Yoani Sánchez : profession ? « Dissidente » (3)

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03 Mar 2010 03:00 #48915 par Jalal
Un autre aspect est surprenant. Le site qui héberge le blog de Sánchez dispose d’une largeur de bande qui est 60 fois supérieure à celle que dispose Cuba pour tous ses utilisateurs d’Internet ! D’autres questions surgissent inévitablement à ce sujet : qui administre ces pages en 18 langues ? Qui paye les administrateurs ? Combien ? Qui paye les traducteurs qui œuvrent quotidiennement sur le site de Sánchez ? Combien ? De plus, la gestion d’un flux avec des pointes pouvant atteindre des millions de visites par mois lors des campagnes médiatiques coûte extrêmement cher ? Qui paye tout cela [44] ?

Yoani Sánchez a parfaitement le droit de s’exprimer librement et d’émettre des critiques virulentes à l’égard des autorités de La Havane – ce dont elle ne se prive pas – au sujet des difficultés quotidiennes réelles à Cuba. Elle ne peut pas et ne doit pas être critiquée pour cela. Par contre, elle commet une grave imposture intellectuelle lorsqu’elle se présente comme une simple bloggeuse et affirme que son seul et unique but est d’exercer honnêtement son devoir de citoyenne.

Son acharnement méticuleux à noircir systématiquement la réalité, à n’évoquer que les aspects négatifs, à décontextualiser les problématiques, à ignorer méthodiquement l’environnement géopolitique dans lequel se trouve Cuba, notamment dans sa relation avec les États-Unis et l’imposition implacable de sanctions économiques qui conditionne la vie de tous les Cubains, à recourir à des contrevérités comme cela est aisément constatable pour le cas de la supposée « agression », tendent à la disqualifier. Son rôle est d’abord et avant tout de courtiser une certaine audience, résolument opposée au processus révolutionnaire cubain, et non pas de représenter fidèlement la réalité cubaine dans sa complexité.

Autre fait unique, le président états-unien Barack Obama a répondu à une interview de Yoani Sánchez. Ainsi, alors que les États-Unis sont plongés dans une crise économique sans précédent, que la bataille en faveur de la réforme du système médical fait rage, que les dossiers afghan et irakien sont de plus en plus brûlants, malgré l’agenda extrêmement chargé de la présidence, le dossier extrêmement sensible des sept bases militaires états-uniennes installées en Colombie qui suscitent la réprobation continentale, le coup d’État au Honduras dans lequel Washington est gravement impliqué, et les centaines de demandes d’interviews des plus importants médias du monde en attente, Barack Obama a mis tous ces dossiers de côté pour répondre aux questions de la bloggeuse cubaine [45].

Lors de son interview, pas une fois Sánchez ne demande la fin des sanctions économiques qui affectent toutes les catégories de la société cubaine à commencer par les plus vulnérables (femmes, enfants et personnes âgées), qui constituent le principal obstacle au développement du pays et qui sont rejetées par l’immense majorité de la communauté internationale (187 pays lors du vote aux Nations unies en octobre 2009) pour leur caractère anachronique, cruel et inefficace. Au contraire, elle reprend exactement la rhétorique de Washington à ce sujet : « La propagande politique nous dit que nous vivons dans une forteresse assiégée, d’un David face à Goliath et de ‘l’ennemi vorace’ prêt à nous attaquer [46] ». Les sanctions économiques, qu’elle qualifie de simples « restrictions commerciales », sont « si maladroites et anachroniques », non pas en raison des conséquences dramatiques qu’elles ont sur la population cubaine, mais parce qu’elles sont « utilisées pour justifier aussi bien le désastre économique que la répression à l’encontre de ceux qui pensent différemment [47] ». Il s’agit là exactement des mêmes arguments évoqués… par la représentante des États-Unis aux Nations unies en octobre 2009 pour justifier le maintien de l’état de siège que Washington impose à Cuba depuis 1960, sans pour autant expliquer pourquoi 187 pays du monde se prêtent chaque année depuis 18 ans à ce qu’elle qualifie de « propagande politique [48] ».

Au vu de tous ces éléments, il est impossible que Yoani Sánchez soit une simple bloggeuse cubaine qui dénonce les difficultés d’un système. De puissants intérêts se cachent derrière le rideau de fumée que constitue Generación Y, qui représente une formidable arme dans la guerre médiatique que mènent les États-Unis contre Cuba. Yoani Sánchez a parfaitement compris que l’allégeance envers les puissants était généreusement récompensée (près de 100 000€ au total [49]). Elle a donc choisi d’intégrer le commerce de la dissidence et couler des jours heureux à Cuba.
Salim Lamrani

Enseignant, chargé de cours aux universités Paris-Descartes et Paris-Est Marne-la-Vallée. Dernier ouvrage publié : Cuba. Ce que les médias ne vous diront jamais, Estrella (2009).

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[1] Andrea Rodríguez, « Cuban Blogger Says She Is Briefly Detained », The Associated Press, 7 novembre 2009.

[2] Yoani Sánchez, « Secuestro estilo camorra », Generación Y, 8 novembre 2009. (site consulté le 15 novembre 2009).

[3] Ibid. (version française du blog)

[4] Agence France Presse, « Texas executes Cuban-born gang member », 11 novembre 2009.

[5] Le Monde, « Cuba : les USA indignés par les mauvais traitements infligés à des blogueurs », 10 novembre 2009

[6] Yoani Sánchez, « Secuestro estilo camorra », op. cit.

[7] Fernando Ravsberg, « Ataque a blogera cubana, ¿cambio de política », BBC Mundo, 9 novembre 20009.

[8] CNN, « Yoani Sánchez golpeada en La Habana », 9 novembre 2009. (site consulté le 15 novembre 2009).

[9] Agence France Presse, « Cuba : la blogueuse Yoani Sanchez dit avoir été frappée et brièvement détenue », 7 novembre 2009.

[10] Fernando Ravsberg, « Ataque a blogera cubana, ¿cambio de política », op. cit.

[11] Ibid.

[12] Yoani Sánchez, « Secuestro estilo camorra », op. cit. ; Youtube, « Entrevista a Yoani Sánchez tras la golpiza que recibió por parte del Gobierno Cubano », 9 novembre 2009. (site consulté le 15 novembre 2009).

[13] Fernando Ravsberg, « Ataque a blogera cubana, ¿cambio de política », op. cit.

[14] Ibid.

[15] Correspondance avec son Excellence, Monsieur Isaac Roberto Torres Barrios, Ambassadeur de la République de Cuba à Berne, 17 novembre 2009.

[16] Yoaní Sánchez, « Mi perfil », Generación Y

[17] France 24, « Ce pays est une immense prison avec des murs idéologiques », 22 octobre 2009.

[18] Yoaní Sánchez, « Siete preguntas », Generación Y, 18 novembre 2009.

[19] Yoaní Sánchez, « Final de partida », Generación Y, 2 novembre 2009.

[20] Yoaní Sánchez, « Seres de la sombra », Generación Y, 12 de noviembre de 2009.

[21] Yoaní Sánchez, « Mi perfil », Generación Y, op. cit.

[22] Yoaní Sánchez, « La improbable entrevista de Gianni Miná », Generación Y, 9 mai 2009.

[23] Yoaní Sánchez, « Vine y me quedé », Generación Y, 14 août 2007.

[24] Ibid.

[25] Ibid.

[26] Correspondance avec son Excellence Monsieur Orlando Requeijo, Ambassadeur de la République de Cuba à Paris, 18 novembre 2009.

[27] Libertad Digital, « Yoani Sánchez : ‘Hemos naufragado ; hace rado que estamos bajo el agua’ », 12 novembre 2009.

[28] Ibid.

[29] Mauricio Vicent, « "Los cambios llegarán a Cuba, pero no a través del guión del Gobierno" », El País, 7 mai 2008.

[30] Yoani Sánchez, Generación Y.

[31] El País, « El Pais convoca los Premios Ortega y Gasset de periodismo 2009 », 12 janvier 2009.

[32] Time, « The 2008 Time 100 », 2008. (site consulté le 25 novembre 2009)

[33] Yoani Sánchez, « Premios », Generación Y.

[34] Miriam Leiva, « La ‘Generación Y’cubana », El País, 30 novembre 2008.

[35] Yoani Sánchez, « Premios », op. cit.

[36] Ibid.

[37] Ibid.

[38] El País, « Una de las voces críticas del régimen cubano, mejor blog del año », 28 novembre 2008.

[39] Yoani Sánchez, « ¿Qué hago yo ahí ? », Generación Y, 3 mai 2008.

[40] Guillermo Nova, « Bloguera cubana Yoani Sánchez descubierta escribiendo sus artículos desde el wi-fi de hoteles », Rebelión, 11 mai 2009.

[41] Norelys Morales Aguilera, « Si los blogs son terapéuticos ¿Quién paga la terapia de Yoani Sánchez ? », La República, 13 août 2009.

[42] Ibid

[43] Yoani Sánchez, Generación Y.

[44] Norelys Morales Aguilera, « Si los blogs son terapéuticos ¿Quién paga la terapia de Yoani Sánchez ? », op. cit.

[45] Yoani Sánchez, « Respuesta de Barack Obama a Yoani Sánchez », Generación Y, 20 novembre 2009.

[46] Yoani Sánchez, « Siete preguntas », Generación Y, 19 novembre 2009.

[47] Yoani Sánchez, « Made in USA », Generación Y, 18 novembre 2009.

[48] Yoani Sánchez, « Siete preguntas », op. cit.

[49] Yoani Sánchez, « Premios », Generación Y.

www.voltairenet.org/article163149.html

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