Yoani Sánchez : profession ? « Dissidente » (2)

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03 Mar 2010 02:45 #48911 par Jalal
Dans une intervention sur son blog en juillet 2007, Yoani Sánchez relate en détail l’anecdote de son retour à Cuba. « Il y a trois ans, à Zurich avec mon fils, j’ai décidé de rentrer vivre dans mon pays », annonce-t-elle, soulignant qu’il s’agissait « d’une simple histoire de retour d’un émigrant à son terroir ». « Nous avons acheté des billets aller-retour » pour Cuba. Sánchez a alors décidé de rester et de ne pas retourner en Suisse. « Mes amis croyaient que je leur faisais une blague, ma mère a refusé de croire que sa fille ne vivait plus dans la Suisse du lait et du chocolat ». Le 12 août 2004, Sánchez s’est donc présentée au bureau provincial des services d’immigration de La Havane pour expliquer son cas. « Ma surprise a été énorme lorsqu’on m’a dit de faire la queue dans la file de ‘ceux qui avaient décidé de rentrer au pays’ […]. J’ai ainsi découvert d’autres ‘fous’ comme moi, avec leur histoire truculente de retour au pays [25] ».

En effet, le cas de Sánchez est loin d’être un cas isolé comme l’illustrent cette anecdote et les commentaires laissés sur son blog. De plus en plus de Cubains qui ont choisi d’émigrer à l’étranger, après avoir fait face à de nombreuses difficultés d’adaptation et découvert que l’Eldorado occidental ne brillait pas tant que cela et que les privilèges dont ils disposaient chez eux n’existaient nulle part ailleurs, décident de rentrer vivre à Cuba.

En revanche, Yoani Sánchez omet de raconter les véritables raisons qui l’ont amenée à rentrer à Cuba, au-delà des « raisons familiales » évoquées (raisons qui ne sont apparemment pas partagées par la mère de celle-ci, vue sa surprise). Les autorités cubaines lui ont accordé un traitement de faveur pour des raisons humanitaires, en lui permettant de retrouver son statut de résidente permanente à Cuba, malgré le fait qu’elle soit restée plus de 11 mois à l’extérieur du pays.

En réalité, le séjour en Suisse a été loin d’être aussi idyllique que prévu. Sánchez a découvert un mode de vie occidentale complètement différent de celui auquel elle était habituée à Cuba où, malgré les difficultés et les vicissitudes quotidiennes, tous les citoyens disposent d’une alimentation relativement équilibrée malgré le carnet de rationnement et les pénuries, d’un accès aux soins et à l’éducation, à la culture et aux loisirs gratuit, d’un logement et d’une atmosphère de sécurité (la criminalité reste très faible dans l’île). Cuba est sans doute le seul pays du monde où il est possible de vivre sans travailler (ce qui n’est pas forcément une bonne chose). En Suisse, Sánchez a eu d’énormes difficultés à trouver un travail et à vivre décemment et, désespérée, elle a décidé de rentrer au pays et d’en expliquer les raisons aux autorités. D’après celles-ci, Sánchez aurait supplié en larmes les services d’immigration de lui accorder une dispense exceptionnelle « pour révoquer son statut migratoire », ce qui a été fait [26].

Cette réalité, Yoani Sánchez a choisi de l’occulter avec minutie.

La cyberdissidence

Le dernier livre de Yoani Sánchez.En avril 2007, Yoani Sánchez décide d’intégrer l’univers de l’opposition à Cuba en créant son blog Generación Y. Oubliant la magnanimité des autorités à son égard lors de son retour à Cuba en 2004, elle devient ainsi un farouche détracteur du gouvernement de La Havane. Ses critiques sont acerbes, peu nuancées et à sens unique. Elle présente un panorama apocalyptique de la réalité cubaine et accuse les autorités d’être responsables de tous les maux. Pas un seul instant, elle n’évoque le contexte géopolitique singulier dans lequel se trouve Cuba depuis 1959. Des centaines de blogs existent à Cuba. Un certain nombre d’entre eux dénoncent de manière incisive certaines aberrations de la société cubaine. Mais le point de vue est beaucoup plus nuancé et l’information moins parcellaire. Cependant, les médias occidentaux ont choisi le blog manichéen de Sánchez [27].

Selon la bloggeuse, à Cuba, « le processus, le système, les expectatives, les illusions ont subi un naufrage. Il s’agit d’un naufrage total », annonce-t-elle, avant de conclure sur cette métaphore lapidaire : « le bateau a coulé ». Pour elle, il est évident que Cuba doit changer d’orientation et de gouvernement : Il faut changer le « timonier et tout l’équipage [28] » afin de mettre en place « un capitalisme sui generis [29] ».

Sánchez est une personne sagace qui a parfaitement compris qu’elle pouvait rapidement prospérer en tenant ce genre de discours apprécié des médias occidentaux, qui sauraient récompenser cette fidélité. Elle a d’ailleurs passé ce marché tacite avec les transnationales de la communication et de l’information. Car pour être considéré comme un « bloggeur indépendant » par la presse occidentale et donc bénéficier d’une certaine aura médiatique, il faut impérativement se prononcer contre le système et le gouvernement et exiger un changement radical, et non pas se contenter de dénoncer certaines aberrations du système.

Comment corroborer l’affirmation de collusion entre Sánchez et les puissances médiatiques ? A la lumière des faits. Quelques semaines à peine après la naissance de son blog, les médias occidentaux ont lancé une extraordinaire campagne de promotion à son sujet, la présentant comme étant la bloggeuse qui ose défier le régime ainsi que les limites à la liberté d’expression. Là encore, la presse occidentale n’est point effrayé par ses propres contradictions. D’un côté, elle ne cesse de répéter qu’il est absolument impossible pour tout Cubain de tenir des propos hétérodoxes à Cuba, qu’il lui est rigoureusement interdit d’émettre la moindre critique au sujet du gouvernement ou même de s’écarter de la ligne officielle sous peine de prison. De l’autre, elle vante l’ingéniosité de Yoani Sánchez dont la principale activité est de fustiger les politiques gouvernementales sans que pour autant être inquiétée par les autorités [30].

Ainsi, en à peine un an d’existence, alors qu’il existe des dizaines de blogs plus anciens et non moins intéressants que celui de Sánchez, la bloggeuse cubaine a obtenu le prix de Journalisme Ortega y Gasset, d’un montant de 15 000 euros le 4 avril 2008, décerné par le quotidien espagnol El País. D’habitude, ce prix est accordé à des écrivains et journalistes prestigieux ayant une longue carrière littéraire. C’est la première fois qu’une personne du profil de Sánchez l’obtient [31]. De la même manière, la bloggeuse a été sélectionnée parmi les 100 personnes les plus influentes du monde par la revue Time (2008), en compagnie de George W. Bush, Hu Jintao et le Dalaï Lama [32]. Son blog a été inclus dans la liste des 25 meilleurs blogs du monde de la chaîne CNN et la revue Time (2008) et elle a également obtenu le prix espagnol Bitacoras.com ainsi que The Bob’s (2008) [33]. Le 30 novembre 2008, le quotidien espagnol El País l’a incluse dans sa liste des 100 personnalités hispano-américaines les plus influentes de l’année (liste dans laquelle n’apparaissaient ni Fidel Castro ni Raúl Castro) [34]. La revue Foreign Policy a fait mieux en décembre 2008 en l’incluant parmi les 10 intellectuels les plus importants de l’année [35]. La revue mexicaine Gato Pardo en a fait de même pour l’année 2008 [36]. La prestigieuse université états-unienne de Columbia lui a décerné le prix Maria Moors Cabot [37]. Et la liste est encore longue [38].

Pourtant, Yoani Sánchez est une véritable inconnue dans son pays, comme elle le reconnaît avec franchise : « La revue Time m’a inclus dans sa liste des personnes influentes en 2008 en compagnie de 99 autres célébrités. Moi, qui ne suis jamais montée sur scène, ni à une tribune, alors que mes voisins ne savent pas si ‘Yoani’, s’écrit avec un ‘h’ au milieu ou un ‘s’ à la fin […]. J’imagine que les autres inscrits se demanderont : Qui est cette bloggeuse cubaine inconnue qui nous accompagne [39] ». Sans le vouloir, Sánchez a mis la revue Time face à son énorme contradiction : Comment une bloggeuse inconnue de ses propres voisins peut-elle être incluse parmi les 100 personnalités les plus influentes du monde ? Ici, il est indéniable que la revue états-unienne a privilégié les critères politiques et idéologiques en intégrant Sánchez, ce qui jette une ombre sur la crédibilité du classement. Le raisonnement est valable également pour les autres distinctions.

Les conditions de vie de Yoani Sánchez

Enième contradiction. Les médias, relayant les propos de Sánchez, ne cessent de répéter que les Cubains n’ont pas accès à Internet, sans expliquer pour autant comment la bloggeuse peut écrire quotidiennement sur son blog à Cuba. Grande fut la surprise des quelque 200 journalistes internationaux accrédités à la Foire internationale du tourisme à Cuba, ce mercredi 6 mai 2009, lorsqu’ils ont aperçu Yoani Sánchez tranquillement installée dans le salon de réception du plus luxueux établissement de tourisme de l’île, l’Hotel Nacional, en train de naviguer sur Internet, alors que le coût de connexion est prohibitif y compris pour un touriste étranger [40].

Deux questions surgissent inévitablement : Comment Yoani Sánchez peut-elle se connecter à Internet à Cuba, alors que les médias occidentaux ne cessent de répéter qu’elle n’y a pas accès ? D’où vient l’argent qui lui permet de mener un train de vie qu’aucun Cubain ne peut s’offrir, alors qu’elle ne dispose officiellement d’aucune source de revenus ?

En 2009, le Département du Trésor des États-Unis a ordonné la fermeture de plus de 80 sites Internet commerciaux en rapport avec Cuba qui violait la législation sur les sanctions économiques. Curieusement, le site de Yoani Sánchez a été épargné alors que ce dernier propose l’acquisition de son livre en italien, de surcroît à travers Paypal, système qu’aucun Cubain vivant à Cuba ne peut utiliser en raison des sanctions économiques (qui interdisent, entre autres, le commerce électronique). De la même manière Sánchez dispose d’un Copyright pour son blog « © 2009 Generación Y - All Rights Reserved ». Aucun autre bloggeur cubain ne peut en faire autant en raison des lois de l’embargo. Comment s’explique ce fait unique [41] ?

D’autres questions nécessitent également une réponse. Qui se cache derrière le site de Sánchez desdecuba.net dont le serveur est hébergé en Allemagne par l’entreprise Cronos AG Regensburg (qui héberge également des sites d’extrême droite), et enregistré au nom de Josef Biechele ? On découvre également que Sánchez a enregistré son nom de domaine à travers l’entreprise états-unienne GoDaddy, dont la principale caractéristique est l’anonymat. Le Pentagone l’utilise également pour enregistrer des sites de manière discrète. Comment Yoani Sánchez, une bloggeuse cubaine vivant à Cuba, peut-elle enregistrer son site auprès d’une entreprise états-unienne alors que cela est formellement interdit par la législation portant sur les sanctions économiques [42] ?

Par ailleurs, le site Generación Y de Yoani Sánchez est extrêmement sophistiqué, avec des entrées pour Facebook et Twitter. De plus, il reçoit 14 millions de visites par mois et est peut-être le seul au monde à être disponible en pas moins de… 18 langues (anglais, français, espagnol, italien, allemand, portugais, russe, slovène, polonais, chinois, japonais, lituanien, tchèque, bulgare, néerlandais, finlandais, hongrois, coréen et grec). Aucun autre site, y compris ceux des plus importantes institutions internationales comme par exemple les Nations unies, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, l’OCDE, l’Union européenne, ne dispose d’autant de versions linguistiques. Ni le site du Département d’État des États-Unis, ni même celui de la CIA ne disposent d’une telle variété [43].

(A suivre)...

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