Le premier président de l'UE est-il turcophobe ?

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26 Nov 2009 20:54 #37055 par kredence
Les dirigeants des Ving-Sept ont nommé jeudi dernier le premier ministre belge Herman Van Rompuy à la tête de l'Union européenne.

Peu connu hors des frontières de son pays, ce turco-sceptique est le premier président stable du Conseil européen

Il aura notamment pour tâche de rendre le bloc communautaire plus influent sur la scène internationale.

Les chefs d'Etat et de gouvernement européens ont également nommé Catherine Ashton, une Britannique peu connue, y compris dans son propre pays, au poste de Haut représentant pour les Affaires étrangères.

Ces nominations, qui interviennent au terme d’un accord qui a écarté des candidats plus charismatiques tels que Tony Blair, laisse perplexe quant à la manière dont le bloc entend accroître sa visibilité au plan international.

Se présentant comme un homme « discret », le candidat Van Rompuy est néanmoins connu pour s’être clairement déclaré contre l’adhésion de la Turquie dans une intervention au parlement belge en décembre 2004.

La séance était consacrée à la réunion du Conseil de l'Europe des 16 et 17 décembre qui avait examiné la question de l’accession de la Turquie.

Van Rompuy avait exprimé son point de vue dans des termes qui frisent l’islamophobie.

« La Turquie ne fait pas partie de l'Europe et ne fera jamais partie de l’Europe » avait-il affirmé à l'époque, allant jusqu’à suggérer que l’élargissement à la Turquie constituerait une menace pour les valeurs fondamentales de l’Europe chrétienne : « Un élargissement de l’UE à la Turquie ne peut en aucun cas être considéré comme une simple extension comme ce fut le cas par le passé.

Les valeurs universelles qui sont celles de l’Europe, mais qui constituent aussi des valeurs fondamentales du christianisme, faibliront avec l’entrée d’un grand pays islamique comme la Turquie. »

Le sommet de l'UE des 16 et 17 décembre 2004 avait donné le feu vert pour l'ouverture des négociations d'adhésion de la Turquie en octobre 2005.

Le portail d’information EUobserver, qui a rapporté ces propos de Van Rombuy, souligne qu’ils ont été ressortis suite à sa nomination.

Interrogés sur la question, des responsables belges ont confirmé leur authenticité, mais ont néanmoins tenu à préciser qu’ils remontent à une époque où Van Rombuy figurait dans l’opposition.

Interrogé sur sa position vis-à-vis de la candidature de la Turquie alors qu’il s’exprimait devant un parterre de journalistes à Bruxelles peu de temps après sa nomination, Van Rompuy a affirmé qu’en tant que président de l'UE ses opinions personnelles étaient sans importance, et que désormais sa manière de voir devait s’accorder aux décisions prises par l’UE : « Ce que je pense n'est pas du tout important. Mon rôle en tant que président consiste à trouver un consensus sur tous les sujets, y compris la candidature de la Turquie », a-t-il précisé, avant d’ajouter que l’Europe devait jouer un « rôle important » dans le monde et s’élargir à d’autres pays, « à condition qu’ils remplissent les critères ».

Le favori du tandem Sarkozy-Merkel

De nombreux commentateurs soulignent que ses propos de 2004 plaçaient très clairement dans le camp du tandem Sarkozy-Merkel, le président français et la chancelière allemande étant aussi disposés à offrir à la Turquie un « partenariat privilégié », que déterminés à la maintenir hors de l’Union.

Le fait que Van Rompuy ait été présenté comme le candidat franco-allemand conforte cette analyse.

Toutefois, l’influence que peut avoir un président de l’UE sur des décisions qui relèvent exclusivement des pays membres, à l’instar de l’intégration de la Turquie, doit être relativement limitée.

En nommant Van Rompuy et Ashton, l'UE entend renforcer sa position et se donner les moyens de faire face à la montée en puissance de pays émergents qui, comme la Chine, ont tiré parti de la récente crise économique.

Pourtant, force est de constater qu’aussi bien Ashton que Van Rompuy sont des personnalités quasiment inconnues sur la scène internationale.

La nouvelle haute représentante pour les Affaires étrangères en est consciente : « Suis-je un ego sur pattes ?

Non.

Ai-je pour but d'être vue partout, et parlant de tout, tout le temps ?

Non.

Jugez-moi sur ce que je fais et je crois que vous serez satisfaits du résultat ».

Van Rompuy, 62 ans, et Ashton, 53 ans, sont des candidats de compromis.

Ils ne disposeront pas dans les capitales étrangères, au moins dans un premier temps, du poids qu’aurait eu une personnalité plus connue comme l’ancien premier ministre britannique Tony Blair : Rompuy et Ashton s’appuieront sur la diplomatie tranquille et sur la recherche du consensus.

Si les nominations sont volontiers présentées comme consensuelles, les négociations auront néanmoins duré plusieurs semaines, mettant à mal les efforts fournis jusqu’alors pour présenter le bloc comme uni.

Le blocage était en partie dû à la volonté de la Grande-Bretagne d’imposer Tony Blair à la présidence de l’UE.

La situation fut débloquée par ce même Gordon Brown qui renonça à soutenir la candidature de son prédécesseur pour appuyer celle de Ashton au poste de haut commissaire des Affaires étrangères et, de facto, à celui de vice-président de la Commission européenne.

Elogieuse, la chancelière allemande Angela Merkel déclare au sujet de Van Rompuy : « Nous avons un candidat qui fait consensus et d’une compétence dont toute la carrière témoigne ».

Non moins enthousiaste, le président français Nicolas Sarkozy renchérit en se félicitant d’« une décision très sage » qui aura permis de choisir un candidat issu d’ « un pays important, certes, mais pas l'un des plus importants, de sorte que personne ne se sentira exclu » du débat européen.

Le co-président du Groupe des Verts-Alliance Libre Européenne, l’eurodéputé pro-Turquie Daniel Cohn-Bendit, est quant à lui loin de partager l’enthousiasme du tandem Merkel-Sarkozy.

26 November 2009, Thursday

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