Fadela Amara,defend Brice Hortefeux,et denigre les arabes

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25 Sep 2009 12:33 #30169 par kredence
Fadela Amara : « Le suicide de Stéphanie à France Télécom m’a plus touchée que les propos de Brice Hortefeux sur les Arabes »

Vendredi 25/09/2009 | Posté par Aladine Zaiane

Les paroles du ministre de l’intérieur ; celles d’Henri Guaino qualifiant le plan banlieue d’échec ; les drames de l’été dans les cités ; la réunion « jeunes-police » place Beauvau ; la révision de la carte des ZUS ; les subventions aux associations : sur tous ces points, la secrétaire d’Etat chargée de la politique de la ville a répondu aux questions du Bondy Blog. VIDEO EN + : des habitants de la banlieue jugent Fadela Amara.

Sur quel dossier travaillez-vous en ce moment ? Je travaille sur la déclinaison de la dynamique « espoir banlieue », sur la préparation du conseil interministériel à la ville, qui aura lieu probablement en octobre, et sur la grande réforme dite de la géographie prioritaire, portée par le secrétariat d’Etat à la politique de la ville.

Qu’est-ce que la réforme de la géographie prioritaire ?

La loi nous oblige à revoir la carte des Zones urbaines sensibles (ZUS), donc, nous sommes est en train de construire une nouvelle géographie prioritaire qui soit la plus pertinente possible. Nous avons mis en place un « livre vert » que nous avons envoyé à toutes les grandes organisations d’élus, de représentants de travailleurs sociaux, à tous ceux et toutes celles qui de près ou de loin ont à voir avec la politique de la ville. Nous y posons plusieurs questions, dont une, générale, sur la façon dont chacun voit la politique de la ville.

C’est une consultation très large…

Je crois en la démocratie participative et le « livre vert » nous permet d’aborder la question de la réforme de la géographie prioritaire de la manière la plus large qui soit. Le premier ministre François Fillon a missionné deux parlementaires – le député de Dreux Gérard Hamel (UMP) et le sénateur de l’Aisne Pierre André (UMP) – pour qu’ils fassent des propositions aussi.

La géographie prioritaire, pour qui et pour quoi ?

Pour l’Etat et les 6 millions de personnes qui habitent les quartiers en difficulté. L’idée est de réduire les écarts territoriaux et l’inégalité sociale. L’objectif est de concentrer les moyens de l’Etat sur les territoires qui en ont le plus besoin. Nous avons aujourd’hui 751 zones urbaines sensibles, c’est énorme. Ce nombre élevé s’explique par le fait qu’en 1996, quand elles ont été mises en place, il n’y avait pas de véritables critères pour les définir.

Si l’on comprend bien, le nombre de ZUS va diminuer, mais de combien ?

A l’heure où je vous parle, nous sommes incapables de le dire. Dans le cadre de la dynamique « espoir banlieue », nous avons établi un baromètre de 215 quartiers les plus en difficulté. Ce baromètre nous permet d’évaluer les besoins et de mesurer l’impact de notre politique.

Cela veut-il dire que bientôt, il n’y aura plus que 215 ZUS ?

Non, je ne dis pas ça, et si l’on peut s’attendre à ce que leur nombre diminue par rapport aux 751 existantes, il sera certainement supérieur à 215.

Toucher aux ZUS, c’est agiter les passions, c’est toucher à un statut perçu comme avantageux par beaucoup d’élus locaux.

Evidemment, il y en a qui souhaitent garder des privilèges liés au statut de ZUS, si je peux dire les choses comme ça. Ce statut donne droit à des exonérations de divers types, ce qui explique l’attachement à ce système. Mais d’autres estiment à l’inverse qu’il faut en finir avec ce statut et créer un contrat global entre l’Etat et les maires. L’Etat n’aurait aucun droit de regard, si ce n’est de poser des principes.

Avec qui êtes-vous en désaccord ?

Je suis en total désaccord avec ceux qui réclament la fin des ZUS. Ce serait une erreur politique, car nous les avons créés afin que l’Etat puisse y impulser une action plus importante.

Vous qui connaissez bien la carte des ZUS, estimez-vous que certaines, de par leur évolution, ne méritent plus le label ZUS ?

C’est une question à laquelle je ne peux pas répondre, ce serait maladroit de ma part. Nous sommes encore en pleine concertation.

En juillet, le conseiller spéciale de l’Elysée, Henri Guaino, a dit que le plan banlieue était un échec. Qu’en pensez-vous ?

Ecoutez, je connais bien Henri Guaino et nous avons la même vision des choses. Quand il est parti, de nuit, avec la BAC, à Montfermeil, pour se rendre compte de la situation sur le terrain, on se souvient que ça s’est plutôt mal passé. Il a déclaré ensuite que ce que vous appelez le plan banlieue et que moi, j’appelle la dynamique « espoir banlieue », était un échec. Je l’ai eu alors au téléphone et il m’a dit que sa visite à Montfermeil lui avait permis de se rendre compte de l’ampleur de la tâche. Ce sont ses mots. Je sais que les média sont friands de phrases chocs, surtout quand il s’agit des quartiers. Mais moi, aujourd’hui, je suis beaucoup plus optimiste que je ne pouvais le penser sur les chances de réussite de cette dynamique. Nous sommes sur le bon chemin, à ceci près que la crise économique et financière a des conséquences sociales qui exigent d’aller plus vite et plus loin encore.

Qu’en est-il du rythme des investissements de l’Etat dans le plan « espoir banlieue », tel que défini début 2008 ? Beaucoup estiment que l’Etat ne verse pas assez d’argent.

Quand il y a quelque chose qui ne va pas, on pointe toujours du doigt l’Etat. Moi, je refuse l’hypocrisie, je suis en mission et je ne veux pas que quand ça ne va pas dans les quartiers chocs, c’est pour Fadela, et que quand ça va bien dans les quartiers chics, c’est pour les autres. L’Etat est présent, je vous rappelle la mise en place, en 2008, sur décision du président de la République, d’un plan triennal d’investissement de 3,9 milliards, destinés aux banlieues, qui mobilise de nombreux ministères

Mais dans certains quartiers, par exemple à Montreuil, des maisons de quartiers qui sont un lieu de lien social, ferment. D’autre part l’Etat a diminué ses subventions aux associations. Ne faudrait-il pas plus de coordination au niveau local pour que votre dynamique ait plus d’impact ?

On touche à un sujet qui me tient particulièrement à cœur. Quand on parle de la politique de la ville, sachez qu’auparavant, il n’y avait que le ministère de la ville ou le secrétariat d’Etat qui lui était rattaché, qui s’occupait des quartiers en difficulté. Aujourd’hui, on a fait péter les lignes et bouger des habitudes. L’ensemble du gouvernement est mobilisé.

Quand vous parlez des habitudes, à qui faites-vous faites allusions ?

Je parle des administrations.

Celles au niveau local ?

Non, je parle des grandes administrations, et à ce niveau, il y a des freins. Vous avez aussi une certaine noblesse d’Etat qui ne veut pas voir émerger les enfants d’ouvriers. Cela existe malheureusement et il faut faire avec. A côté de cela, vous avez des collectivités locales qui ont les moyens d’agir et d’autres qui ne les ont pas. Mon principe politique, c’est d’aider les villes pauvres. S’agissant des maisons de quartiers et des associations, il faut savoir que ce sont les maires qui décident de l’octroi les fonds. L’Etat ne fait qu’abonder.

Mais avant l’échelon du maire, c’est à l’échelon de l’Etat que se décident les financements…

Non ! La politique de la ville, c’est un pot commun, l’Etat met de l’argent et…

C’est donc bien l’Etat qui décide.

Non mais, écoutez, sinon ce n’est pas la peine. C’est la municipalité qui décide de l’attribution des subventions. Et il faut savoir que le budget de la politique de la ville en matière de subventions, budget que j’ai en main, n’est pas du tout en diminution. Il est de 780 millions d’euros.

Le 31 août, sous l’égide du ministère de l’intérieur, s’est tenue une table ronde « jeunes-police ». Certains ont critiqué l’absence à cette réunion d’associations comme AC-Le Feu et a contrario, la présence d’autres, comme Ni putes ni soumises et SOS Racisme, peu actives, physiquement, dans les quartiers. Quelle est votre avis à ce sujet ?

Je ne vais pas me faire l’avocate de Ni putes ni soumises et de SOS Racisme. Ecoutez, nous sommes dans des projets de société et chacun les défend, nos détracteurs qui ne représentent rien dénoncent toujours la médiatisation et le travail de ces deux associations. Vous vous faites l’écho de critiques qui ne sont pas nouvelles, portées par quelques associations qui sont contre le projet républicain que défendent SOS Racisme et Ni putes ni soumises, c’est tout. Je trouve humiliant pour les associations présentes ce jour-là de dire qu’elles ne sont pas représentatives des quartiers. Les associations qui affirment ce genre de chose sont présomptueuses de penser qu’elles sont les seules associations représentatives.

Pourquoi AC-Le Feu n’était-elle pas présente autour de la table ?

Un premier échantillon d’associations a été convié. D’autres le seront lors des prochaines réunions, la porte n’est fermée à personne. Quant à AC-Le Feu, elle était dans la liste que j’ai proposé au ministère, mais celui-ci ne l’a pas invitée.

Faut-il passer pas un filtre pour participer à ce type de table ronde ?

Bah, on ne va pas inviter des associations de terroristes !

Vous n’inviteriez pas des associations confessionnelles musulmanes, qui, quoi qu’on pense d’elles, ont un impact dans certains quartiers ?

Moi, quand je parle d’associations de quartier, je parle d’associations qui portent des projets sur le terrain au quotidien, qui apportent du lien social.

Ce que font certaines associations liées à des mosquées.

Non, c’est autre chose, nous sommes là dans un autre domaine. Je préfère avoir affaire à des associations républicaines et laïques. Le débat « jeunes-police » n’a rien à voir avec la religion. Et l’on sait ce que cela donne quand on mélange les choses.

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez entendu les propos sur les Arabes, tenus par Brice Hortefeux à l’université d’été des jeunes UMP ?

Je me suis dis que c’était extrêmement maladroit. Ensuite, je n’ai pas compris l’ampleur de la polémique créée par ces propos, alors que quelque chose de plus grave à mon sens s’était passé au même moment, à savoir le suicide de Stéphanie, employée à France Télécom. Chacun a sa hiérarchie des valeurs. Me concernant, j’ai été plus touchée par ce suicide que par les propos de Brice Hortefeux. Je me suis demandé ce qu’il se passait dans mon pays pour que l’on inverse à ce point les valeurs.

Souvent, vous avez rattrapé le coup avec Brice Hortefeux, en disant que c’était un bon type.

Mesurez quand même vos propos, ne dites pas que j’ai rattrapé le coup. Lorsqu’il a dit, par exemple, que lui et moi, on est compatriotes tous les deux même si ça ne se voit pas, on lui avait intenté le même procès en racisme qu’aujourd’hui et une même polémique stérile s’en était suivie. J’avais trouvé insultant que l’on puisse penser que j’acceptais des insultes sans réagir.

Dans la vidéo où le ministre de l’intérieur dit la phrase « Quand il y en a un ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes », on entend par ailleurs toutes sortes de stéréotypes au sujet des Arabes. Est-ce grave ou pas ?

Ecoutez, je pense que la dame qu’on entend dans la vidéo a des propos racistes. Oui, cela m’a dérangée. Ce qui m’a choqué, c’est que la polémique se focalise sur Brice Hortefeux et non pas sur cette dame.

Des drames, impliquant des individus et la police, se sont produits cet été dans des quartiers populaires : un retraité mort à Argenteuil au cours d’un contrôle de police ; un mort en garde-à-vue à Firminy ; un jeune garçon pris en filature par la police qui se tue à moto à Bagnolet… Est-ce là une problématique qui entre dans le cadre de votre action pour l'amélioration des conditions de vie dans les quartiers en difficulté ?

Cela concerne l’ensemble du gouvernement. Vous croyez que l’on est insensible à cela ? Je vous rappelle que dans les années 80, c’était plus grave que ça. Cela dit, je refuse que lorsque ça pète dans les quartiers, on fasse l’amalgame entre la politique de la ville et le reste. Là, ça relève de l’ordre publique et il faut la sécurité dans les quartiers d’abord. Nous ne pouvons rien construire quand c’est le désordre, il faut d’abord rétablir l’ordre. Aussi, je refuse que l’on mette dans le même sac, les groupes mafieux, l’économie parallèle et le reste des habitants.

Propos recueillis par Aladine Zaiane et Antoine Menusier

VIDEO EN + : des habitants de la banlieue jugent Fadela Amara.

www.dailymotion.com/video/xalmm0_reactio...de-fadela-amara_news

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