Algerie : Une opposition discreditee.

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17 Fév 2011 15:00 #69151 par FFanon
Au lendemain de la révolution égyptienne, l'Algérie a fait pâle figure : la manifestation organisée par l'opposition le 12 février n'a pas mobilisée la foule. La police était elle présente en masse : plus de 25 000 agents ont empêché les protestataires de défiler.

Luis Martinez, directeur scientifique à l'école de gouvernance économique de Rabat et directeur de recherche à Sciences-Po-CERI, explique : « Les organisateurs n'ont pas réussi à rendre crédibles ses mots d'ordre. » Le RCD, principal parti à l'origine de la manifestation, n'a pas la confiance du peuple algérien.

En 1991, lors du coup d'État de l'armée, il a décidé de s'allier au pouvoir, dirigé par les militaires : « Durant la guerre civile, il a pris son parti contre les islamistes du FIS et s'est retrouvé prisonnier de la logique de l'armée. »

La ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme, ONG qui est restée en retrait des deux camps, a plus de légitimité pour impulser un mouvement de révolte. Mais son président, Ali Yahia, est âgé de 82 ans. "Elle n'a peut-être pas la force de l'impulser."

Depuis l'indépendance du pays en 1962, l'Algérie est gouvernée par les militaires. Toute une ribambelles de présidents ont défilé à la tête du pays, à chaque fois installés par l'armée. La destitution de Bouteflika n'est pas inenvisageable selon Luis Martinez : « Si les manifestations se crispent, les militaires n'hésiteront pas à le sacrifier. Ils ont déjà écarté un président en 1992 : Chadli Benjedid. » Cela ne marquera pas pour autant la fin du régime en place.

La différence avec l'Égypte selon le chercheur, c'est que les Algériens en ont conscience : « Ils savent que le président a un rôle symbolique. »

La journée du 12 février n'était pas la première manifestation contre le pouvoir. Fin janvier, des émeutes violentes antigouvernementales avaient secoué le pays. Dans tout le pays, les jeunes étaient descendus dans la rue. Plusieurs personnes ont été tuées. Le chercheur remarque : « Les émeutes sont fréquentes en Algérie, il y a une banalisation de la violence et de la répression ».

Selon lui, seule la mise en place d'un mouvement pacifique pourrait déstabiliser le régime : « Il est prêt à l'affrontement, entre la lutte contre Al-Qaida dans le sud et les émeutes dans le Nord. Il serait plus inquiété par l'image de pacifiques réclamant des droits et des libertés retransmises par les médias étrangers. »
Rue89

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