La voiture à 2500 dollars - Nano Tata

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24 Mar 2009 09:49 #23440 par kredence
Le constructeur automobile indien Tata a présenté, lundi, son dernier modèle: la Nano, qui sera commercialisée à 2500 dollars.

A ce compte là, pas de direction assistée, ni de vitres électriques, ni de climatisation, mais une petite voiture avec cinq portes, quatre places et la puissance d'une moto.

Pour accoucher de cette "voiture du peuple", l'Inde aura toutefois dû payer le prix du sang et des larmes

La voiture la moins chère du monde", c'est ainsi que Ratan Tata présentait fièrement, lundi à Bombay, la dernière née de son groupe.

Avec un prix tout petit -100 000 roupies, soit 1830 euros- et un marché potentiellement gigantesque -un milliard d'Indien qui roulent essentiellement en tricycle à moteur- le PDG de Tata Motors n'a aucun doute : il va faire un carton...

D'après lui, toute la middle-class indienne va se ruer sur sa Nano, épuisant rapidement les 50 000 exemplaires déjà construits.

Et puisque le marché intérieur est évalué à 300 millions de consommateurs potentiels, Tata Motors a déjà annoncé qu'à partir de l'année prochaine, ce sont 500 000 à 1 million de Nano qui sortiront chaque année de ses usines.

Un enthousiasme que ne démentent pas les observateurs, car les besoins sont réels en Inde.

C'est en effet en observant ses concitoyens, obligés de s'entasser parfois jusqu'à quatre sur un seul scooter, que l'héritier de la dynastie industrielle Tata a eu l'idée, un jour, de construire cette petite voiture et de la vendre au prix d'un scooter.

Certes, les marges ne sont pas énormes. Mais le constructeur réussit un joli coup et prépare le terrain à la commercialisation d'une version européenne de sa Nano.

Une version un peu plus soignée, un peu plus aux normes de sécurité, donc un peu plus cher -5 000 euros- mais que d'aucuns prédisent déjà comme la future icône "bobo" des classes moyennes européennes.

Dans le sang et dans les larmes

Quand il présente son projet de voiture "super low cost", en 2003, Ratan Tata n'émeut pourtant pas les foules.

L'idée d'une vraie automobile, avec cinq portes, quatre places, la puissance d'une moto et le prix d'un scooter, fait quelques sceptiques.

Mais les véritables ennuis commencent en 2006, lorsque le constructeur décide d'établir son usine dans une zone rurale pauvre et dépeuplée du Bengale occidental (à l'est de l'Inde). C'est une journaliste de Challenges, spécialiste de l'Inde, qui raconte cette gestation difficile pour Tata.

Alléché par les propositions des autorités locales, qui se revendiquent d'un communisme "à la chinoise" -ouvert aux capitaux, si ce n'est aux capitalistes- Ratan Tata établit son usine à Singur, sur un terrain de 400 hectares, mis à sa disposition par les dirigeants du Bengale occidental.

Pour le P-DG, c'est une véritable aubaine. Il pense que les habitants y trouveront leur compte, eux aussi, puisque son projet doit créer plus d'un millier d'emplois et assurer le développement économique de toute la région.

D'ailleurs, les travaux ont à peine commencé que petits commerces et auberges fleurissent déjà. Mais les paysans, chassés de leurs terres au profit du constructeur, s'estiment lésés et très mal indemnisés.

Soutenus par les intellectuels et l'opposition, ils se révoltent contre les autorités qui ont bradé leurs champs.

Pendant deux ans, de violents affrontements les opposent à la police tandis que l'opinion publique s'enflamme, prend parti et se divise entre tenants du formidable essor indien, et partisans de ceux que la croissance a laissés pour compte.

L'usine de Singur est devenue le théâtre de ces affrontements politiques et physiques, qui feront trente morts.

En octobre 2008, Ratan Tata jette l'éponge et déménage à l'autre bout de l'Inde, laissant derrière lui des habitants au chômage et des terres en chantier devenues incultivables.

En plus des 100 000 roupies affichées, sa voiture à "ultra bas prix" aura donc coûté la bagatelle de quelques millions de dollars et la mise hors d'usage de 400 hectares de terres cultivables. Sans compter le prix du sang et des larmes.

Par Marie-Lys LUBRANO
LeJDD.fr

www.lejdd.fr/cmc/economie/200913/la-voit...-dollars_196729.html

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