Yoani Sánchez : profession ? « Dissidente » (1)

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03 Mar 2010 02:38 #48910 par Jalal
La bloggeuse cubaine Yoani Sánchez incarne désormais la dissidence politique face au régime castriste. Son site internet en 18 langues a un impact sans commune mesure avec sa fréquentation, et elle a reçu de nombreux prix littéraires ou politiques dans divers pays occidentaux. Pourtant, la chronique qu’elle rédige est pleine de contradictions et sa biographie est confuse, observe Salim Lamrani. Surtout, son site internet dispose de moyens techniques importants et de dérogations administratives aux États-Unis qui laissent apparaître une puissante logistique US derrière ce qui est présenté mensongèrement comme une initiative individuelle et spontanée.

Le 7 novembre 2009, les médias occidentaux ont consacré un large espace à la bloggeuse cubaine Yoani Sánchez. La nouvelle en provenance de La Havane au sujet de l’altercation entre la dissidente et les autorités cubaines a fait le tour du monde et a rapidement occulté le reste de l’actualité [1].

Sánchez a raconté en détail sa mésaventure sur son blog et dans les médias. Ella a ainsi affirmé avoir été arrêtée en compagnie de trois de ses amis par « trois inconnus trapus » lors d’un « après-midi chargé de coups, de cris et d’insultes [2] ».

Elle explique ensuite son histoire qui s’apparente à un véritable calvaire :

« Les « agresseurs » ont appelé une patrouille qui a emmené les deux autres filles […]. J’ai refusé de monter dans la Geely [et] […] s’en est suivie une rouée de coups et de bousculades. Ils m’ont portée, la tête en bas, et ont essayé de me fourrer dans l’auto. Je me suis agrippée à la porte. J’ai pris des coups sur les articulations de mes mains. J’ai réussi à prendre un papier que l’un d’entre eux portait dans sa poche et l’ai mis dans ma bouche. Nouvelle rouée de coups pour que je rende le document.

Orlando se trouvait déjà dedans, immobilisé par une clé de karaté qui le tenait avec la tête plaquée au sol. L’un des hommes a mis son genou sur ma poitrine pendant que l’autre, depuis le siège avant, me tapait sur les reins et la tête pour que j’ouvre la bouche et que je lâche le papier. Pendant un moment, j’ai pensé que je ne sortirai jamais de cette voiture. « C’est fini, Yoani », « Fini les conneries » disait celui assis à côté du chauffeur qui me tirait des cheveux. Sur le siège arrière, un spectacle bizarre se déroulait : mes jambes vers le haut, mon visage rougi par la tension et mon corps endolori. De l’autre côté, Orlando réduit par un pro de la raclée. Je n’ai pu que viser ses testicules, à travers son pantalon, dans un acte désespéré. J’ai enfoncé mes ongles, en supposant qu’il continuerait à m’écraser la poitrine jusqu’au dernier souffle. « Tue-moi une bonne fois », je lui ai crié avec ce qui restait de ma dernière inhalation. Celui de l’avant a alors averti le plus jeune : « Laisse-la respirer ».

J’entendais Orlando haleter pendant que les coups continuaient à pleuvoir. J’ai calculé la possibilité d’ouvrir la porte et de sauter dehors, mais il n’y avait pas de poignée à l’intérieur. Nous étions à leur merci, mais entendre la voix d’Orlando me redonnait du courage. Il m’a dit après que cela avait été la même chose pour lui : mes mots entrecoupés lui disaient « Yoani est encore vivante ». On nous a laissés étalés et endoloris dans une rue de La Timba. Une femme s’est approchée « Qu’est-ce qui vous est arrivé ? »… « Un enlèvement », j’ai réussi à dire. Nous avons pleuré, dans les bras l’une de l’autre, au milieu de la rue. Je pensais à Teo. Mon Dieu, comment vais-je lui expliquer tous ces bleus ? Comment vais-je lui dire qu’il vit dans un pays où se passent des choses pareilles ? Comment le regarder et lui raconter que sa mère a été agressée en pleine rue car elle écrit un blog et met ses opinions en octets ? Comment lui décrire l’expression despotique qui animait ceux qui nous ont mis de force dans cette voiture, le plaisir que l’on voyait sur leur visage quand ils nous battaient, quand ils soulevaient ma jupe et me traînaient à moitié nue jusqu’à la voiture [3] ».

Les États-Unis (où Yosvanis Valle, un ressortissant cubain de 34 ans, avait été exécuté 48 heures plus tôt portant ainsi à 42 le nombre d’exécutions pour l’année 2009 [4]) ont fait part de leur « profonde préoccupation », par le biais du porte-parole du Département d’État Ian Kelly. « Nous continuons de prendre des nouvelles de la santé personnelle et de l’accès aux soins médicaux de Yoani Sanchez », a-t-il ajouté [5].

Contradictions

Les propos de Yoani Sánchez sont terrifiants et suscitent immédiatement la sympathie du lecteur et de la compassion à l’égard de la victime. Néanmoins, il est inévitable de relever certaines contradictions qui jettent une ombre sur la crédibilité d’un tel récit.

Le 9 novembre 2009, trois jours après sa mésaventure, Yoani Sánchez a reçu chez elle la presse étrangère pour relater l’incident. Première surprise pour les journalistes internationaux, exprimée par le correspondant de la BBC à La Havane Fernando Ravsberg : malgré les « coups et les bousculades », « les coups sur les articulations de [ses] mains », la « nouvelle avalanche de coups », le « genou sur [sa] poitrine », les coups « sur les reins et la tête », le tirage de « cheveux », « le visage rougi par la tension et le corps endoloris », les « coups qui continuent à pleuvoir », et « tous ces bleus » évoqués par la bloggeuse cubaine [6], Ravsberg note que Sánchez « n’a pas d’hématome, de marques ou de cicatrices [7] ». Les images de la chaîne états-unienne CNN, qui a également interviewée la bloggeuse, confirment les propos du journaliste britannique. De plus, le correspondant de CNN prend des précautions oratoires et insiste sur la souffrance « apparente » de Sánchez (elle utilise une béquille pour se déplacer) [8]. Selon l’Agence France Presse, qui relate l’histoire en prenant soin de clarifier qu’il s’agit de la version de Sánchez en titrant « Cuba : la bloggueuse Yoani Sanchez dit avoir été frappée et brièvement détenue », la bloggeuse « n’a pas été blessée [9] ».

Interrogée à ce sujet par la BBC, Yoani Sánchez tente d’expliquer cette contradiction. Selon elle, les marques et les hématomes sur le visage et le corps ont réellement existés mais se sont estompés depuis. « Durant tout le week-end, j’ai eu la pommette et l’arcade enflées ». Toutes ces traces ont disparu... dès le lundi matin à l’arrivée du premier journaliste étranger. En revanche, des hématomes et « plusieurs traces » subsistent, affirme-t-elle, mais … « sur les fesses surtout et malheureusement je ne peux pas vous les montrer », a-t-elle expliqué [10].

Sánchez n’a pas précisé les raisons pour lesquelles elle n’a pas daigné photographier les hématomes et les marques sur son visage juste après l’incident, quand ceux-ci étaient encore visibles, ce qui aurait constitué une preuve irréfutable de la violence policière à son égard. Quant aux cheveux qui lui auraient été arrachés, ce qui n’est absolument pas visible sur les photos et les vidéos, son explication est simple : « J’ai perdu beaucoup de cheveux mais dans cette chevelure abondante, cela ne se voit pas [11] ».

Sur son site et lors d’un entretien radio, Sánchez parle de « séquestration au pire style de la camorra sicilienne », donnant l’impression qu’elle avait été retenue pendant plusieurs heures [12]. Or, dans son interview accordée à la BBC, lorsque le journaliste se fait insistant et que des précisions lui sont demandées, la bloggeuse avoue qu’en réalité l’incident a duré en tout et pour tout « 25 minutes ». Par ailleurs, Sánchez affirme que l’arrestation a eu lieu « en plein jour à 17h45 au centre de La Havane, face à un arrêt de bus plein de gens ». Pourtant la presse occidentale n’a pas réussi à trouver un seul témoignage, même anonyme, pour confirmer les propos de la bloggeuse et attester ainsi de la véracité de ses dires [13]. De la même manière, aucune des personnes accompagnant Yoani Sánchez n’a voulu répondre aux sollicitations d’interviews des médias occidentaux, les renvoyant à la bloggeuse, chargée de parler au nom de tous.

Par ailleurs, il semble surprenant et illogique que les autorités de La Havane aient décidé de maltraiter publiquement une dissidente aussi médiatique que Yoani Sánchez, sachant pertinemment qu’un tel acte déclencherait immédiatement un scandale international. A priori, il existe d’autres moyens bien plus efficaces et beaucoup plus discrets pour intimider des opposants.

Enfin, Sánchez s’empêtre dans de nouvelles contradictions en tentant d’éclairer les zones d’ombre que comporte son témoignage. Ainsi, elle a expliqué que sa résistance serait due au fait que les agents en civil « ne se sont pas identifiés en tant qu’autorité. Je me serais comportée différemment s’il s’agissait d’un agent en uniforme. Je leur ai demandé d’appeler la police. Ils ont téléphoné et une patrouille a emmené les deux autres filles et nous a laissé avec Orlando entre les mains des autres [14] ». Or dans son blog, elle certifie que la police est arrivée au début de l’interpellation, mais cela ne l’aurait pas empêché de résister à ce qui s’apparente de plus en plus - s’il y a réellement eu une interpellation - à un contrôle d’identité par des policiers en civil, qu’à un lynchage public.

En un mot, aucun élément ne permet de corroborer les propos de Yoani Sánchez, aucun autre témoignage n’est disponible y compris ceux des personnes qui l’accompagnaient. Il faut donc se fier à la seule version de la bloggeuse qui est parsemée de contradictions. Au vu de ces éléments, il est impossible de ne pas mettre en doute les propos relatés par la célèbre internaute cubaine.

Une comparaison s’impose. Les médias occidentaux ont accordé, en à peine 72 heures, plus d’espace à Yoani Sánchez au sujet de son incident avec les autorités, qu’à tous les crimes commis (plus d’une centaine d’assassinats, autant de cas de disparition et d’innombrables actes de torture et de violence) par la dictature militaire dirigée par Roberto Micheletti depuis le 27 juin 2009. Décidément, Sánchez n’est pas une simple bloggeuse critique d’un système comme elle veut bien le faire croire.
Retour sur le phénomène Yoani Sánchez

Yoani María Sánchez Cordero est une Havanaise née en 1975, apparemment diplômée en philologie depuis l’année 2000, comme l’annonce son blog. Un doute subsiste à ce sujet car lors de son séjour en Suisse deux ans plus tard, lorsqu’elle s’est enregistrée auprès des autorités consulaires, elle a déclaré avoir un niveau « pré-universitaire » comme le montrent les archives du consulat de la République de Cuba de Berne [15]. Ainsi, après avoir travaillé dans le monde de l’édition et donné des cours d’espagnol aux touristes, elle choisit de quitter le pays en compagnie de son fils. Le 26 août 2002, après s’être mariée avec un Allemand nommé Karl G., elle décide d’émigrer en Suisse avec un « permis de voyage à l’étranger » valable onze mois, face « au désenchantement et à l’asphyxie économique » régnant à Cuba [16].

On découvre ensuite curieusement qu’après avoir fui "une immense prison, avec des murs idéologiques [17] », pour reprendre les termes qu’elle utilise pour se référer à son pays natal, elle décide, deux ans plus tard, durant l’été 2004, de quitter le paradis suisse – l’une des nations les plus riches au monde – pour retourner sur « le bateau qui prend l’eau de toutes parts et qui est sur le point de faire naufrage », comme elle qualifie métaphoriquement l’île [18]. Face à cette nouvelle contradiction, Sánchez explique qu’elle a choisi de rentrer au pays où règnent « les cris du despote [19] », « des être des ombres, qui tels des vampires s’alimentent de notre joie humaine, nous inoculent la crainte à travers les coups, la menace, le chantage [20] », « pour des raisons familiales et contre l’avis de certains proches et amis [21] », sans fournir davantage de précisions.

En lisant le blog de Yoani Sánchez, où la réalité cubaine est décrite de façon ubuesque et tragique, on a l’impression que le purgatoire est une promenade de santé en comparaison, et que seule la chaleur asphyxiante de l’antichambre de l’enfer donne une idée de ce que vivent quotidiennement les Cubains. Aucun trait positif de la société cubaine ne transparaît. Seules des aberrations, injustices, contradictions, difficultés y sont contées. Par conséquent, le lecteur a du mal à comprendre que la jeune Cubaine ait décidé de quitter la richissime Suisse pour retourner vivre dans ce qui s’apparente à l’enfer de Dante où « les poches étaient vides, les frustrations en hausse et la peur partout [22] ». Sur son blog, les commentaires de ses partisans étrangers fleurissent à ce sujet : « Je ne comprends pas ton retour. Pourquoi n’as-tu pas donné un meilleur futur à ton fils », « Chère amie, j’aimerais savoir pour quelles raisons tu as décidé de rentrer à Cuba [23] ? ».

En revanche, certains de ses compatriotes vivant à l’étranger, déçus par le mode de vie occidental, lui font également part de leur envie de rentrer vivre à Cuba : « Je reviendrai vivre à Cuba », « Je vis à Miami depuis sept ans […] et parfois je me demande si le déracinement valait la peine », « Mon peuple me manque […]. Un jour, je reviendrai avec mon époux allemand – un autre fou qui est disposé à demander la résidence permanente à Cuba », « J’ai pensé au retour à de nombreuses reprises », « Pourquoi es-tu rentrée ? Solitude, nostalgie, mélancolie. [Puis en référence au monde occidental] des visages bizarres, des gens tristes et en colère avec le reste de l’Humanité sans que l’on sache pourquoi ? Des politiciens aussi corrompus, et beaucoup de jours gris. Il n’est pas nécessaire que tu expliques quoi que ce soit. Cela fait 14 ans qu’il n’y a pas de soleil sur ma carte du temps », « J’ai envoyé l’information à mon père qui vit à l’étranger et qui compte rentrer [24] ».

De deux choses l’une : soit Yoani Sánchez ne dispose pas de toutes ses facultés mentales pour décider de quitter la Perle de l’Europe pour rentrer à Cuba, soit la vie dans l’île n’est pas aussi dramatique que la description qu’elle en fournit.

(A suivre)

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