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Les maoïstes sont considérés comme la plus grande menace pesant sur l'Inde
- Jalal
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06 Avr 2010 22:50 #51723
par Jalal
LEMONDE.FR | 06.04.10 | 19h36 • Mis à jour le 06.04.10 | 19h36
Olivier Guillard, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques :
"Les maoïstes sont considérés comme la plus grande menace pesant sur l'Inde"
Des rebelles maoïstes ont tué 75 membres des forces de l'ordre indiennes lors d'une attaque dans la jungle, mardi 6 avril. Il s'agit du pire "massacre" perpétré par les "terroristes rouges", selon le gouvernement indien. Né en 1967, ce mouvement, qui prospère dans les zones les plus déshéritées du pays, n'a cessé de se développer ces dernières années, comme l'explique Olivier Guillard, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques.
Les rebelles maoïstes indiens existent depuis une quarantaine d'années. Qui sont-ils et quel est l'objet de leur lutte ?
L'Inde a redécouvert il y a seulement quatre ou cinq ans qu'elle n'était pas seulement guettée par des menaces extérieures (relation avec le Pakistan, mouvements terroristes, etc.) mais qu'un véritable péril intérieur menaçait son développement et son unité dans certaines régions : les maoïstes. On les appelle également les naxalistes en référence au village de Naxalbari, dans le Bengale-Occidental, à partir duquel ils se sont développés. Le gouvernement indien prend désormais ce mouvement très au sérieux et le premier ministre, Manmohan Singh, a récemment déclaré qu'il s'agissait de la plus grande menace pesant sur le pays.
Ces maoïstes se développent depuis les années 60-70 sur le mécontentement des plus déshérités vivant dans les zones les moins développées. Ces populations – paysans sans terre, populations tribales – sont peu pris en compte par le pouvoir central : les maoïstes leur ont proposé de muscler leur discours afin de faire entendre leur cause. Ils sont devenus les champions des sans-voix.
Sur quoi prospère ce mécontentement ?
Il est difficile de beaucoup demander aux autorités indiennes, car c'est un pays émergent qui a encore d'importantes carences en termes d'infrastructures, de ressources humaines. L'Inde reste un pays en voie de développement aux deux tiers rural. C'est dans les zones les moins touchées par le développement que le creuset maoïste est le plus fertile.
S'ajoute à cela des ressources minérales considérables dans certaines de ces régions. Ces ressources sont exploitées par de grandes compagnies indiennes mais les populations locales n'en profitent pas, quand elles ne sont pas purement et simplement expropriées. Les maoïstes, qui sont plutôt athées, ont également tendance à séduire ceux qui se trouvent à l'extrémité la plus basse de l'architecture religieuse : les basses castes, les sans castes et les intouchables.
Quel est leur poid dans le pays ?
Ils sont aujourd'hui présents dans une vingtaine d'Etats sur trente-cinq et dans près de deux cents districts sur 640. Ils y ont développé leur propre administration parallèle, avec collection d'impôt révolutionnaire, écoles et tribunaux maoïstes. C'est parfois assez surréaliste. Il y a un fort sentiment d'injustice dans les zones où l'autorité de l'Etat est faible : les tribunaux maoïstes jugent les différends de façon rapide et plutôt en faveur des plus pauvres. Ce discours est discutable, mais ça marche. Ils comptent aujourd'hui entre 10 000 et 20 000 combattants et se sentent assez forts pour défier l'Etat.
Ils profitent en outre du "modèle" de leurs cousins du Népal. Entre 1996 et 2006, les maoïstes népalais ont mené une insurrection comparable à ce qui se passe en Inde qui a fait entre 10 000 et 15 000 morts. Cette rébellion a réussi à porter les maoïstes au pouvoir. Cette réussite militaire puis politique a inspiré les maoïstes indiens et les échanges entre les deux mouvements sont réguliers.
Cette attaque est la plus meurtrière visant les forces de l'ordre depuis des décennies. Est-ce le signe que le mouvement s'est renforcé ces dernières années ?
En Inde, tout met du temps à se mettre en place, on est dans l'excès de réflexion. Le mouvement maoïste n'est officiellement considéré par le gouvernement comme un mouvement terroriste que depuis une ou deux semaines. Il a fallu attendre la 2 500e victime. Fin 2009, le gouvernement a lancé une opération militaire, baptisée "chasse verte". Mais ces dernières années, ce sont les maoïstes qui ont le plus rationalisé leur démarche. Ils ont mis en place des protocoles d'attaque souvent couronnés de succès.
Ils se sont professionnalisés grâce notamment à l'expertise de leurs cousins népalais. Les troupes indiennes de l'opération "chasse verte" sont au contraire sous équipées et mal formées. L'attaque dont elles ont été victimes est éloquente : les 80 soldats rentraient d'une patrouille de quatre jours dans la jungle sous 40 degrés. Ils étaient exténués, et les naxalistes qui leur ont tendu une embuscade étaient plusieurs centaines...
www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/20...6.html#xtor=RSS-3208
Olivier Guillard, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques :
"Les maoïstes sont considérés comme la plus grande menace pesant sur l'Inde"
Des rebelles maoïstes ont tué 75 membres des forces de l'ordre indiennes lors d'une attaque dans la jungle, mardi 6 avril. Il s'agit du pire "massacre" perpétré par les "terroristes rouges", selon le gouvernement indien. Né en 1967, ce mouvement, qui prospère dans les zones les plus déshéritées du pays, n'a cessé de se développer ces dernières années, comme l'explique Olivier Guillard, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques.
Les rebelles maoïstes indiens existent depuis une quarantaine d'années. Qui sont-ils et quel est l'objet de leur lutte ?
L'Inde a redécouvert il y a seulement quatre ou cinq ans qu'elle n'était pas seulement guettée par des menaces extérieures (relation avec le Pakistan, mouvements terroristes, etc.) mais qu'un véritable péril intérieur menaçait son développement et son unité dans certaines régions : les maoïstes. On les appelle également les naxalistes en référence au village de Naxalbari, dans le Bengale-Occidental, à partir duquel ils se sont développés. Le gouvernement indien prend désormais ce mouvement très au sérieux et le premier ministre, Manmohan Singh, a récemment déclaré qu'il s'agissait de la plus grande menace pesant sur le pays.
Ces maoïstes se développent depuis les années 60-70 sur le mécontentement des plus déshérités vivant dans les zones les moins développées. Ces populations – paysans sans terre, populations tribales – sont peu pris en compte par le pouvoir central : les maoïstes leur ont proposé de muscler leur discours afin de faire entendre leur cause. Ils sont devenus les champions des sans-voix.
Sur quoi prospère ce mécontentement ?
Il est difficile de beaucoup demander aux autorités indiennes, car c'est un pays émergent qui a encore d'importantes carences en termes d'infrastructures, de ressources humaines. L'Inde reste un pays en voie de développement aux deux tiers rural. C'est dans les zones les moins touchées par le développement que le creuset maoïste est le plus fertile.
S'ajoute à cela des ressources minérales considérables dans certaines de ces régions. Ces ressources sont exploitées par de grandes compagnies indiennes mais les populations locales n'en profitent pas, quand elles ne sont pas purement et simplement expropriées. Les maoïstes, qui sont plutôt athées, ont également tendance à séduire ceux qui se trouvent à l'extrémité la plus basse de l'architecture religieuse : les basses castes, les sans castes et les intouchables.
Quel est leur poid dans le pays ?
Ils sont aujourd'hui présents dans une vingtaine d'Etats sur trente-cinq et dans près de deux cents districts sur 640. Ils y ont développé leur propre administration parallèle, avec collection d'impôt révolutionnaire, écoles et tribunaux maoïstes. C'est parfois assez surréaliste. Il y a un fort sentiment d'injustice dans les zones où l'autorité de l'Etat est faible : les tribunaux maoïstes jugent les différends de façon rapide et plutôt en faveur des plus pauvres. Ce discours est discutable, mais ça marche. Ils comptent aujourd'hui entre 10 000 et 20 000 combattants et se sentent assez forts pour défier l'Etat.
Ils profitent en outre du "modèle" de leurs cousins du Népal. Entre 1996 et 2006, les maoïstes népalais ont mené une insurrection comparable à ce qui se passe en Inde qui a fait entre 10 000 et 15 000 morts. Cette rébellion a réussi à porter les maoïstes au pouvoir. Cette réussite militaire puis politique a inspiré les maoïstes indiens et les échanges entre les deux mouvements sont réguliers.
Cette attaque est la plus meurtrière visant les forces de l'ordre depuis des décennies. Est-ce le signe que le mouvement s'est renforcé ces dernières années ?
En Inde, tout met du temps à se mettre en place, on est dans l'excès de réflexion. Le mouvement maoïste n'est officiellement considéré par le gouvernement comme un mouvement terroriste que depuis une ou deux semaines. Il a fallu attendre la 2 500e victime. Fin 2009, le gouvernement a lancé une opération militaire, baptisée "chasse verte". Mais ces dernières années, ce sont les maoïstes qui ont le plus rationalisé leur démarche. Ils ont mis en place des protocoles d'attaque souvent couronnés de succès.
Ils se sont professionnalisés grâce notamment à l'expertise de leurs cousins népalais. Les troupes indiennes de l'opération "chasse verte" sont au contraire sous équipées et mal formées. L'attaque dont elles ont été victimes est éloquente : les 80 soldats rentraient d'une patrouille de quatre jours dans la jungle sous 40 degrés. Ils étaient exténués, et les naxalistes qui leur ont tendu une embuscade étaient plusieurs centaines...
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