«Je brûle de l’intérieur et l’enfer, j’y suis déjà !»

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01 Fév 2011 14:29 #68569 par Jalal
L’homme qui a tenté de s’immoler devant la BDL de Staoueli

«Je brûle de l’intérieur et l’enfer, j’y suis déjà !»

Une machine à coudre, une table basse, quelques ustensiles, un coin cuisine et c’est à peu près tout. C’est le logis où végète Lakhdar, niché dans un hameau dit la Bridja, près de Staoueli, à quelques encablures de Club des Pins. Fulminant de rage, Lakhdar Malki, 41 ans, père de deux enfants, n’est pas près de regretter son geste, lui qui, dans la matinée de ce dimanche, a manqué de s’immoler par le feu avec sa fille Maria, 10 ans. Nous l’avons rencontré près de chez lui, entouré de ses voisins. L’émotion est à son comble.



La colère aussi. «Venez, venez voir dans quel taudis j’habite !», lance-t-il d’emblée, le visage fermé, les yeux rougis par les larmes qu’il écrase à chaque accès de dépit. «Ya khouya barakat ! Je n’en pouvais plus de cette vie», rugit-il de plus belle. Et de nous expliquer les raisons de son acte désespéré : «Cela fait 18 ans que je suis agent APS (agent de prévention et de sécurité) et je ne suis toujours pas permanisé. Je suis entré à la BDL en 1994, au plus fort du terrorisme. Quand il y a eu l’attentat qui a ciblé notre banque, je suis allé en pyjama défendre le siège.

Je suis toujours sous contrat, travaillant dans la précarité la plus totale. Le PDG précédent avait promis de régulariser ma situation, mais l’actuel PDG a tout gelé. Diktatouri ! (C’est un dictateur). Je lui ai écrit plusieurs fois pour lui demander audience, en vain. En guise de réponse, j’ai été muté dans un coin perdu, à Souidania, dans un bureau lugubre, froid, sans électricité. Je n’ai même pas droit à un prêt social ni un crédit immobilier.» «Tu n’as aucun droit. Tu es agent de sécurité, point !» Lakhdar disparaît un instant et revient avec sa fille Maria qu’il pose dans une chaise roulante dérisoire. «Ma fille est handicapée à 100%. Elle souffre d’un handicap à la fois physique et mental. Elle est atteinte d’une IMC (insuffisance motrice cérébrale, ndlr). Tout à l’heure, elle a déféqué et a mangé ses excréments, c’est vous dire la gravité de son état. Il lui faut 4 couches par jour, à raison de 50 DA la couche, sans compter toutes les autres dépenses liées à ses soins. Je dois débourser 600 DA pour l’emmener à l’hôpital alors qu’une ambulance est immobilisée au parc.

Si je suis arrivé à tenter de me brûler, c’est que la vie me devenait insoutenable. Et je ne voulais pas laisser ma fille derrière moi. Si déjà comme ça, elle ne s’en sort pas, qu’est-ce qu’elle va devenir après moi ? Je n’en pouvais plus. Allah Ghaleb, malhagtch !» Il n’en faudra pas plus à Lakhdar pour passer à l’acte. «Déjà, il y a un mois, j’ai essayé de me pendre dans mon bureau de Souidania, mais les attaches du néon ne supportaient pas mon poids. Là, depuis trois jours, je ne pensais qu’à ça. Je ne dormais pas. La veille, j’ai dit à ma femme : demain, prépare la fille, on va aller à la Casoral. Je n’ai informé personne de mon plan. Le matin, j’ai mis un bidon d’essence dans mon sac à dos, j’ai planté un drapeau dans la chaise roulante de ma fille, un autre dans mon sac, et j’ai foncé sur la BDL. Je ne voyais rien autour. Je ne pensais à personne. J’étais décidé à en finir. Arrivé là-bas, je me suis aspergé d’essence et j’ai aspergé ma fille. Un collègue s’est jeté sur moi et m’a empêché d’actionner le briquet. Il m’a lancé : moi aussi ça fait dix ans que je suis contractuel comme toi, alors, si tu dois te brûler, brûle-moi aussi !»


Lakhdar soulève son pull et exhibe des taches rougeâtres, effet du contact de sa peau avec le carburant. «Mes collègues m’ont ensuite calmé et on m’a ramené ici. Mais personne de la direction n’est venu me voir, comme si c’était un chien qui avait tenté de se brûler. Ils ont néanmoins promis de régulariser ma situation dans une semaine. Si rien n’est fait d’ici là, je ne dirai pas ce que je ferai !» menace-t-il. A ceux qui lui font la morale en avançant des arguments religieux pour le dissuader de récidiver, Lakhdar rétorque : «A ceux qui disent que c’est haram, que ton sort dans l’au-delà c’est l’enfer, je leur réponds : Je préfère l’enfer de Dieu que l’enfer que m’infligent les hommes. Rani mahroug mel dakhel ! Je brûle de l’intérieur et l’enfer, j’y suis déjà !»

Mustapha Benfodil

El Watan com 1 fevrier 2011

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01 Fév 2011 14:30 #68570 par Jalal
Une tyrannie qui dure 5 années!

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