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09 Jui 2009 17:07 #26471 par kredence
Air Algérie n’a pas les moyens d’être partout dans le monde

Abdelwahid Bouabdallah, P-DG d’Air Algérie : «Maintenir deux compagnies aériennes publiques de petite taille est une mauvaise solution»

Le programme de filialisation des services d’Air Algérie connaît un ralentissement. Quelles en sont les raisons ? Existe-il un plan de restructuration ?

Le projet de filialisation que j’ai découvert à mon arrivée à la tête de la compagnie ne m’a pas paru fondé sur une stratégie claire pour le développement de nos activités. Les réflexions que nous avons menées depuis nous ont permis d’avancer des propositions de restructuration qu devaient assurer plus solidement la compétitivité de nos différentes activités. Nous allons, ainsi, filialiser les activités fret et catering en nous associant avec des partenaires internationaux, leaders dans leurs métiers. Nous allons, aussi, autonomiser les activités maintenance et handling pour les transformer en centres de profit de façon à rentabiliser les infrastructures disponibles. Ce programme devrait être lancé dès la fin de l’année en cours.

L’ouverture du ciel algérien est programmée pour cette année. Quelle stratégie Air Algérie compte-t-elle adopter pour faire face à une concurrence qui s’annonce rude ?

En réalité, sur cette question d’ouverture du ciel algérien, il faut distinguer deux choses. S’agissant du marché international, le ciel algérien a toujours été ouvert et la compétition a toujours été la règle, dans la limite des accords intergouvernementaux qui décident de l’entrée sur le marché des compagnies qui desservent les pays concernés. A ce qu’on appelle aujourd’hui les accords Open Sky, il s’agit tout simplement d’une ouverture plus large du marché international à un plus grand nombre de compagnies. Concernant Air Algérie, nous avons toujours été en concurrence avec les compagnies étrangères qui desservent l’Algérie. Dans la situation actuelle, nous ne pensons pas que beaucoup d’autres compagnies aériennes vont venir en masse sur ce marché. Du moins pas dans l’avenir proche. En revanche, lorsque le tourisme vers l’Algérie aura décollé, il est probable que cela incite d’autres compagnie à venir prendre des parts du marché.

S’agissant du marché domestique, vous savez sûrement que la politique nationale de soutien des tarifs ne permet pas d’opérer les lignes intérieurs de façon rentable. Et je ne pense pas que demain le gouvernement soit prêt à compenser les pertes de compagnies privées pour opérer sur le marché intérieur, comme il fait aujourd’hui avec Air Algérie.

Comme vous le voyez, sur l’international, Air Algérie a toujours été en compétition avec les compagnies étrangères. Elle continuera à faire des efforts pour augmenter ses parts de marché. Et pour cela, il n’y a pas de secret : il faut améliorer sans cesse notre rentabilité, augmenter notre qualité de service et être plus agressifs en termes de marketing et d’utilisation des nouvelles technologies. C’est là le sens des efforts sur lesquels j’axe mes principales actions à la tête de la compagnie.

A ce propos, vous avez dénoncé les mauvais choix stratégiques de Tassili Airlines depuis sa création et suggérer l’intégration de cette dernière au sein du pavillon national. Acheminons-nous vers la récupération de cette entité dans le giron d’Air Algérie ?

Je vous remercie de m’interroger sur ce sujet car les propos que l’on m’a attribués concernant ce que j’ai pu dire à propos de Tassili Airlines ont été gravement déformés. Vous me donnez donc l’occasion de rectifier les choses à travers La Nouvelle République. En premier lieu, je veux affirmer avec force que je n’ai jamais voulu attaquer le management de Tassili Airlines. Du reste, je connais bien l’actuel P-DG de Tassili Airlines. Comme je connais ses compétences de gestionnaire expérimenté et talentueux.

Mon propos visait le fait qu’un pays comme l’Algérie n’a pas les moyens de se payer deux compagnies aériennes publiques. Déjà dans des pays nettement plus développés économiquement, la tendance est nette vers la concentration des opérateurs publics. On l’a vu, en Angleterre, la fusion de la BOAC et de la BEA rejointes par la suite par British Caledonian, pour former aujourd’hui British Airways.

On a, aussi, le cas de la France qui a d’abord vu fusionner Air France et Air Inter rejointes par la suite par la Poste Aérienne pour créer le groupe Air France. Cela résulte d’une logique économique simple : pour être rentable, il faut être gros. Il faut, en effet, mieux rentabiliser les infrastructures fixes pour pouvoir être compétitif. C’est pour cela que dans la situation actuelle dans notre pays, j’ai pu parler de gaspillage de moyens et non pas de «dilapidation des deniers publics» comme certains journalistes l’ont malencontreusement rapporté.

Ceux parmi vos lecteurs qui s’intéressent au transport aérien devraient savoir qu’aussi bien Tassili Airlines qu’Air Algérie sont des naines comparées à la plupart des compagnies aériennes présentes dans notre zone géographique. Si nous voulons - et nous devons - améliorer chacun notre compétitivité, nous devons augmenter notre périmètre. Dès lors, pour notre actionnaire commun - l’Etat algérien - il devient évident que maintenir dans son portefeuille deux compagnies aériennes de petite taille est la plus mauvaise des solutions.

Au contraire, les regrouper au sein d’une même entité présente des avantages évidents et immédiats : meilleure rentabilité des infrastructures au sol (maintenance, handling…) accroissement du pouvoir de négociation auprès des fournisseurs dans l’acquisition de nouveaux appareils, rationalisation de la flotte, etc. Je suis sûr que les pouvoirs publics sont sensibles à la question et qu’ils pourront, le moment venu, prendre les décisions utiles aussi bien pour Tassili Airlines que pour Air Algérie, pour nos clients et pour l’économie algérienne en général.

Tassili Airlines s’est développée sur les bases de l’ex-Direction du travail aérien d’Air Algérie (DTA). Air Algérie compte-t-elle relancer cette activité d’autant que le marché est demandeur de tels services ?

Comme cette activité a échappé à Air Algérie pendant plusieurs années, la compagnie n’a pas d’évaluation précise de ce marché particulier. Ce n’est donc qu’après une appréciation suffisante des potentialités du marché des services aériens et de l’évolution de la compétition qui existe déjà qu’Air Algérie pourra élaborer une stratégie pour développer cette activité.

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09 Jui 2009 17:08 #26472 par kredence
Réponse de kredence sur le sujet 2eme et derniere partie
Air Algérie a toujours inclus dans sa stratégie de faire de l’aéroport international Houari-Boumediene un hub régional. Où en est-on ?

La mise en place de hubs est une tendance naturelle dans le transport aérien aujourd’hui. Ses avantages sont évidents. Pour Air Algérie qui pourra réduire considérablement ses coûts en concentrant à Alger une grande partie de ses vols internationaux, pour les clients qui auront plus de possibilités de vols vers les destinations internationales, pour les services aéroportuaires et aéronautiques qui n’auront pas à disperser leurs moyens techniques et humains sur un grand nombre d’aéroports.

Toutefois, la décision d’ériger l’aéroport Houari-Boumediene en hub n’incombe pas seulement à Air Algérie. Cela suppose, en effet, qu’on assure une efficacité et une fluidité acceptable dans les diverses facilités au sol : contrôles douanes et sécurité, salles de transit, hôtels à proximité et, par-dessus tout, des liaisons rapides et sûres entre l’aéroport et la ville d’Alger. Vous comprendrez, ainsi, que l’intervention des pouvoirs publics est essentielle pour que l’aéroport Houari-Boumediene puisse être érigé en véritable hub.

Air Algérie multiple les nouvelles dessertes et paraît vouloir s’étendre à toutes les parties du monde. Quels sont les objectifs que la compagnie compte atteindre à long terme ?

Rassurez-vous, Air Algérie n’a ni la volonté ni les moyens d’aller partout dans le monde! Comparé à la plupart des compagnies nationales, nous avons le réseau long courrier le moins étendu. Pour l’instant, nous n’avons que la liaison Alger-Montréal, ouverte en 2007, et celle d’Alger-Pékin que nous avons inaugurée au mois de février dernier. Ces deux liaisons fonctionnent aujourd’hui selon nos prévisions, ce qui justifie les évaluations de rentabilité que nous avions faites avant de les lancer. Et ce sera toujours le cas pour l’ouverture de nouvelles lignes : nous le ferons que si nous estimons avoir des possibilités réelles de les opérer dans des conditions économiques suffisantes. A cet égard, nous comptons ouvrir d’ici 2010 la liaison Alger-New York et par la suite Alger-Shanghai.

Certaines compagnies étrangères pratiquent des baisses de tarifs sur certaines destinations à forte affluence. Cela obéit-il aux lois sur la concurrence en vigueur dans notre pays ?

Je le rappelais à l’instant en abordant l’international : c’est la loi du marché libre qui régit les tarifs. Du reste, Air Algérie, aussi, offre régulièrement des tarifs avantageux sur certaines destinations et pendant des périodes particulières de l’année. Et les offres d’Air Algérie sont souvent très compétitives par r apport à ce que donnent les compagnies étrangères auxquelles vous faites allusion. Par exemple, nous venons de décider de tarifs et autres avantages extrêmement intéressants au bénéfice des Algériens émigrés qui empruntent nos lignes internationales.

Pensez-vous que la mise en place d’une autorité de régulation est nécessaires, à l’instar du secteur des télécommunications entre autres, pour garantir un environnement économique sain et éviter des pratiques anticoncurrentielles comme le dumping?

Dans la plupart des pays, cette autorité existe depuis pratiquement le début du transport aérien commercial. En Algérie, c’est la Direction générale de l’aviation civile au niveau du ministère des Transports, la DGAC, aux Etats-Unis d’Amérique, c’est la FAA. Ce sont ces institutions qui sont chargées de réguler le marché des transports aériens ainsi que sa sécurité ; ce sont elles qui négocient et concluent les accords aériens intergouvernementaux que j’évoquais tout à l’heure. Il est donc inutile de créer d’autres organes pour cela.

Air Algérie a annoncé une prise de participation dans des compagnies aériennes africaines. Cela signifie-t-il que la compagnie aspire à devenir un pôle régional majeur dans le domaine du transport aérien et de l’aéronautique ?

Alors que, dans les années 1970, Air Algérie était fortement présente dans les pays de l’Afrique de l’Ouest, sa place, aujourd’hui, sur ce marché s’est beaucoup réduite. Pour diverses raisons, nous avons abandonné ce marché à d’autres compagnies, comme Royal Air Maroc, par exemple. Or, autant l’histoire de la compagnie que la situation géostratégique de l’Algérie devaient au contraire nous inciter à avoir une vraie politique de développement du marché d’Air Algérie dans le continent africain. Pour cela, plusieurs stratégies peuvent être considérées, parmi lesquelles, la prise de participation dans des compagnies africaines existantes. Air Algérie reste donc très attentive aux possibilités qui peuvent s’offrir sur ce marché en termes d’alliances diverses avec les compagnies locales.

Par Mohamed-Cherif Drifi, la nouvelle republique

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09 Jui 2009 17:39 #26473 par kredence
Hakim Traïdia, humoriste algérien établi aux Pays-Bas

«Les croyances fondamentalistes envahissent le monde»

Rencontré à la veille des élections européennes, l'humoriste algérien installé en Hollande, Hakim Traïdia a bien voulu aborder, pour nos lecteurs, cette question sensible et d'actualité qu'est la montée de l'extrême droite aux Pays-Bas.

Cette figure médiatique d'origine maghrébine nous raconte ici notamment sa rencontre avec le leader populiste néerlandais, Geert de Wilders .

Le Temps d'Algérie : Vous effectuez actuellement un reportage sur l'islam et la réconciliation en Algérie pour le compte d'une télé néerlandaise. Est-ce la montée en puissance du populisme en Hollande qui est à la base de votre travail ?

Hakim Traïdia : non, pas du tout ! Je dois dire que je fais ce reportage d'abord dans le cadre d'une série pour une télévision communautaire et multiculturelle néerlandaise.

J'ai déjà eu, ainsi, à mener le même travail au Surinam, (une ancienne colonie néerlandaise en Amérique du Sud. ndlr) où j'avais rencontré notamment des musulmans d'origine indienne. L'escale d'Alger sera retranscrite et diffusée prochainement dans un documentaire d'une durée de 17 minutes…

Ce ne serait pas, par hasard, une réponse à Fitna, le film de propagande et pamphlet anti- islam de Geert de Wilders ?

En partie seulement. Puisque dans mon reportage, interviennent d'éminents professeurs d'universités, des élus, des imams, des intellectuels pour qui, la plupart, le mot islam signifie d'abord et avant tout, «paix». Indirectement, mes interlocuteurs portent en effet l'estocade à de Wilders puisqu'ils démontrent, tous et chacun à sa manière, que l'islamophobie n'est qu'une agression fondée sur l'incapacité à comprendre l'autre et sur l'échec à accepter la différence.

Il ne s'agissait pas pour moi de donner, outre mesure, du crédit aux élucubrations de Wilders.

D'ailleurs, tous les pays musulmans ont superbement ignoré son court métrage diffusé uniquement sur le site de son parti et sur Youtube.

Le contenu grossier de ce film sur l'islam n'aura suscité qu'indifférence dans le monde musulman.

Il semblerait que les appels à la raison du gouvernement néerlandais aient été entendus.

Vous êtes souvent présenté comme un exemple de l'intégration «à la néerlandaise». Avez-vous été interpellé à ce sujet ?

Oui, bien sûr ! A sa sortie, on me demandait souvent : «Hakim, t'as vu le film ?». Je répondais laconiquement : «Non, j'ai lu le livre, il est plus intéressant !» en faisant allusion au Coran pour lequel De Wilders exige l'interdiction.

Avez-vous déjà rencontré personnellement Geert de Wilders ?

Oui, tout à fait !

Parlez-nous-en, s'il vous plaît.

J'animais, il y a deux ans, pour le compte d'une rubrique culturelle d'une télé une série d'émissions où l'on faisait essentiellement des portraits de personnalités néerlandaises.

Mon rôle consistait à mettre un zeste de fantaisie et un grain d'humour dans cette émission de divertissement très suivie en Hollande.

Lors d'une campagne électorale locale, nous avions sollicité pour un entretien Geert de Wilders.

La production avait pris attache, à cet effet, avec son porte parole dont la réponse négative fut plutôt cinglante. Jugez-en : «Ah oui, Hakim Traïdia ?

C'est le clown de la télé multiculturelle. Non, désolé, on n'en veut pas !».

Quelque temps après, nous étions en tournage à Groningen au nord de la Hollande à côté de la frontière allemande.

Et là nous avons croisé de Wilders, en personne. Il est grand de taille et il a les cheveux peroxydés, c'est-à-dire plus blonds que blonds.

En homme politique avisé, il semblait vouloir flirter avec la caméra.

C'est pourquoi nous l'avons abordé sans ambages : «Bonjour, Monsieur de Wilders. Si vous permettez, nous avons une question à vous poser :

"Avez-vous quelque chose contre les clowns ?".»

«Non» a-t-il répondu un peu surpris. Je lui alors asséné : «Moi si ! Je suis contre les clowns quand ils font de la politique !»

Il se fendit d'un rire gras en me déclarant : «Rassurez-vous, je vous respecte !».

Je lui ai répondu, «Oui, c'est réciproque : je me respecte moi-même». (rires)

Concernant les propos de son «porte-parole», il les démentira aussi sec :

«Ce ne sont pas mes paroles !».

Il faut savoir, par ailleurs, que son parti, le PVV n'est pas un parti politique comme les autres car on ne peut pas en devenir membre sans son accord personnel.

Je lui ai alors demandé si je pouvais, moi, en tant qu'étranger d'origine musulmane adhérer à son parti.

Il m'a répondu tout de go : «Oui, bien sûr !» avant de me présenter un alibi qu'il avait sous la main :

une jolie Chinoise, une militante de son parti qui tente alors de m'expliquer vainement le bien fondé des thèses de son parti que je trouve foncièrement racistes et résolument islamophobes.


A en croire, la forte médiatisation de de Wilders, on a l'impression que la Hollande n'est plus le havre de paix et de tolérance qu'on connaissait jadis. Quel est votre sentiment à ce sujet ?

Non, la Hollande n'est pas la France ! Mais, cela dit, il est indéniable que les musulmans connaissent aux Pays-Bas aussi différents niveaux de discrimination sur les plans de l'emploi, de l'éducation et du logement, et qu'ils sont victimes, eux aussi, de clichés et de préjugés négatifs et réducteurs.

Et s'il n'y a pas eu, jusqu'ici d'incidents notoires dirigés contre les musulmans en Hollande, la majorité des étrangers qui y vivent sont eux, disons-le franchement, plutôt bien intégrés.

Il y a certes une petite délinquance mais celle-ci ne prête pas à de grandes conséquences sur l'ordre public.

Cela dit, cette hostilité présumée à l'encontre des musulmans en Hollande doit être toujours perçu dans le contexte d'un climat général qui, on l'aura noté, est très peu favorable aux musulmans depuis un certain 11 septembre. D'ailleurs, depuis quelques années, les croyances fondamentalistes de toutes sortes envahissent le monde entier…

Ne pensez-vous pas que le terrorisme islamiste exacerbe largement les sentiments islamophobes ?

Absolument !

Récemment encore, on a eu une peur bleue d'apprendre que l'auteur de l'attentat, le chauffeur fou des cérémonies nationales en présence de la reine Béatrix ait été musulman.

Heureusement, ce ne fut pas le cas. On avait déjà eu la même frayeur lors de l'assassinat du leader populiste, Pim Fortuyn…

Pourquoi ?

Sinon ça aurait ravivé le «bûcher» de De Wilders qui brûle, notez-le, avec intensité depuis notamment l'assassinat
par un islamiste radical du réalisateur Théo Van Gogh, en novembre 2004.

Dites-nous, franchement : avez-vous peur personnellement de cette montée en puissance de l'extrême droite en Hollande ?

Non, à vrai dire, je n'ai aucune crainte à ce sujet. Je ne pense pas, que je puisse constituer en tant qu'Algérien une proie facile pour l'extrême droite. J'ai, aujourd'hui, un statut tel qu’il m'évite de nombreux désagréments.

Mais, il ne faut pas être dupe aussi. Je sais très bien que si je ne m'appelais pas Hakim Traïdia, je serais probablement discriminé autant que les autres. Il faut savoir, cela dit, que la cible favorite de De Wilders reste les Marocains qui constituent le plus fort contingent d'allochtones aux Pays-bas. Et je dois dire que je me sens entièrement solidaires avec mes frères marocains !

On dit que l'avènement du populisme banalise le phénomène de l'islamophobie en Hollande. Qu'en pensez-vous ?

Hélas, c'est vrai ! J'en suis venu moi-même à le caricaturer dans un personnage qui s'appelle Ahmed d'Orange, une sorte de «néo harki», un étranger assimilé hollandais et qui est devenu à la longue, plus royaliste que la «reine» (rires). Il est surtout xénophobe et raciste.

Quel est son programme ?

Eh ben… S'il est élu, Ahmed d'Orange refoulera tous les étrangers. C'est bien simple, il n'y aura plus d'étrangers en Hollande. Il n'y aura même plus de ministre des Affaires étrangères (rire).

Pour forcer le trait, j'en rajoute un peu : Ahmed d'Orange ne part jamais en vacances. Car quand il retourne dans son pays d'origine, il se sent, là-bas, comme un véritable étranger. Il en arrive à se détester lui-même ! (rires).

M-C. L.

www.letempsdz.com//index.php?option=com_...ew&id=17623&Itemid=1

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10 Jui 2009 14:02 #26474 par kredence
(vidéo) La féminisation du métier de journaliste en Algérie.

Entretien avec Salah Ziad,journaliste independant

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12 Jui 2009 13:39 #26475 par kredence
Entretien exclusif avec Tariq Ramadan.




Retranscription intégrale de l’entretien téléphonique accordé par Tariq Ramadan à Algerie-Focus.com

Algerie-Focus.com: Qu’avez-vous retenu du discours d’Obama adressé aux musulmans ?

Tariq Ramadan: Faire ce discours en Egypte, y parler de démocratie alors qu’effectivement ça n’est pas un régime démocratique, c’est déjà problématique. Ensuite sa justification de la guerre en Afghanistan est aussi problématique, parce que les civils en Afghanistan étaient des innocents, qui n’avaient rien à voir avec le 11 septembre. Sans compter, bien sur, la question palestinienne. Je trouve qu’il met beaucoup de choses sur le même pied, même s’il reconnaît la souffrance des palestiniens. C’est vrai qu’il y a des critiques à faire sur le plan de son analyse des perspectives de paix.

Obama prend clairement position pour la création d’un État Palestinien souverain. Pensez-vous qu’il s’agisse d’une volonté réelle ou d’un simple discours qui n’aura pas de suites, sachant que le lobby pro-israélien, hostile à cette solution de deux États, est très influent aux État-Unis ?

Ce qui est très important -et beaucoup l’on déjà dit- c’est ceci: les propos d’Obama sont intéressants, mais aura-t-il le courage d’aller jusqu’au bout ?

Dans un article que j’ai écrit juste après son discours, c’est exactement ce que je posais comme question: est-ce qu’il aura le courage et aussi la possibilité de mettre cela sur pied. On sait qu’un président n’est pas élu uniquement par la voix du peuple, mais aussi par le soutien financier et par le soutien d’un certain nombre de lobbies.

Par conséquent, il sera extrêmement difficile pour lui d’appliquer une politique qui soit tout simplement égalitaire entre les deux parties et qui respecte le droit des palestiniens. Il ne faut donc pas s’attendre, sur cette question là, et cela pendant son premier mandat présidentiel, à une révolution de la part d’Obama. Maintenant, encore une fois, il a parlé d’occupation, il parlé de la légitime reconnaissance de la souffrance des palestiniens… Il y a donc un certain nombre de choses au sujet desquelles le discours est nouveau. Tout le monde aujourd’hui se pose la question de savoir si celui-ci sera suivi par une politique cohérente, ou est-ce que ce sont juste des mots dans le but d’apaiser.

Justement, pourquoi l’administration Obama a-t-elle choisi ce discours d’apaisement et privilégie-t-elle la voie du dialogue ?

Je pense de toute façon qu’il est certain que du point de vue de son engagement et de son mandat, il veut se différencier de la politique de Bush. Il est certain aussi que les États-unis ont effectivement besoin d’un changement d’image dans le monde entier et dans le monde musulman plus particulièrement. Ce n’est pas simplement une question de discours, il y a aussi une volonté d’entrer en relation d’une façon différente et pas simplement avec le monde musulman, mais aussi avec l’occident et avec l’Europe. Obama a de toute façon adopté une position beaucoup plus multilatérale.

Obama a évoqué le droit des femmes à porter le voile islamique dans les pays non-islamiques, en insinuant au passage sa différence de point de vue avec Sarkozy sur cette question. Qu’en pensez-vous ?

Il est sûr implicitement il a fait référence à la France et à la décision d’interdire le foulard. C’est une formulation explicite de sa position différente de la France. Alors ce qui est intéressant, c’est que j’ai participé à une émission française samedi dernier, et que la seule chose qu’ils aient retenue, ou que l’on a voulu retenir, de toute l’heure qu’a duré le discours d’Obama, ce sont ces deux questions : l’Iran, comme s’il n’avait évoqué que l’Iran et puis la question du foulard.

Participait à cette émission l’ancienne présidente en France (Fadéla Amara ndrl) de l’association Ni putes ni Soumises, qui a déclaré que ce discours était une insulte au combat des femmes. Je trouve que c’est incroyable parce que Obama a dit deux choses : (1) que l’on ne peut pas, sous le couvert de la pensée libérale imposer aux femmes une façon de se vêtir et de penser, et (2) qu’elles doivent être libres de choisir.

C’est ce que moi j’ai toujours dit : il ne faut absolument pas que l’on impose le foulard, mais il faut aussi que l’on respecte le droit des femmes à le porter ; je suis donc contre le fait qu’on impose de le porter et contre le fait qu’on impose de l’enlever. Tout à coup on a l’impression qu’en France qu’il a dit quelque chose de tout à fait extraordinaire ! Tout le monde a salué ce discours de la dimension raisonnable, alors que c’est la position que j’ai toujours défendue et je continuerai à défendre.

Parmi les messages implicites que Obama a exprimé dans son discours, il y a son désir de voir les pays arabes adopter la démocratie pour que les peuples soient libres de porter au pouvoir les représentants qu’ils choisissent…

Sur le plan de la question démocratique là aussi, encore une fois, ne s’agit-il que de mots, ou est-ce vraiment une politique qui va changer. Il a parlé de démocratie dans un pays qui ne l’est pas (Égypte ndrl), il a fait une autre distinction, qui est très importante de mon point de vue, entre le principe de la démocratie et les modèles démocratiques. Mais l’appel à la démocratie est une bonne chose.

Les États-Unis ne sont pas, cependant, le meilleur exemple aujourd’hui de relations avec les régimes les plus démocratiques dans le monde arabo-musulman. Maintenant, il faut saluer le discours, mais nous attendons une vraie politique de promotion du processus de démocratisation dans le monde musulman.

Enfin, ce n’est pas Obama qui peut le faire. Et c’est la raison pour laquelle je dis qu’il faut prendre ce discours pour ce qu’il est : c’est à dire un message adressé aux sociétés majoritairement musulmanes, il ne faut pas s’attendre à plus. Je ne vois pas à brève échéance un changement politique de ce point de vue.

Un début de bras de fer oppose Obama à Israël sur l’Iran. Israël privélégie l’option militaire, alors qu’Obama cherche le dialogue diplomatique. Il n’est exclu qu’Israël passe à l’action pour mettre Obama devant le fait accompli…
Je crois que la dernière tentative d’Israël d’attaquer l’Iran date d’avant le départ de Bush. Je pense qu’il est assez clair qu’il est impossible pour Israël dans les circonstances actuelles de passer à l’offensive seul. En revanche, Israël évite systématiquement de parler du processus de paix et essaye toujours de dire que le danger dans la région est représenté par l’Iran. Même si Obama a exprimé son espérance de voir un monde sans arme nucléaire, le fait qu’il parle de l’Iran en ces termes peut laisser penser au double traitement dans la région… deux poids deux mesures.

La position d’Obama suit celle d’Israël sur le déplacement du centre de gravité de la question de l’arme nucléaire. Parce que le pays le plus dangereux de la région ce n’est pas l’Iran, c’est effectivement Israël, qui ne respecte rien et qui en plus possède l’arme nucléaire. Nous sommes entrain de parler de l’Iran, alors que l’on n’évoque même pas des 100 à 300 têtes nucléaires détenues par Israël.

Il faut être très prudent, Obama tend la main pour obtenir une discussion, et les iraniens ne sont pas naïfs, ils connaissent le poids des mots et le poids des lobbys aux États-Unis. Maintenant la vraie solution à la résolution des problèmes de la région reste la paix entre les palestiniens et les israéliens avec la reconnaissance des droits inaliénables du peuple palestinien.

Un Iran nucléaire c’est possible alors ?

Non, je pense que la position de l’Iran a évolué, même le guide Khameini a dit que l’arme nucléaire est anti-islamique. Moi même, je suis contre le nucléaire civil parce que je pense que ce n’est pas la bonne solution. Il ne faut pas continuer à entretenir le doute sur l’Iran. Le même doute a été entretenu pendant tellement longtemps avec les armes de destruction massive en l’Irak et finalement il n’y en avait pas, mais il y a eu une guerre. Je pense qu’aujourd’hui on fait jouer à l’Iran le rôle nécessaire de l’épouvantail.

Comment vous avez reçu la nouvelle du troisième mandat du Président algérien Abdelaziz Bouteflika ?

Je l’ai ma reçue, parce que je me suis battu pendant des années en citant l’exemple de l’Égypte et du Président Moubarak qui, tout les cinq ans change la Constitution. Il faut à un moment donné savoir partir, et quand on a fini son mandat, on l’a fini !
Mais être réélu et rester au pouvoir avec l’encouragement et la protection de l’armée, ce ne sont pas là des modèles de régimes démocratiques où il y a des transitions. De plus je ne crois pas que ce troisième mandat du président Bouteflika, ait été le résultat de la transparence démocratique qui est nécessaire à l’avenir de l’Algérie.

Et son projet d’amnistie générale ?

Tout cela doit se faire avec des règles et avec sagesse. Il est nécessaire à un moment donné de tourner la page, la question est de savoir comment on le fait. On ne sait pas qui fait quoi et qui a fait quoi, il y a des zones d’ombre. Je pense que le pardon et l’amnistie ne se font que dans la clarté et la transparence.

Il n’est pas possible, soit d’accuser et d’exécuter toute le monde, soit de pardonner à tout le monde. Pour moi aujourd’hui, ce sont de vraies questions sur lesquelles il aurait fallu se pencher et penser les étapes d’un processus qui rende la situation plus transparente et plus claire.

On ne pardonne pas dans le flou, on ne pardonne pas dans le silence, et on ne pardonne pas dans les ténèbres. Au moins il faudrait rendre la situation générale plus claire et, sans pouvoir tout révéler, mais au moins un minimum, pour permettre de savoir ce que l’on pardonne, et comment les choses peuvent se passer du point de vue civil, du point de vue politique et militaire. C’est comme si on avait traversé un trou noir de l’histoire algérienne et que tout à coup on ressorte de là en disant on pardonne tout et on recommence !

Quelle est votre position vis à vis de l’islam politique, par exemple celui qu’a connu l’Algérie avec le FIS (Front Islamique du Salut) ?

Concernant l’islam politique, ou ce que l’on appelle l’islamisme, encore une fois, il n’y a pas un seul modèle, mais plusieurs courants. Il y a des courants très dogmatiques, il y a des courants réformistes, il y a des courants plus démocratiques que d’autres. Le fait qu’on s’implique au nom de l’islam dans la politique ne disqualifie pas, ni ne qualifie de fait un courant. Il faut respecter les principes fondateurs d’un État de droit : la citoyenneté égalitaire, le suffrage universel, l’alternance et le respect des mandats, la séparation des pouvoirs, etc.

Il faut se mettre d’accord sur ces choses là. Si ce cadre est respecté, pendant et après le processus, et qu’on entre dans un débat de société, tout dépend ensuite de la façon dont on s’inscrit. Quand j’avais à l’époque entendu certaines thèses du FIS, j’avais été critique parce que j’estimais qu’elles étaient très problématiques quant à l’avenir politique et pluriel de l’Algérie.

Et qu’en est-il de la volonté de certains partis politiques d’obédience islamique quant à l’application de la Charia ?
Tout dépend de la façon dont on pense la Charia. Si dans l’application et dans la compréhension de la Charia. S’il s’agit du code pénal, de couper des mains et de s’en prendre à la dimension de la punition, là oui se serait très problématique. Maintenant, si la Charia c’est plus de justice sociale, de lutte contre la corruption, comme a pu l’appliquer par exemple le maire d’Istanbul, Erdogan, qui est devenu aujourd’hui Premier Ministre, là c’est autre chose.

Il faut arrêter de diaboliser les mots, mais il faut essayer de les définir. Donc il y a des gens qui les définiront de façon strictement répressive et coercitive, dans ce cas il faut bien entendu résister, il ne faut pas l’admettre. C’est une vision dogmatique qui est dangereuse. En revanche, j’ai croisé sur ma route des gens qui avaient une vision du rapport à la religion qui tenait beaucoup plus à la dimension sociale et qui aboutissait à une démarche politique. Encore une fois, il ne faut rien disqualifier. La liberté d’expression est nécessaire dans un État démocratique, c’est ce qui a fait que même en Europe, on trouve des mouvements de démocratie chrétienne et dans d’autres pays des théologiens de la libération.

Tout le monde n’a pas la même perception de ce qu’est la Charia. En Algérie, au nom du pouvoir, des mouvements qui étaient islamistes, que ce soit le FIS ou le Hamas algérien et même le mouvement de Jaballah, tous n’étaient pas d’accord ni sur la stratégie, ni parfois sur le contenu des mots, ni sur les finalités de l’action. A partir du moment où ils clarifient les termes qu’ils emploient et qu’ils disent exactement comment ils entrent dans le débat politique, sans imposer de dogmes, sans imposer au nom de la religion un cadre qu’ils rétrécissent, alors ils ont le droit à la parole dans une société démocratique.

Un mot pour conclure ?

J’espère le meilleur pour l’Algérie. Je sais que bientôt inch’Allah je pourrai vous rendre visite et sera avec un grand plaisir. Mais j’espère véritablement que l’Algérie tire profit quand même des ressources économiques très importantes à sa disposition et qu’elle obtienne vraiment un cadre social, humain et économique qui permette un minimum de bien-être. L’Algérie après toutes ces années de difficultés et de crises, pourrait jouer un rôle très très important dans le renouveau de l’Afrique du Nord.

Allez-vous rencontrer des responsables politiques algériens lors de votre visite ?

Ce n’est pas à l’ordre du jour, mais certains en ont émis le souhait et donc j’étudierai la question au moment de me préparer ma visite.

Qui souhaitent vous rencontrer, les hommes politiques au pouvoir ou ceux dans l’opposition ?

Ma politique, de toute façon, est de ne jamais rencontrer que ceux du pouvoir ou que ceux de l’opposition. Ma politique est de rencontrer tous les acteurs du débat ouvert.

Interview réalisée par Fayçal Anseur pour Algerie-Focus.com


Tariq Ramadan a fait ses études à l’Université de Genève (Littérature Française Philosophie) et est docteur ès Lettres en Islamologie-Arabe. Il a poursuivi et approfondi ses études en Sciences islamiques au Caire (1992, 1993).

Il a été nommé Professeur d’islamologie au Classic Department de l’Université de Notre Dame (USA, Indiana) et Luce Professor au Kroc Institute (Religion, conflits et Promotion de la Paix) Il est engagé depuis plusieurs années dans le débat concernant l’islam en Europe et dans le monde. Expert/membre Expert consultant dans diverses commissions attachées au Parlement de Bruxelles. Il participe à divers groupes de travail internationaux se rapportant à l’Islam, au dialogue interreligieux et plus largement au développement et aux questions sociales.

Professeur d’islamologie (Faculté de Théologie à Oxford), il est également Professeur invité (en charge de la chaire : Identité et Citoyenneté) à l’université d’Erasmus (Pays Bas)

Il est actuellement Senior Research Fellow à l’université d’Oxford (St Antony’s College), à l’université de Doshisha (Kyoto, Japon) et à la Lokahi Foundation (Londres)

En novembre 2007 il a renoncé à occuper la Chaire d’Etudes Islamiques que l’université de Leiden lui avait offert (oct. 2007)

Il est également Président de l’organisation (groupe de réflexion et d’action) European Muslim Network (EMN) à Bruxelles.

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