Leçons premières des émeutes : qui sème le vent récolte la tempète

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10 Jan 2011 21:56 #67889 par Jalal
25 années de politiques économiques libérales, de "basculement " à l’économie de marché et autres" création de climat des affaires", en fait de démantèlement systématique des outils économiques, fruit des décennies de développement, ont dangereusement affaibli les capacités de riposte de l’Etat national, réduit à une simple interface avec "les forces du marché mondial" et leurs bras locaux. Tandis que les couches de néo-riches engraissées dans les "niches libérales", accroissent leur ponction sur la "rente pétrolière", par tous les rouages du mécanisme, le pouvoir d’achat des salariés est détruit, avec des prix inflationnistes alignés, exclusivement à la hausse, sur ceux des biens et services importés, exacerbant les inégalités sociales et la paupérisation des catégories les plus exposées socialement, poussant aux émeutes et au développement du phénomène des harraga Le démantèlement du secteur public Alors qu’en 1990, on dénombrait dans le secteur industriel et des services 1,4 millions d’employés, ils ne sont plus que 450 000 à fin 2007. La part de la population occupée dans l’industrie a chuté de 20,1% en 1987 à 12,6% en 2009. Entre mi 1994 et mi 2000, les secteurs du BTPH et des Services ont perdu plus de la moitié de leurs effectifs, ceux de l’agriculture et de l’industrie, 43% et 18% respectivement. En 2006, l’industrie hors hydrocarbures a produit, en termes constants, pratiquement la même valeur que celle produite vingt ans auparavant, en 1985. La part des industries manufacturières dans le produit global est tombée de 22,5% en 1984 à 5,3% en 2005. Durant près de 30 ans, l’investissement public dans l’industrie a été bloqué. Selon les responsables du secteur, la part de l’industrie régresse chaque année de 3%. En revanche, la population occupée dans le commerce passe dans la même période, entre 1987 et 2009, de 8,4% à 16,60%. Alors qu’en 1987, l’emploi industriel représentait l’équivalent de plus d’une fois et demie l’emploi dans la branche du commerce, en 2000, il n’en constitue plus que les neuf dixièmes. Selon une étude du FCE rendue publique le 18/5/09, le secteur informel emploierait 1,7 million de personnes, soit 22% de la population active et, selon une définition plus large, il atteindrait 32% de l’emploi total. L’approvisionnement des 2/3 de la population provient du secteur informel. Les revenus annuels du secteur informel avoisinent les 6 milliards d’euros, soit 17% de l’ensemble des revenus primaires nets des ménages algériens. Le secteur privé est désormais majoritaire dans l’activité économique, mais ne participe qu’à hauteur de 7% à 8% aux contributions sociales du fait des pratiques informelles. Trois quarts des occupés dans le secteur privé ne sont pas affiliés à la sécurité sociale. Régression sociale et précarisation accrue La consommation par tête d’habitant a chuté de 1145 dollars en 1985 à 968 dollars en 2007. La répartition du revenu national a subi une profonde polarisation. Le degré de concentration s’accroit considérablement à l’avantage des profits des patrons et barons de l’import-import et des spéculateurs. Selon les indicateurs de base de l’UNICEF pour la période 2000-2007, les 20% les plus riches de la population s’approprient 42% du revenu des ménages, pendant que les 40% les plus pauvres doivent se partager 18% de ce revenu. Le poids relatif des salariés permanents dans la population occupée a baissé de 22 points, chutant de 57% à 35% durant cette période, pendant que celui des salariés non permanents faisait un bond de 19%, passant de 12% à 31%, et que celui des patrons gagnait près de 4 points, s’élevant de 25,8% à 29%. Le poids relatif des salaires dans le revenu disponible des ménages baisse à une allure accélérée ; il tombe de 44,8% en 2002 à 38,5% en 2006. En revanche, celui des patrons gagne dans la même période 12 points, passant de 43,4% à 55,3%. Déclin programmé de la sphère productive et essor du négoce L’ouverture a donné un coup de fouet à l’essor des groupes privés algériens ou étrangers, surtout dans les secteurs de l’agroalimentaire et de la pharmacie, importateurs en règle générale qui ont pleinement mis à profit à la fois la forte croissance du revenu disponible des ménages (+10%/an), et le démantèlement des entreprises publiques dans toutes ces branches : disparition de l’Eriad (minoteries), de l’Enasucre, et de l’Encg (huile et corps gras) au profit notamment de la domination de Cevital. Coupée pratiquement de l’amont local, ce qu’on appelle abusivement “industrie agro alimentaire”, c’est le capital privé positionné dans les créneaux à très faible valeur ajoutée mais à profits très élevés de l’aval, avec des taux d’intégration de 10% ; dans la majorité des filières, les activités de transformation ne se font qu’à la marge. En 2009, on recensait 32.000 importateurs ; 70% des importations étaient effectuées par des opérateurs privés, soit près de 31milliards de dollars sur les 40 milliards de dollars représentant les produits importés. Le marché national des produits de 1ère nécessité fait l’objet d’un quasi monopole par le capital privé. Dans l’agroalimentaire, ils sont 747 importateurs à se partager les 8 milliards de dollars de l’enveloppe d’importation, avec 11 millions de dollars pour chacun, en moyenne. Quasiment calées sur l’essor des recettes devises pétrogazières, portées par la forte remontée des prix pétroliers des années 2000-2008, les importateurs de biens de consommation prospèrent, leurs profits, aussi. En six années, la "facture" de l’import-import a augmenté de 300% ! Nos "partenaires" d’outre mer n’ont pas de quoi se plaindre d’une telle évolution qui préserve leurs profits sur les marchés acquis de l’Algérie. Pourquoi le capital étranger s’aventurerait-il à investir dans la sphère de production industrielle et les activités génératrices d’emplois qualifiants, quand les débouchés algériens lui sont acquis sans livrer bataille depuis des décennies. La remarquable stabilité de leurs parts de marché (en valeur relative évidemment), de 1978 à 2008, soit sur 30 bonnes années, en témoigne éloquemment. En moyenne, 19% pour la France, 9% pour l’Italie, 5% pour l’Espagne, 7% pour les USA. Les entreprises françaises font 4 à 5 milliards d’euros par an en Algérie. En somme une économie de négoce, irriguée par les dollars du pétrole, prolifique en importations de biens de consommations, sources de super profits de monopole, et en emplois précaires et sous qualifiés, et creuset des inégalités sociales. Sans ancrage productif national, de la mousse sans noyau, pour résumer le tout. Le gouvernement a imposé la TVA et un autre impôt aux importateurs, ceux-ci les répercutent sur les prix intégralement, sachant qu’ils opèrent dans un contexte monopoliste privé où aucun "concurrent" n’essaiera de jouer à la baisse des prix, en ne répercutant pas ou en ne répercutant qu’une partie de l’imposition. C’est aux consommateurs de payer, sachant que la majorité d’entre eux proches du seuil de pauvreté, ne tiendront pas le coup et se révolteront contre les hausses et contre leur responsable qui est pour eux le gouvernement. Celui-ci s’est depuis longtemps privé, l’un après l’autre, des moyens institutionnels et organisationnels d’intervenir dans la régulation de l’économie, du temps où les couches bourgeoises parasitaires qui le dominaient avaient fait converger leurs intérêts, à court et à long terme, avec ceux du grand capital étranger. Il affiche à présent, ouvertement, le désir de rendre les activités d’import-import moins rémunératrices et donc d’amener, par des pressions d’ordre économique, le capital privé à aller vers les branches productives, rendues, ainsi, plus rémunératrices. Pour que cette manœuvre réussisse, il aurait fallu qu’il dispose du moyen d’intervenir sur le marché via ses propres Entreprises, ce qui n’est pas le cas. Derrière cela, il y a la question du partage de "la rente pétrolière", le capital privé ne voulant à aucun prix concéder le moindre % dans ce partage. Le gouvernement a pris, depuis la crise mondiale de l’été 2008, une série de mesures de sauvegarde, rectificatives de la politique d’abandon libérale et visant à remettre la sphère productive au centre de la politique économique, mais qui ne lui ont pas permis (encore ?) de se donner la base sociale capable de lui fournir l’appui nécessaire pour se défaire des compradores et de leurs “petites mains”. Le capital étranger s’exprime par l’entremise de ces émeutes. Pour lui également, l’extorsion de la plus-value dans sa périphérie algérienne c’est du non négociable. Le gouvernement doit céder ! Et s’il s’avise de le faire comme une manœuvre tactique, on ne lâche pas prise, on l’attend au prochain tournant… Entre l’appétit vorace d’une bourgeoise avide de tenir le haut du pavé et la détresse sociale qui menace de s’étendre à une vitesse grand V, il devra choisir. Il s’agit de choix tout à la fois d’ordre conjoncturel et stratégique. Des recompositions d’envergure, en réalité…L’Etat national est en jeu.

El Mouhallil Alger le 07-01-2011

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10 Jan 2011 22:12 #67890 par Jalal
"L'Etat national est en jeu", cela veut dire quoi?

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