, la figure angélique de Fatima. La sortir de l’oubli, la restituer à son pays, à l’histoire de l’Algérie pour laquelle elle a fait don de sa vie. Tel est l’objet de ce modeste papier. Cette chahida, de 15 ans passés de 2 mois et 12 jours, ne constitue qu’une pièce d’un puzzle éclaté en mille morceaux dont la reconstitution exige des moyens appropriés et des sacrifices humains à la mesure des objectifs que s’assigne tout chercheur. C’est dans cet esprit que nous avons organisé, entre autres, deux tables rondes. L’une le 17 juin 2002 en hommage à la moudjahida Baya Hocine décédée le 1er mai 2000, l’autre le 16 octobre de la même année en hommage précisément à Fatima Bedar. Mais qui est Fatima Bedar ? Réponse courte à une question courte : une élève du collège commercial et industriel féminin sis rue des Boucheries, à Saint-Denis. Comment devient-on chahida quand on n’a que 15 ans et qu’on réside en France ? Y a-t-il d’abord un âge à cela ? Il faut inverser la question et se demander comment cette adolescente au regard doux, à la coiffure soignée, au sourire angélique, au visage serein, malgré des sourcils prononcés et une tenue vestimentaire simple mais de bon goût, a pu se retrouver le soir du 17 octobre 1961 au fond des eaux mortelles de la Seine ? Elle n’avait pourtant pas l’air d’une enfant revêche, elle n’était pas rebelle à l’autorité paternelle. Elle ne portait pas non plus en elle les signes d’une enfant travaillée par le militantisme et l’engagement jusqu’au sacrifice suprême. Pour répondre à ces questions et à d’autres qui se poseront par la suite, tout un travail d’enquête s’impose. On ne vient pas au militantisme comme on va faire ses emplettes un couffin à la main. Les dures conditions de vie et de travail imposées de fait à l’émigration maghrébine en France, particulièrement ceux vivant dans la banlieue parisienne, renvoyaient les ouvriers algériens de Renault-Billancourt, de Peugeot, du bâtiment, des mines… à un passé qu’ils avaient laissé loin derrière eux en Algérie. Saint-Denis n’était pas le ghetto de Nanterre, mais la misère humaine de ces ouvriers des colonies qui était partout la même. C’est dans ces foyers, parmi les ouvriers maghrébins qu’est née l’Etoile nord-africaine. Le nom, les idées du père du nationalisme algérien, Hadj Messali, faisaient partie des rudiments de la culture militante de chaque ouvrier. La photo du zaïm constituait un élément du mobilier familial, aussi modeste était-il. L’histoire mouvementée de l’ENA, du PPA et du PPA-MTLD, les incarcérations répétées du zaïm, les interdits en tous genres qui le frappaient et son exil faisaient partie de la culture historique diffuse des ouvriers perquisitionnés de nuit dans les meublés, dans les foyers nord-africains, dans les bidonvilles et autres espaces de regroupement de l’immigration algérienne. Vint le 1er novembre 1954, les premières cellules FLN en France, les attaques contre les harkis, l’incendie dans la nuit du 24 au 25 août 1958 par les commandos de la Fédération de France du FLN des raffineries de Mourepiane près de Marseille. La guerre d’Algérie avait franchi les portes de Paris et de la métropole. Le sigle FLN éclipse, non sans peine, le MNA qui livre une autre guerre à son rival. Les autorités françaises multiplient les contrôles d’identité, les rafles, les séquestrations, la torture des Algériens. Les disparitions par noyade, les pendaisons sauvages au Bois de Boulogne qui avaient commencé bien avant le 17 octobre, suscitaient l’inquiétude de certains journaux comme Le Monde ou Témoignage chrétien. Fatima a baigné dans ce climat d’angoisse, de terreur et de lendemains incertains, celui de ne pas voir revenir son père la nuit tombée. Fatima avait 8 ans en novembre 1954, 15 en 1961, un âge où la curiosité est la mère des écoles. Mais Fatima était connue pour son sens des responsabilités. Elle secondait sa mère dans les travaux ménagers en même temps qu’elle assurait le suivi scolaire de sa jeune sœur Louisa qui voyait en elle une seconde maman et accompagnait le petit Djoudi à l’école maternelle. Bref, c’était jusque-là une fille modèle avec en plus des responsabilités d’une jeune fille moderne. L’annonce du 17 octobre brouillera toutes les cartes. Tout change brusquement. En décryptant à partir de l’une de ses dernières photos les traits de cette collégienne tout à fait comme les autres, on découvre une autre Fatima. Elle paraît grave et surtout déterminée. Les Bedar gardent en mémoire deux 17 octobre. Celui d’une discussion animée entre Djida, la mère et sa fille et celui de la disparition de Fatima. Les parents ne voulaient pas que leur fille prenne part à la manifestation prévue le soir-même. Sa mère l’avait chargée de garder ses frères et sœurs. La détermination de Fatima était telle, qu’elle sortira en courant du domicile familial qu’elle quitta à jamais. Dans sa course vers l’inconnu et malgré la tension entre elle et sa mère, Fatima n’avait pas oublié de prendre avec elle son cartable. C’était mardi et elle avait classe. Le 18 octobre, son père signale sa disparition au commissariat de Saint-Denis Banlieue. Un procès-verbal daté du même jour en fait foi. Hocine et son épouse que suivait le petit Djoudi, la chercheront en vain jour après jour dans les rues de Stains. Les recherches prendront fin le 31 octobre avec la découverte par les pompiers, à la 7e écluse du canal de Saint-Denis de la dépouille d’une jeune fille qu’ils venaient de repêcher. Le corps était dans un état de décomposition avancé. Il était méconnaissable. Les Bedar ne l’identifièrent que grâce aux longues et épaisses nattes châtain foncé de leur fille disparue la nuit du 17 au 18. Quant au cartable, il sera remis le 1er novembre au père par le commissariat de police de Saint-Denis. Une porte venait de se fermer sur les Bedar et une autre allait s’ouvrir, celle du silence et le refus de dire. Djida rendra l’âme le 3 avril 2003 dans la douleur de la perte cruelle de sa fille aînée. Hocine Bedar, aujourd’hui malade, sa sœur Louisa et son frère Djoudi se souviennent des derniers moments qui opposèrent Fatima à sa mère. Ils gardent en mémoire le cartable restitué par la police, les recherches sans succès dans les rues de Stains dans l’espoir de trouver Fatima. Ils se souviennent du corps tuméfié découvert quatorze jours après sa sortie du domicile. Ils se souviennent de l’inhumation le 4 novembre 1961 de la chahida Fatima Bedar au cimetière communal de Stains. Ils se souviennent de tant et tant de choses. « Mais qui a tué Fatima Bedar ? », s’est interrogé Jean-Luc Einaudi. On ne le saura jamais. Mais ce que l’on sait, c’est qu’au commissariat de Saint-Denis et au poste de police de Stains, dépendant de Saint-Denis, des policiers avaient, depuis des semaines, pris l’habitude de jeter des gens dans le canal et dans la Seine. Sans commentaire. L’auteur est :Maître de conférence - Département d’histoire Bouzaréah, Alger


Par Malika El Korso

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19 Oct 2009 15:37 #33576 par Sabrina
Les restes post-mortem de la chahida Fatima Bedar ont été réinhumés dans son village natal, hier à Tichy, en présence d’une foule nombreuse.


La cérémonie a pu se tenir grâce au concours de la Fondation du 8 Mai 1945, du ministère des Moudjahidine et des autorités locales de la wilaya de Béjaïa. Fatima Bedar est une victime parmi les centaines de chouhada disparus à Paris au cours de la nuit sanglante du 17 octobre 1961 et de celles qui suivront. Née le 5 août 1946 à Tichy, Fatima Bedar part avec sa mère rejoindre son père, employé à Gaz de France en 1951. Elle sera élève au collège commercial de Stains (Seine-St-Denis). Malgré son jeune âge (15 ans), elle s’est sentie très tôt partie prenante du combat décisif engagé par la Fédération de France du FLN. Bravant l’interdiction de sa mère, la collégienne quitte précipitamment, le jour de la manifestation, le domicile familial. Elle ne rentrera plus jamais. Le lendemain, 18 octobre, son père El Hocine signale sa disparition à la police. Ce n’est que le 31 octobre que le corps de la collégienne, en état de décomposition avancée, sera découvert par les pompiers dans le canal de St Denis. Ses parents ne l’identifient que grâce à ses longues nattes châtain. Hier, les ossements de Fatima ont été rapatriés au pays après 45 ans d’exil.

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19 Oct 2009 21:15 #33577 par kredence
Merci Sabrina,pour les 2 articles.

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20 Oct 2009 07:27 #33578 par kredence
L’historien français Jean-Luc Einaudi : "La qualification de crime contre l'humanité est appropriée pour désigner les massacres du 17 Octobre 1961

Un ouvrage sur les massacres du 17 Octobre 1961 à Paris

L’historien français Jean-Luc Einaudi a estimé que "la qualification de crime contre l'humanité est appropriée pour désigner les massacres du 17 Octobre 1961 à Paris".

"La qualification de crime contre l'humanité me paraît appropriée pour désigner ces événements. Les victimes de ce massacre furent désignées en fonction de leur appartenance, réelle ou supposée, à une communauté humaine définie en fonction de critères fondés sur l'apparence physique, c'est-à-dire racistes.

La haine raciale fut le moteur de ce massacre", a indiqué dans un entretien à l’APS, l’auteur de "Scènes de la guerre d’Algérie en France", qui vient de paraitre.

48 années après leur déroulement, l’historien a relevé que "des zones d’ombre persistent encore même si on connaît l'essentiel sur le massacre du 17 Octobre 1961 à Paris et dans la banlieue parisienne".

"On ignore toujours ce qu'il est advenu des corps d'un certain nombre de victimes.

On sait que des Algériens ont été tués au palais des Sports de la Porte de Versailles puis au Parc des expositions.

Qu'a-t-on fait de leurs corps ?

Jusqu'à ce jour, on n'en retrouve pas trace dans les documents d'archives.

Des sources internes à la police indiquent qu’un massacre a eu lieu, dans la nuit du 17 au 18 Octobre, à l'intérieur même de la préfecture de police.

Mais on ignore le traitement réservé ensuite aux corps des victimes", a-t-il indiqué. Jean-Luc Einaudi a indiqué que "des recherches demeurent nécessaires pour tenter d'établir ce que savaient sur ce massacre les différentes instances de l'Etat français, depuis le préfet de police, Maurice Papon, qui a tout supervisé, jusqu'au président de la République, le général de Gaulle, en passant par le ministre de l'Intérieur, Roger Frey".

L’historien a estimé que "s'il est maintenant devenu impossible de nier complètement ce massacre comme cela fut le cas pendant des années, on continue néanmoins à observer des tentatives visant à perpétuer une version mensongère des événements".

"En 2005, dans un ouvrage préfacé par deux anciens ministres de l'Intérieur, Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy, afin de tenter de justifier l'extrême violence de la répression policière, on pouvait lire, par exemple :

Il ne faut pas oublier l'agressivité des troupes de choc du FLN, qui encadraient la manifestation", signale-t-il en précisant qu’il s’agit d’un mensonge.

"Ordre avait été donné que ces manifestations soient pacifiques et elles le furent effectivement.

Le déchaînement de violence meurtrière fut le seul fait des forces de police", a souligné l’historien.

L’auteur de "La Bataille de Paris" et "Octobre 1961, un massacre à Paris" a, d’autre part, relevé "l’entreprise de dissimulation de l’ampleur de ces massacres et de la mise en œuvre du mensonge d’Etat".

"Le pouvoir politique s'opposa vigoureusement à toutes les demandes d'enquête qui furent formulées dans diverses assemblées et chercha à étouffer la voix de ceux qui recherchaient la vérité et voulaient la faire connaître", a-t-il indiqué, ajoutant que "malgré cette volonté d'étouffement de la part du pouvoir d'Etat, une part importante de la vérité fut connue aussitôt, et pourtant il n'y eut pas de réaction à la hauteur du crime qui venait d'avoir lieu".
"La responsabilité en revient aux partis d'opposition de l'époque ainsi qu'aux grandes organisations syndicales.

Seules de petites minorités réagirent puis transmirent la mémoire du massacre", a précisé Jean-Luc Einaudi.

Par ailleurs, l’historien a souligné que "le rapport de la société française à son histoire coloniale a quelque peu évolué au cours des dernières années", citant pour preuve les lieux commémoratifs des évènements du 17 Octobre 1961 existant à Paris et dans différentes municipalités de gauche de la banlieue parisienne.

Il a également estimé que "le temps est largement venu d'aborder tous les aspects de l'histoire coloniale et, singulièrement, des terribles années de la guerre d'Algérie, de 1954 à 1962.

Il ne devrait plus y avoir de tabous mais je crains que l'on soit encore loin du compte.

Pour ne prendre qu'un exemple, du côté français : comment la gauche française peut-elle continuer à se revendiquer de François Mitterrand qui fut le premier ministre de la Justice qui, en 1956-57, envoya à la guillotine des combattants algériens condamnés à mort par une justice d'exception qu'il avait contribué à mettre en place ?"

Jean-Luc Einaudi a également souligné l’importance de l’accès aux archives à tous les chercheurs.

Pour lui, cela ne doit pas suffire car, "pour les périodes que j'ai étudiées, j’ai constaté que ces archives sont parcellaires et qu'elles véhiculent une vision des événements qui est celle de l'Etat colonial et de ses agents".

"Les archives ne constituent qu'une source à mettre en rapport avec d'autres et doivent être examinées avec l'esprit critique indispensable", a-t-il mis en garde, tout en préconisant "la mise en œuvre d’une pédagogie appropriée pour motiver les enseignants à aborder l'histoire coloniale avec leurs élèves".

Un ouvrage sur les massacres du 17 Octobre 1961 à Paris

"Scènes de la guerre d’Algérie en France : automne 1961" est le titre du dernier ouvrage de l’historien français Jean-Luc Einaudi qui vient de paraître aux éditions "Le cherche Midi".

Il s’agit du troisième ouvrage que ce chercheur consacre aux massacres du 17 octobre 1961 à Paris, après "La Bataille de Paris" (1991) et "Octobre 1961. Un massacre à Paris" (2001).

Dans la préface, l’auteur explique : "Pour ce nouvel ouvrage, j’avais eu enfin accès à des archives de différentes administrations de l’Etat français et je faisais état de nouveaux témoignages"

"Pourquoi un troisième livre ? Depuis 2001, j’ai continué à recueillir des témoignages sur les évènements de l’automne 1961 et sur cette période marquée par les tragiques répercussions en France de la guerre d’Algérie.

J’ai toujours accordé une grande valeur à la parole des témoins, source irremplaçable, parfois unique, notamment lorsqu’il s’agit d’aborder des moments mettant en cause la responsabilité de l’Etat français et qui ont fait l’objet de la mise en œuvre du mensonge d’Etat à ses différents stades", a-t-il encore poursuivi, en soulignant que "ces témoignages sont une nouvelle contribution à la connaissance de cette période de notre histoire".

Sur une grande partie de cet ouvrage de plus de 400 pages, Jean-Luc Einaudi livre les témoignages de ces acteurs, trop souvent anonymes, qui ont vécu ces évènements terribles et qui gardent des séquelles encore vives de ce qu’ils ont enduré cette nuit du 17 octobre et durant les jours qui ont suivi.
Hommes, femmes, vieux et même des enfants ont subi la féroce répression des forces de police dirigées par Maurice Papon, déjà célèbre pour ses exactions commises sous le régime de Vichy durant l’occupation allemande ou encore à Constantine après les évènements du 20 août 1955.

Les témoins racontent les conditions de leurs arrestations, de leur incarcération et toutes les tortures qu’ils ont subies.

Mohamed Hellal, âgé de 14 ans, raconte : " les crs sont descendus du camion. Ils ont présenté les armes et ils nous ont chargés. Ils ont des fusils. Ils ont tiré sur la foule (à) Je me suis sauvé. Au milieu du carrefour Villeneuve, rue de la Lune, j’ai senti que je ne pouvais pas soulever ma jambe. J’ai regardé mon pied et j’ai vu une trainée de sang. J’ai compris que j’étais blessé. Je me suis mis à quatre pattes, j’ai vu une 2CV et, par peur qu’ils m’achèvent, je me suis mis dans le caniveau, sous la 2CV. J’ai attendu que quelqu’un passe pour lui dire de me prendre".

Sauvé par un Algérien, le petit Hellal passera une quinzaine de jours à l’hôpital. Une balle lui a traversé la cuisse.

"Je garde des séquelles, pas physiques mais morales. On traîne ça, je pense, jusqu’à la mort", confiera-t-il à l’auteur.

Jean-Luc Einaudi a été attaqué en justice en Février 1999 pour "diffamation" par Maurice Papon, à propos d’un article sur les massacres du 17 octobre 1961, dans lequel il a souligné que ces actes "ont été commis sous les ordres du préfet Papon".

En mars 1999, au terme d’un procès qui a permis que soient entendus nombre de témoignages démontrant la matérialité des faits décris par l’historien, Maurice Papon est débouté de sa plainte.

Le tribunal a accordé à Einaudi "le bénéfice de la bonne foi". La cour de justice a reconnu également à cette occasion, que des massacres eurent lieu le 17 octobre 1961.
APS

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