La Suisse fait des excuses au colonel Kadhafi

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21 Aoû 2009 17:39 #28516 par kredence
La Suisse fait des excuses au colonel Kadhafi, pour "l'incident" impliquant son fils
LE MONDE | 21.08.09 | 16h57 • Mis à jour le 21.08.09

Genève, correspondance

L'affaire Hannibal Kadhafi qui empoisonne les relations entre la Suisse et la Libye et vaut à deux citoyens helvétiques d'être retenus à Tripoli depuis juillet 2008, a peut-être trouvé son dénouement.

Jeudi 20 août, en visite à Tripoli, le président de la Confédération et ministre des finances, Hans-Rudolf Merz, est apparu dans une conférence de presse aux côtés du premier ministre libyen Al-Baghdadi Ali Al-Mahmoudi. M. Merz a présenté ses excuses au "peuple libyen" pour l'arrestation "injustifiée", le 15 juillet 2008, d'un des fils du colonel Kadhafi à Genève.

Hannibal, 33 ans, et sa femme Aline, enceinte de huit mois, avaient été interpellés par vingt policiers dans un palace des bords du lac, après une plainte déposée par leurs deux domestiques, quotidiennement molestés.

Le fils Kadhafi passa deux nuits sous les verrous, puis inculpé pour "lésions corporelles simples, menaces et contraintes", le couple regagna la Libye après s'être acquitté d'une caution de 500 000 francs suisses (340 000 euros), ce qui déclencha la colère du clan Kadhafi.

Aïcha, la fille du leader promettait alors de venger l'honneur de son frère contre ces "racistes" suisses.

A Tripoli, le représentant de la société ABB et un ingénieur suisso-tunisien étaient jetés en prison.

www.lemonde.fr/afrique/articl...ens_id=1230597

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21 Aoû 2009 18:27 #28517 par kredence
Indignation en Suisse après les excuses du président à la Libye
LEMONDE.FR | 21.08.09

Le président suisse, Hans-Rudolf Merz, a présenté jeudi 20 août, lors d'une conférence de presse à Tripoli, ses excuses à la Libye pour l'arrestation "injuste et inutile" en juillet 2008 d'un fils du leader libyen Mouammar Kadhafi, une affaire qui empoisonne, depuis, les relations entre les deux pays.

Le président a dit que les autorités libyennes lui avaient promis que les deux hommes d'affaires suisses qui n'étaient pas autorisés à quitter le territoire libyen depuis cette affaire pourraient rentrer chez eux. M. Merz a dit avoir atteint les deux objectifs qu'il s'était fixés en venant en Libye : régler "l'affaire Hannibal" et faire revenir les sociétés suisses sur le juteux marché libyen.

La presse suisse réagit, parfois avec virulence, aux excuses du président.

"La facture consentie par Berne, manifestement impuissante face à la diplomatie des dunes pratiquée par le clan Kadhafi, est élevée" souligne, vendredi, Le Temps. "Peut-on compter sur la bonne foi de la Libye ?" s'interroge le journal, qui indique que le règlement "risque de susciter une pluie de critiques" et parle dans son éditorial du jour d'une "reddition" de la Suisse devant la Libye.

Pour La Tribune de Genève, "en s’excusant platement devant le peuple libyen, Hans-Rudolf Merz consacre la loi du plus fort, en l’occurrence un régime totalitaire, tout en niant les principes de l’Etat de droit."

Et ajoute que "c'est finalement au président de la Confédération qu’est revenu la sale besogne de se coucher devant le dictateur. L’humiliation est censée rendre son honneur au clan Kadhafi.

Une mascarade tissée d’excuses contraintes, personne n’est dupe. On peut hurler au scandale".

ÉTAT DE DROIT "BAFOUÉ"

Même son de cloche du quotidien 24 heures : "Notre Etat de droit a fini par être bafoué ; un tribunal adoubé par un régime qui méprise la justice va juger la nôtre ; et des entreprises suisses ont perdu des contrats."

La Tribune de Genève rapporte aussi les réactions mitigées des milieux politiques, notamment celle de René Longet, président des socialistes genevois :

"C’est assez désagréable, cela sonne comme un rappel à l’ordre de la police genevoise. Mais le Conseil fédéral [gouvernement] a fait ce qu’il fallait, il a payé une rançon morale pour libérer les deux Suisses."

Le Matin s'inquiète quant à lui des suites de cette affaire et du manque de garanties libyennes : "Hans-Rudolf Merz a préparé son voyage avec les affaires étrangères mais il a fini par signer hier un accord où ne figure nullement le sort qui sera réservé aux otages.

Le président a uniquement obtenu une garantie orale". Mais, rappelle Le Matin : le régime libyen a toujours refusé de reconnaître que l’assignation à résidence des deux Suisses était liée aux déboires d'Hannibal Kadhafi à Genève.

Du côté suisse, c’est les excuses officielles qu’on a toujours refusé de lâcher. Les Libyens ont visiblement tenu bon jusqu’au bout, alors que Hans-Rudolf Merz a peut-être un peu vite craqué."

QUELLES GARANTIES ?

La Tribune de Genève souligne d'ailleurs que "certaines voix officieuses au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) ne manquaient pas de s’étonner de ce manque de garanties."

Le Matin se demande donc pourquoi M. Merz a pris autant de risques et pourquoi il s’est rendu à Tripoli à ce moment plutôt qu’un autre.

"Une source bien informée indique que Hans-Rudolf Merz a tissé des liens privilégiés lors d’un récent voyage à Dubaï et qu’il aurait reçu des signaux positifs des Emirats arabes unis la semaine dernière, l’encourageant à tenter le coup."

A Tripoli, on se félicite de la déclaration de M. Merz, et "le premier ministre Al-Baghadi a indiqué pour sa part que les excuses 'officielles et solennelles' de la Confédération constituaient un 'premier pas' pour régler le contentieux entre les deux pays", rapporte Le Matin.

Le Monde.fr

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21 Aoû 2009 21:18 #28518 par kredence
La Suisse "à genoux" devant le clan Kadhafi

21.08.2009 10:49

L'intransigeance du colonel Kadhafi aura fini par triompher. [Keystone]
La presse romande manque d'invectives pour condamner la visite du président de la Confédération en Libye et ses "génuflexions" devant le colonel Kadhafi pour mettre un terme à une année de crise diplomatique. La presse alémanique se montre elle beaucoup plus compréhensive.

C'est une rafale de critiques comme on en avait pas lues depuis longtemps qui condamnent les "excuses d'Etat", pour reprendre l'expression de François Nussbaum dans L'Impartial, faites par Hans-Rudolf Merz à la Libye. Une presse atterrée face à cette Suisse qui paie cher le retour des otages et qui jette l'éponge face au clan Kadhafi, comme l'illustrent les dessins de Burki, Alex et Ben.

La Suisse semble si faible sur la scène internationale que même quand elle a raison, ce tout petit pays doit courber l'échine, relève Le Matin. Et ce mot: "humiliation", qui passe de une en une comme celle du Courrier, qui ne peut que déplorer à son tour l'isolement du pays.

Le tarif maximal
La Suisse paie finalement le tarif maximal pour rétablir des relations économiques normales avec le pays des dunes, constate Le Temps. Dans cette crise, la Suisse perd plus que son honneur. Elle est sèchement renvoyée à son spectaculaire isolement. Aucun pays ami n'a volé à son secours. Au fil des mois, face à un Etat intraitable, la Suisse a lentement pris la mesure de son impuissance.

Une affaire que La Liberté sanctionne cruellement par cette exclamation adressée au président de la Confédération: "Pauvre Monsieur Merz!" Contraint pour sauver le pays à des génuflexions, un jour devant l'hyperpuissance américaine, et le lendemain devant "le chien enragé" du Proche-Orient, Muammar Kadhafi.

La Suisse qui n'a aucun moyen d'échange, déplore 24 heures, aucun moyen de pression face à un dictateur dont le retour en grâce ne doit rien à la démocratie mais au pétrole.

Indulgence outre-Sarine

Moins de lyrisme dans les gazettes alémaniques, et même de la compréhension pour l'expédition surprise du président.

Pour la Neue Zürcher Zeitung, difficile de faire autrement face à un clan dont on aurait pu comprendre plus tôt qu'il ne pouvait pas être ramené à la raison. Et puis, ces excuses ne sont pas une atteinte aux principes de l'Etat de droit, ajoute la NZZ. Ce ne sont que des phrases vides, enchaîne la Mittelland Zeitung.

Tout à fait, renchérit la Neue Luzerner Zeitung, ces excuses politiques n'ont rien à voir avec un aveu de culpabilité. Les très éventuels manquements des autorités genevoises, ce sera au Tribunal arbitral choisi par Berne et Tripoli de les établir, rappelle le journal de Suisse centrale. Titre de l'édito: "Grösse zeigen" ("Montrer de la grandeur"). Qu'on est loin d'une Suisse qui s'agenouille...

sbo, avec Jean-François Moulin et Simon Corthay, RSR

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