Hafidh Derradji Beaucoup de chaînes mais peu de télé

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09 Jan 2013 18:48 #134596 par romance
Hafid Derradji, commentateur sportif sur Al Jazeera Sport, rejoint l’équipe de TSA pour commenter l’actualité. Retrouvez?le chaque lundi sur notre site.


Ceux qui suivent les programmes des chaînes publiques nationales et des télévisions algériennes privées apparues successivement durant ces derniers mois ont constaté à quel point leur situation est déplorable et catastrophique. De même qu’ils ont constaté la naissance difficile de chaînes qui pourraient nuire à l’Algérie et à son paysage médiatique plus qu’elles ne le serviraient dans un contexte de déclin des prestations des chaînes de télévision publiques, d’absence de cadre juridique, de manque de professionnels, de faiblesse de la production ainsi que d’insuffisance de ressources financières pour les chaînes privées.

Cette situation nous amène à parler du pluralisme médiatique d’un point de vue purement quantitatif, loin des critères des télévisions respectables dans le fond et dans la forme. D’autant que l’horizon incertain et le sombre avenir qui s’annonce n’augurent rien de bon, nous faisant même entrevoir un nouvel échec, comparable à celui de la presse écrite.

En effet, au début des années 1990 sont apparus des dizaines de titres, dont la plupart ont échoué, mis à part une minorité, qui a pu subsister. Tout cela suscite des interrogations sur la situation des nouvelles chaînes. Comment sont?elles apparues ? Pourquoi ? Qu’ont?elles offert ? Quel est leur statut juridique ? Où vont les mener le rythme suivi et les contenus présentés ?

Si la responsabilité de la situation désespérée des chaînes nationales incombe au gouvernement de par sa négligence et en raison du manque de ressources, de l’incompétence des dirigeants et des producteurs, force est de constater que les quelques nouvelles chaînes privées ne diffèrent pas complètement, en forme et en substance, de "l’Unique", de "l’Orpheline". Les raisons en sont l’absence de vision stratégique des cadres, des dirigeants et même des professionnels qualifiés, le manque de ressources et de publicité, la faible production en plus de l’absence de volonté politique. Tout cela, ajouté à un cadre juridique inexistant – on n’en verra pas le jour avant la prochaine élection présidentielle –, laisse ces chaînes à la merci du candidat du consensus avec lequel l’État engagera des négociations pour exercer sa mainmise sur ces télévisions auxquelles il assurera la légitimité juridique, la complaisance, les ressources et la publicité !

La situation restera telle quelle jusqu’après l’élection présidentielle, sans doute même bien au?delà. Mais à ce stade, il sera trop tard et le spectateur aura eu à satiété sa dose de médiocrité et de désespoir, à tel point qu’il aura en aversion ces chaînes dont il attendait beaucoup et en lesquelles il espérait trouver un défouloir pour compenser cinquante années de privations. Cela le poussera à fuir ainsi vers des chaînes arabes et occidentales, à consommer leur culture, leur pensée et leur vision de l’établissement d’un projet communautaire.

Dire cela après cinquante années d’indépendance et à l’aube du troisième millénaire, à l’ère des moyens de communication modernes qui ont fait du monde un petit village, c’est exprimer notre préoccupation d’avoir notre place dans le paysage médiatique arabe, place qui correspondra au moins à la dimension d’un pays comme l’Algérie. Nous ne voulons en aucun cas rabaisser la volonté et l’optimisme des propriétaires de chaînes qui peuvent être fiers de les avoir créées à partir de rien, qui ont relevé tous les défis et surmonté les multiples difficultés juridiques, techniques, artistiques et médiatiques. L’Histoire témoignera que le succès de leur entreprise aurait pu être assuré si toutes les conditions légales, professionnelles et matérielles avaient été réunies en temps voulu, ce qui nous aurait amené à discuter du contenu et des projets au lieu de parler d’un cahier des charges et d’autres futilités.

Parler des chaînes privées ainsi que des conditions difficiles de leur lancement ne nous fait pas oublier le profond marasme dans lequel ont sombré les chaînes de télévision publiques algériennes, avec des conséquences désastreuses sur le paysage médiatique, selon un processus qui semble planifié et voulu de la part d’une bande de perdants qui en tireraient profit en brisant l’un des symboles de la souveraineté nationale pour lequel se sont sacrifiés tant d’hommes et de femmes. Un symbole qui était au rendez?vous aux côtés de l’État et du peuple dans les bons et les mauvais moments, tout au long de l’Histoire, un symbole dont sont issus des cadres qui ont réalisé des miracles à l’étranger ainsi que d’autres qui, malgré les complots, les machinations, la négligence, l’indifférence et l’inconscience, demeurent inébranlables et fermes dans leur conviction de l’importance de la télévision nationale et du service public.


TSA

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